Chapitre 41

1.5K 74 1
                                        

[James]

Plusieurs jours ont passé depuis que Lexie m’a raccroché au nez… et pas une seule seconde ne s’est écoulée sans que ça me revienne en pleine gueule. J’ai été con. Vraiment con. Mais elle m’a pris de court, et sa réponse m’a coupé le souffle.

J’aimerais tellement la voir tous les jours… sortir de cette foutue caserne et la retrouver chez nous, la prendre dans mes bras comme si rien d’autre n’existait. Mais je ne peux pas lui demander ça. Elle serait seule ici. Perdue. Sans repères. Et si, un jour, elle finissait par m’en vouloir… je ne m’en remettrais pas.

Depuis mon retour, je croule sous le boulot. À croire que je suis le seul foutu type capable de classer des dossiers dans toute cette caserne. Ça me rend dingue. Moi, enfermé entre quatre murs, à trier du papier… je déteste ça.
Je finis tard. Trop tard. Et au milieu de tout ça… je n’ai même pas pris le temps de rappeler Lexie. On s’envoie des messages, oui… mais ils sont froids, creux. Elle est distante. Et ça me bouffe de l’intérieur. J’ai cette peur sourde, viscérale… de la perdre.

Je sais seulement, grâce à Debbie, qu’elle a repris son boulot au magasin de jouets. Et rien que d’y penser, ça me serre la poitrine. Dans son état… elle ne devrait pas travailler. Elle ne devrait penser qu’à elle… à nous…

Je jette un œil à l’heure. Déjà l’heure de déjeuner. Mon estomac est noué, incapable d’avaler quoi que ce soit.

On frappe à la porte.

« Entrez. »

La secrétaire de mon adjudant-chef passe la tête, puis entre avec une pile de dossiers dans les bras.

« Salut ! »

« Bonjour, que puis-je pour vous ? »

Elle s’approche et me tend les dossiers. Je souffle, les attrape, marmonne un remerciement… mais elle ne bouge pas. Elle reste là. À me fixer.

« Il y a autre chose ? »

« C’est l’heure de déjeuner… vous n’avez pas faim ? » demande-t-elle doucement.

« Non. Et j’ai du travail. »

Je désigne les dossiers d’un mouvement de tête.

« Vous devriez quand même faire une pause… »

Qu’est-ce qu’elle me veut, au juste ?

Je relève enfin les yeux vers elle… et je capte son regard. Insistant. Sa lèvre qu’elle mord légèrement. Ce sourire. Trop appuyé.

Un malaise immédiat me traverse.

« Heu… j’irai plus tard. »

Mon téléphone vibre.

Je baisse les yeux. Lexie.

Rien qu’en voyant son nom, quelque chose en moi se détend… et se serre en même temps.

Je relève la tête vers la secrétaire.

« Excusez-moi, c’est ma petite amie. »

Son visage change aussitôt.

« Oh… je… je vous laisse », dit-elle, rouge jusqu’aux oreilles.

Elle sort.

La porte se referme.

Et moi, je décroche sans attendre.

« Allô, mon amour ? »

« Salut mon cœur… je ne te dérange pas ? »

Sa voix. Bordée de fragilité.

« Non, bien au contraire. Je faisais une pause. Qu’est-ce qu’il y a ? »

Un silence. Trop long.

Mon cœur s’emballe.

« Lexie… ? »

« C’est juste que… »

Je me lève d’un bond.

« Que quoi ?! Le bébé ? Dis-moi qu’il va bien ! Tu ne te sens pas bien ?! »

Ma voix tremble. Je panique.
Et puis… elle rit.

Un rire léger. Presque fragile.
Et je m’effondre intérieurement de soulagement.

« On va bien… ne t’en fais pas… »

Un souffle.

« C’est juste que tu me manques… »

Et là… ça me transperce.

Je l’entends. Elle est à deux doigts de craquer.

« Tu me manques aussi… plus que tu ne l’imagines… »

Ma voix se brise presque.

« Mais ici… c’est compliqué… »

« Je sais… »

Un autre silence.

« J’ai repris le travail… au magasin de jouets. À mi-temps seulement… ils ne veulent pas prendre de risques. »

Un coup en pleine poitrine.

« Lexie… pourquoi tu fais ça ? »

« Parce que je dois payer mes factures, James. »

Froid. Sec. Tranchant.

« Sinon, je finis à la rue. »

Je ferme les yeux.

Putain.

« Excuse-moi… j’ai parlé sans réfléchir… »

Je passe une main sur mon visage.

« Laisse-moi t’aider… je peux… je n’ai presque aucune dépense ici… »

« Non. »

Direct.

« Je gère. »

Sa voix se referme.

Une distance. Encore.

« Je dois y retourner… ma pause est finie. »

Mon cœur se serre.

« Je suis contente d’avoir entendu ta voix… »

Un souffle.

« Je t’aime, James. »

« Je t’aime aussi… »

Mais j’ai l’impression qu’elle est déjà loin.

La ligne se coupe.

Je reste immobile, le téléphone encore collé à l’oreille.

Quelque chose cloche.

Je le sens.

Elle ne m’a pas tout dit.

Pas encore.

Je regarde l’heure. Encore une heure avant de reprendre.

Impossible de rester là sans rien faire.

Je sors, traverse le couloir, direction le mess.

Un sandwich, vite fait.

Et ensuite… Debbie.

Parce que quoi que Lexie cache… je vais le découvrir.

Mon soldatDes histoires addictives. Découvrez maintenant