Chapitre 2: L'Infiltration

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Le grondement sourd du navire fendait l'air alors qu'il s'éloignait progressivement des côtes de Luvneel. Rose, cachée dans la cale, pouvait sentir les légères vibrations sous ses pieds nus. Le bateau, un grand trois-mâts, semblait vivant, chaque planche, chaque corde résonnait avec l'énergie de la mer. Les bruits étouffés de l'équipage résonnaient au-dessus de sa tête, tandis que le navire prenait le large.

Recroquevillée derrière une pile de caisses en bois et de barils de rhum, Rose tentait de réguler sa respiration. Le silence pesant de la cale, uniquement interrompu par le craquement des planches de bois sous la pression des vagues, contrastait avec l'agitation qu'elle imaginait à l'extérieur. L'équipage devait être en pleine effervescence alors qu'ils quittaient le port, peut-être chassés par la Marine ou d'autres pirates en quête de gloire. Mais ici, dans cette cale sombre et humide, Rose était seule, coupée du reste du monde.

Les premières heures furent les plus difficiles. Le sol de bois, dur et inégal, rendait toute tentative de repos inconfortable. La tension qui l'habitait ne faisait qu'accroître son inconfort. Chaque bruit la faisait sursauter, chaque craquement des planches lui semblait être les pas lourds d'un pirate découvrant sa cachette. Elle savait que la moindre erreur pourrait lui coûter cher. Si elle était découverte, elle risquait non seulement d'être livrée à son ancien maître, mais pire encore, d'être tuée sur place.

Rose observa les caisses autour d'elle. Certaines portaient des marques indiquant leur contenu : épices, tissus, armes... D'autres étaient anonymes, scellées pour ne jamais être ouvertes avant leur destination finale. Une odeur de bois humide, mêlée à celle du sel marin, flottait dans l'air. Parfois, un filet de lumière lunaire passait à travers une fente dans les planches, illuminant fugacement son visage avant de disparaître dans l'obscurité.

Alors que les heures passaient, Rose tenta de calmer son esprit en réfléchissant à son plan. Elle n'avait aucune idée d'où ce navire la mènerait, mais cela importait peu pour l'instant. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était mettre le plus de distance possible entre elle et Luvneel. L'idée de retourner à sa vie antérieure, de danser pour le plaisir des autres sous le regard avide de Belton, lui donnait des frissons d'horreur.

Son esprit vagabondait entre souvenirs et espoirs. Elle se rappelait les soirées passées à danser sous les étoiles, lorsque la troupe s'arrêtait dans des villages isolés. Elle aimait ces moments de liberté relative, lorsque Belton relâchait son emprise pour la laisser s'exprimer sur scène. Mais ces instants étaient trop rares, trop éphémères. La plupart du temps, elle se sentait comme un oiseau en cage, avec des barreaux invisibles qui l'empêchaient de s'envoler.

Un bruit soudain la tira de ses pensées. Des pas lourds résonnaient sur les escaliers menant à la cale. Rose se figea, son cœur battant à tout rompre. Quelqu'un descendait. Elle retint son souffle, se recroquevillant davantage dans sa cachette, priant pour que l'obscurité et les piles de caisses suffisent à la dissimuler.

Un pirate apparut dans son champ de vision, une lanterne à la main. Sa lumière vacillante projetait des ombres dansantes sur les murs de la cale. C'était un homme robuste, au visage marqué par les années en mer, sa barbe hirsute contrastant avec le scintillement de ses yeux perçants. Il s'avança lentement, sa démarche lourde trahissant une certaine lassitude.

Rose ferma les yeux, espérant que l'homme ne s'approcherait pas trop. Elle entendait son cœur battre si fort qu'elle craignait qu'il ne l'entende aussi. Le pirate inspectait les caisses, vérifiant leur contenu sans se presser. Il murmura quelque chose pour lui-même avant de continuer sa ronde. Lorsqu'il passa près de sa cachette, Rose se fit aussi petite que possible, retenant son souffle. Les secondes s'égrainèrent comme des heures, chaque mouvement de l'homme faisant monter l'adrénaline en elle.

Finalement, après ce qui sembla être une éternité, le pirate se détourna et retourna vers l'escalier. Il éteignit la lanterne d'un coup sec avant de remonter sur le pont, laissant la cale à nouveau plongée dans l'obscurité. Rose ne bougea pas, terrifiée à l'idée qu'il puisse revenir.

