Chapitre 42

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[Lexie]

J’ai repris, depuis deux jours, mon travail au magasin de jouets. Ils étaient tellement en manque de personnel qu’ils m’ont reprise sans poser de questions. Comme si rien ne s’était passé. Comme si moi, je n’avais pas changé.

Le seul problème, c’est que c’est un temps partiel… mais je n’ai pas eu le courage de leur mentir. Pas sur ça. Pas sur le fait que je suis enceinte.

Je regarde mon téléphone et mon cœur se serre douloureusement.

Je n’ai toujours pas trouvé la force de dire à James ce que j’ai sur le cœur… Chaque fois que j’y pense, ma gorge se noue. Le fait qu’il soit si loin me terrifie. J’ai l’impression qu’il m’échappe un peu plus chaque jour.

« Ça va, ma belle ? » me demande Gary.

Je sursaute violemment. Je ne l’avais même pas entendu entrer dans la salle de pause.

« Oui… oui, ça va. Je vais retourner bosser. »

Ma voix sonne faux, même à mes propres oreilles. Je lui adresse un sourire fragile avant de fuir, incapable de soutenir son regard plus longtemps.

Je retourne dans les rayons, mais mes gestes sont mécaniques. Mon esprit est ailleurs. Toujours ailleurs.

À 15 h 00, je sors enfin du magasin. L’air frais me frappe le visage, mais ça ne suffit pas à calmer le chaos dans ma tête. Une fois chez moi, j’appelle Liz. On parle de son local, de ses projets… de tout et de rien. Deux heures passent sans que je m’en rende compte. Deux heures à essayer d’oublier.

Quand je raccroche, le silence de l’appartement me tombe dessus.

Alors je me fais couler un bain brûlant.

J’emporte mon téléphone avec moi, comme si c’était une bouée. Je me déshabille lentement et m’enfonce dans l’eau. La chaleur m’enveloppe, détend mes muscles… Pour la première fois de la journée, je sens mon corps relâcher un peu la pression.

Je ferme les yeux.

Enfin.

Mais soudain, mon téléphone se met à sonner.

Je sursaute, le cœur affolé. L’écran s’allume.

Liam.

Un frisson me parcourt.

C’est étrange. Il est censé travailler à cette heure-ci.

Je décroche, une boule déjà formée dans ma gorge.

« Liam, salut… »

« Salut, Lexie. »

Sa voix est différente. Trop calme. Trop tendue.

Mon estomac se noue instantanément.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Un silence. Puis :

« Lexie… tu ferais bien de t’asseoir si ce n’est pas déjà fait. »

Mon cœur s’emballe.

« Liam, tu me fais peur… Dis-moi ce qu’il y a, s’il te plaît. »

J’entends des murmures derrière lui. Des chuchotements précipités. Mon souffle se coupe.

« Oui, je sais, Debbie… » souffle-t-il avant de reprendre. « Lexie… c’est James. Il… il a eu un accident. »

Le monde s’arrête.

Mes doigts lâchent presque le téléphone, qui manque de tomber dans l’eau.

« Lexie ? Lexie ! Tu es toujours là ? »

Je n’arrive plus à respirer correctement.

« O-oui… » Ma voix tremble. « Que… que s’est-il passé ? »

« On ne sait pas grand-chose… Juste qu’il a eu un accident de voiture en sortant de la caserne… »

Un bourdonnement envahit mes oreilles.

Tout devient flou.

[James]

Impossible de me concentrer aujourd’hui.

Les mots défilent sous mes yeux sans que je les comprenne. Mon esprit est ailleurs. Complètement ailleurs.

Après avoir appelé Debbie, un poids écrasant s’est installé dans ma poitrine. Elle m’a dit que Lexie avait peur… Peur que la distance nous détruise. Peur que je me lasse. Que je parte.

Comme Brad.

Je serre les poings.

Je suis un idiot.

En lui disant de ne pas me rejoindre ici, j’ai fait exactement ce qu’il ne fallait pas. J’ai nourri ses peurs. J’ai laissé le doute s’installer.

Je regarde l’heure : 15 h 45.

Encore quinze minutes.

Quinze minutes avant de réparer ça.

Je me redresse brusquement et attrape mon téléphone. Je cherche une agence immobilière dans le coin. Peu importe le prix. Peu importe l’endroit.

Je veux juste qu’elle soit avec moi.

C’est décidé.

Je vais louer un appartement. Une maison. N’importe quoi. Et je vais lui dire de venir. De vivre avec moi.

Plus de distance. Plus de peur.

À 16 h 00 précises, je quitte le bureau. Sans réfléchir. Sans me changer.

Je marche vite. Trop vite.

« Bonjour, sergent Torrès, il y aurait une voiture de libre pour aller en ville ? »

« Sergent Carter, oui, la Jeep là-bas. »

Je signe. Prends les clés. Monte.

Le moteur rugit.

Je roule.

Arrivé au portail, je ralentis. Regarde à gauche. À droite.

Puis je m’engage.

Et tout bascule.

Deux voitures arrivent à une vitesse folle.

Trop vite.

Beaucoup trop vite.

Je n’ai même pas le temps de réagir.

Un choc violent.

Assourdissant.

Le monde explose autour de moi.

La Jeep est projetée. Elle tourne. Encore. Encore.

Mon corps est secoué dans tous les sens. Une douleur fulgurante traverse ma poitrine. Ma tête heurte quelque chose.

Puis plus rien ne tient.

Le véhicule finit sa course dans un fracas métallique.

Un silence.

Puis des cris.

Des voix lointaines.

« Sergent ! Sergent, vous m’entendez ?! »

Tout est flou.

Je lutte pour garder les yeux ouverts.

« Restez avec nous ! L’ambulance arrive ! »

Le goût du sang envahit ma bouche.

Une seule pensée.

Une seule.

« …Lexie… »

Ma voix n’est qu’un souffle brisé.

« Appelez… Lexie… »

Le noir m’engloutit.

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