Quand il revient, ce n'est pas les mains vides. Il tient une petite pile de papier, puis me les tend. Je les récupère et ne tarde pas à y jeter un œil pendant qu'il se rassoit. Le gros titre comporte le mot « contrat ».
— Avant que vous ne signiez, j'aimerai que vous le lisiez très attentivement chez vous. Lorsque ce sera fait, et seulement si vous êtes d'accord avec les termes, nous conviendront d'un second rendez-vous, mais pas à mon cabinet.
Je lève immédiatement les yeux.
— Où dans ce cas ?
Il marque une pause et recroise les jambes.
— J'ai pour ainsi dire un accès privilégié dans un hôtel non loin d'ici où j'y amène mes... clients. Car, non, cela ne se ni chez moi, ni chez vous, et encore moins ici. Je tiens à séparer ma vie privé du professionnel et j'espère que cela vous convient ?
Il m'a perdu quand il a prononcé le mot « hôtel ». Puisque pour moi, ce lieu représente bien plus qu'une chambre le temps de dormir tranquille. Non, c'est intime et de nombreux amants s'y retrouvent pour faire autre chose que de profiter du mini bar. Le fait que je vais y aller avec Takehiko Nishimura, mon psychologue beau comme un dieu et dont je rêve secrètement de le découvrir, fait monter la pression. J'ignore comment je vais réagir une fois qu'on commencera les séances.
— Ça ne me pose pas de problème, je réponds après un instant.
Il sonde la vérité dans mes iris et une fois qu'il a lu en moi, me dit :
— Bien. Tant mieux.
Je me reconcentre sur les papiers et éprouve de la curiosité dans un certain paragraphe qui est la liste des...
— Utilisation de plugs... anneaux péniens... godes... murmuré-je à moi-même en ressentant une boule dans ma gorge.
— Vous êtes sûr de ne pas vouloir un verre d'eau ? me taquine-t-il à moitié.
Je délaisse le contrat histoire de reprendre mes esprits.
— Ç-ça ne sera pas de refus.
Il tente de masquer son sourire et pars chercher le nécessaire. J'entends l'eau se renverser dans un verre qu'il me remet à ma gauche. D'une main légèrement tremblante, je l'attrape et bois quelques gorgées. Il se réinstalle en face de moi, en mode détente puis m'annonce de but en blanc :
— Oh et pour information, je ne fais pas dans les pénétrations.
J'avale de travers et toussote, recrachant presque mon eau. Je décide que c'en ai assez et le pose sur la table basse.
— Je vous demande pardon ?
— Oh... j'aurais dû attendre un moment plus propice pour vous le dire. Je m'en excuse.
Il n'en a pas l'air.
Je m'éclaircie la gorge.
— Non, mais, qu'est-ce... que vouliez-vous dire par là ?
Il s'enfonce dans son fauteuil et entrecroise ses doigts.
— Eh bien, qu'en aucune occasion, vous et moi, ayons de relations sexuelle, ni d'éprouver de quelconque sentiments amoureux. Pour que vous ayez l'impression qu'il s'agit bien d'un, j'utiliserai des objets tels que ceux cités dans le contrat.
Bordel de merde...
— Donc... ça veut dire que vous allez m'enfoncer ces... trucs dans mon...?
— Anus ? Oui, mais pour ce faire, il faut que vous soyez d'accord. Sans votre autorisation écrite et orale, je n'en ferais rien et nous nous en arrêterons là. Est-ce que vous désirez ?
— Non ! crié-je sur le champ en me surprenant moi-même.
Est-ce que je viens de lui hurler que je suis d'accord pour qu'il me fasse tout ça ?
Son sourire s'agrandit et je me sens rougir.
Pour qui je passe maintenant ?! Un obsédé du cul... voilà. Ma dignité va en prendre un coup si ça continue.
— Vous m'en voyez ravi, réplique-t-il en se levant, signant la fin de notre entrevue.
Je l'imite, remets ma veste et saisi mon casque ainsi que le document. Nous nous dirigeons vers la sortie au moment où il m'interpelle.
— Cependant, j'insiste. Je vous laisserai tout le temps qu'il vous faudra pour étudier le contrat. Si vous avez la moindre question, je reste à votre entière disposition.
Il me présente sa carte de visite sortie de nul part où est dessiné le logo du cabinet à côté de ses contacts.
— Merci, dis-je en la rangeant dans la poche arrière de mon pantalon.
Il m'ouvre la porte sans me quitter des yeux.
— Je vous en prie, monsieur Moreau. Et à très bientôt, j'espère.
Une chaleur monstre s'insinue dans ma poitrine à en faire serrer mon cœur. J'en ai le souffle coupé.
Son sourire.
Son regard électrique.
Sa bouche qui insufflait ses espérances.
Tout me pousse à lui dire oui. Un grand oui même. Mais je sais qu'il serait imprudent de ma part d'accepter sans avoir lu la globalité du document. Après tout, je ne le connais que depuis... moins d'une heure, je crois. Je n'en ai aucune idée, je n'ai pas pensé à vérifier l'heure ni à chercher une quelconque pendule. Ce Nishimura a réussi à m'hypnotiser, de là à tout oublier. Qu'est-ce que ce serait après...? Désire-t-il à ce que je lui cède complètement ?
Conscient que rester planté devant cette porte à la vue de potentiel clients serait considéré comme inapproprié, je lui tend ma poignée de main et la serre.
— Oui, à bientôt... docteur.
Je jure avoir dit une bêtise en voyant son sourire se décomposer. Sa main perd de sa force et glisse sans le vouloir de la mienne. C'est à ce moment précis que je lui tourne le dos et sors du bâtiment sans lui accorder un dernier regard.
Quelle était cette réaction ? J'aurais dû me taire ? Mais pourtant, je lui ai donné ce foutu espoir.
Confus, j'enfourche ma moto et enfile mon casque, après avoir plié le document pour qu'il rentre dans ma poche, pour démarrer en trombe. Sur la route, mon esprit reste magnétisé par ce psychologue très particulier. Impossible de me le sortir de la tête et la douche froide que je prends en rentrant afin de calmer mon excitation n'en est pas capable.
Qu'est-ce que je dois faire ?
En vingt quatre ans d'existence, ça doit être la première fois que je me sens si indécis.
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Seductive Therapy (romance MxM)
Romance[1ER JET TERMINÉ ET NON CORRIGÉ] Quand plaisir et apprentissage font bon ménage. Léo, jeune étudiant de 24 ans à l'université de journalisme, n'a jamais connu le plaisir que peut procurer le sexe entre hommes, même si son attitude désinvolte et prov...