Elle attendit encore quelques minutes avant de se permettre de respirer normalement. La sueur perlait sur son front, mélange d'angoisse et de chaleur étouffante de la cale. Elle réalisa alors que sa situation était plus précaire qu'elle ne l'avait imaginée. Si un autre pirate descendait, si quelqu'un décidait de vérifier l'intégralité de la cargaison, elle serait découverte. Elle devait trouver un meilleur moyen de se cacher ou, au moins, de surveiller les mouvements de l'équipage.

Rose se redressa lentement, ses muscles endoloris protestant à chaque mouvement. Elle observa les caisses autour d'elle, cherchant un endroit où elle pourrait se dissimuler plus efficacement. Elle repéra finalement un espace entre deux piles de caisses, suffisamment large pour qu'elle puisse s'y glisser. En rampant avec précaution, elle se faufila dans l'espace étroit. Le bois rugueux écorcha sa peau, mais elle ignora la douleur. La cachette était plus petite, mais aussi plus obscure. Elle serait mieux dissimulée ici.

Le temps s'écoulait lentement. Le navire avançait, ses mouvements se faisaient plus réguliers au fur et à mesure qu'il s'éloignait des côtes. Les bruits à l'extérieur se faisaient plus rares, signe que l'équipage se préparait à la nuit. Rose, blottie dans sa cachette, ne trouvait pas le sommeil. Chaque bruit était une menace, chaque silence un présage. Elle était sur le qui-vive, prête à réagir au moindre danger.

La fatigue finit par avoir raison d'elle. Ses paupières se firent lourdes, et malgré elle, Rose sombra dans un sommeil agité. Ses rêves furent peuplés de scènes de danse, de poursuites effrénées, et de visages flous. Mais au milieu de ce chaos onirique, une pensée restait claire : elle était libre. Pour la première fois de sa vie, elle avait choisi son propre destin.

Lorsqu'elle se réveilla, la lumière du jour perçait à travers les fentes des planches. Le navire était toujours en mer, se balançant doucement au rythme des vagues. Rose se redressa lentement, ses muscles endoloris par la position inconfortable dans laquelle elle avait dormi. Elle écouta attentivement, tentant de discerner les bruits venant du pont. Le calme régnait, seulement perturbé par le bruit des vagues et le craquement des planches.

La faim commençait à se faire sentir. Elle n'avait rien mangé depuis la veille, et son estomac se tordait douloureusement. Elle savait qu'elle ne pouvait pas rester cachée indéfiniment sans se nourrir. Mais sortir de sa cachette maintenant serait trop risqué. Elle devait attendre le bon moment, peut-être quand l'équipage serait occupé à manœuvrer ou à festoyer.

Les heures passèrent. Rose se concentra sur sa respiration, tentant d'ignorer la faim qui la tiraillait. Elle observait les caisses autour d'elle, cherchant un moyen d'obtenir de la nourriture sans attirer l'attention. Elle remarqua finalement un petit baril, non loin de sa cachette. Il portait une inscription indiquant qu'il contenait des biscuits secs. C'était un risque, mais elle n'avait pas le choix.

Profitant d'un moment où tout semblait calme, Rose sortit discrètement de sa cachette et se dirigea vers le baril. Avec des gestes rapides mais silencieux, elle souleva le couvercle et attrapa une poignée de biscuits. Ils étaient durs et secs, mais elle les engloutit avec avidité, appréciant chaque morceau malgré leur texture désagréable.

Revenant rapidement à sa cachette, elle s'y installa à nouveau, se sentant légèrement mieux. Le goût des biscuits, bien que fade, apaisait sa faim et lui donnait un peu de réconfort. Elle savait qu'elle devrait répéter cette opération plusieurs fois si elle voulait survivre à bord du navire.

Alors qu'elle se réinstallait dans sa cachette, Rose réalisa qu'elle n'avait pas seulement échappé à Belton, mais qu'elle s'était aussi lancée dans une aventure périlleuse. Elle était seule, sans allié, sur un navire rempli de pirates qui pourraient la tuer sans hésiter s'ils la découvraient. Mais au fond d'elle, une petite voix murmurait qu'elle avait fait le bon choix. L'avenir était incertain, mais elle avait choisi de le vivre à sa manière, libre et sans entraves.

Rose ferma les yeux, tentant de se reposer à nouveau. La fatigue et la faim ne seraient plus ses seuls ennemis à partir de maintenant. Elle devrait faire preuve de prudence, de ruse, et surtout, de courage. Les premiers pas vers la liberté étaient les plus difficiles, mais elle était déterminée à les franchir, quoi qu'il en coûte.

...

La suite dans le prochain chapitre 

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