29 : Discussion - Léo

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Pourquoi fallait-il qu'il me tombe dessus, comme ça, et dans cette tenue qui me donne envie d'ôter mes vêtements ? Sa chemise blanche avec ces manches retroussées qui dévoilent son incroyable peau, et son pantalon bleu nuit lui vont à merveille. J'essaie de me réveiller en me souvenant des derniers mots que nous avons échangé.

— Je... ne pensais pas te voir ici, dit-il, surpris.

Moi non plus, voulais-je répondre, mais mes mots restent bloqués. Cela ne lui empêche de continuer son interrogatoire.

— Tu viens souvent dans ce restaurant ?

Je m'apprête à répliquer lorsqu'un homme, dont nous bloquons le chemin, apparaît. Nous nous excusons puis nous écartons de la porte en esquissant un sourire de politesse. Une fois entré, je me décide de répondre.

— Et toi ?

Je remarque qu'il est attristé par mon manque de réponse et mon ton aigre.

Tant mieux. Je veux que tu souffre autant que je souffre.

— J'ai l'habitude de me réunir avec mes amis, et collègues, dans cette enseigne. La nourriture y est délicieuse. Si tu n'as pa encore eu l'occasion d'y goûter, tu seras supris. En bien, évidemment.

Sa tentative pour lancer une discussion banale ne passe pas avec moi, il le voit. Il est temps que je m'en aille avant que je n'agisse sans réfléchir. Je trouve très vite un prétexte.

— Mon plat doit être arrivé à table et il faut que je rejoigne mes amis. Profite bien de ta soirée.

J'ai à peine le temps de me retourner qu'il m'attrape délicatement le bras.

— Léonard...

Il s'arrête et je lui donne tout le temps nécessaire.

— Pardonne-moi. Juste... pardonne-moi, s'il te plaît ?

Je noie mes yeux dans les siens. Il m'est difficile de remonter à la surface quand il me regarde avec tant de tendresse. C'est injuste. Il n'a pas le droit de me fixer ainsi. Il cherche à me manipuler et à accepter ses excuses. C'est de sa faute si je suis tombé sous son charme. Je n'étais pas en charge des règles. Il les a proscrites lui-même. De nombreuses occasions de me rejeter s'étaient présentées, or, il n'a rien fait. Non, à la place, il m'a autorisé à rêver. Voilà ce que ça a donné... Un type qui se morfonds dans son coin, comme dirait Noah, et se mure dans le silence.

Voilà ce que tu as fait de moi, Takehiko...

— De quoi ? le provoqué-je en me dépêtrant de sa prise, le rendant silencieux et confus. De m'avoir fait espérer quelque chose que je n'aurai jamais ? Ou alors de t'être comporté seulement comme un professeur ? Oh mais tu as parfaitement réussi mon éducation. D'ailleurs je prévois de me taper Isaac aussi longtemps que ça me chante. Lui et moi avons des semaines de frustration à rattraper. Tu n'as aucun problème avec ça, pas vrai ?

Il n'est pas le seul à pouvoir lire les autres comme un livre ouvert. Lui qui habituellement tente de rester impassible, a la stupeur qui anime ses traits. Il y autre chose. Je n'arrive pas à l'interprêter.

L'homme qui était entré finit par ressortir. Ni Takehiko, ni moi, ne lui portons attention. Je suis davantage intrigué par sa réaction, et lui, par mon tact. Je ne regrette pas mes paroles, parce qu'elles sont vraies, et il comprend. Et dire que j'avais failli l'appeler ou envoyer un SMS...

— Écoute. Je ne vais pas me barrer de ce restaurant, car j'ai de formidables amis qui sont ici pour moi et il est hors de question que je leur gâche la soirée. Nous allons faire comme si nous ne nous étions jamais vu. Je te souhaite une bonne continuation avec tes clients. En espérant qu'ils ne tombent pas dans le même panneau que moi. Au revoir... monsieur Nishimura.

J'ai entendu ma voix flancher dans les dernières syllabes. Néanmoins, je fais tout mon possible pour ne rien exprimer, autre que l'amertume.

La distance entre nous s'élargit à mesure que je regagne ma table. Je ne me retourne pas, préférant graver cette expression de tristesse au coin de mon esprit, au cas où je me morfondrai de nouveau.

De retour auprès de mes amis, j'ai le droit à des petits commentaires.

— Mais bon sang, t'étais parti pisser à Marseille ou quoi ? plaisante Noah.

— Je dirais plutôt en Australie, poursuit sa petite amie.

— Ça va, n'exagérez pas.

Je les invite à changer de sujet en saisissant mes couverts pour attaquer mon plat. Ils me suivent, sans doute affamés par l'attente.

Je mange sans appétit, et participe à la discussion alors que le cœur n'y est pas. Mais comme je lui ai dit, il m'est impensable de m'en aller. Je dois leur montrer que tout va bien, que je vais surmonter cette épreuve. La vérité est que j'ai envie de faire couler mes larmes sans me préoccuper de ce que les autres peuvent penser. Je m'en contrefous. Ils ne me connaissent pas assez pour se permettre de me juger. Je sens mes yeux me picoter lorsque j'aperçois Takehiko du coin de l'oeil, se réinstaller après plusieurs minutes, tandis que je ris, faussement, à une blague. Peut-être s'était-il rincer le visage afin de se rafraîchir. Je ne peux que le comprendre sur ce coup.

C'est ainsi que ce passe le reste de la soirée. Tout contact visuel a été évité. Je suis fier de moi.

Vraiment, Léo ?

Je tais mon subconscient et sorts du restaurant après que Noah nous ait invité. Cela a valu un immense merci de ma part et une accolade. Il mérite plus, hélas, je ne sais pas quoi lui offrir d'autre. Mais je sais que mon geste vaut davantage à ses yeux.

J'enfile mon casque et fais grincer le moteur de mon véhicule garé devant la vitrine du resto. Malgré ma visière teintée, j'ai une bonne vision de l'intérieur où mon regard capte celui du thérapeute. Preuve qu'il ne m'a pas quitté des yeux depuis tout ce temps. En revanche, lui ne sait pas que je l'observe tandis que j'enclenche la première vitesse, avant de m'effacer parmi les files d'automobilistes.

Après m'être garé devant chez moi, j'attrape mon portable pour envoyer un message à Isaac, casque en main, prêt à dévaler les escaliers pour me glisser sous une douche glaciale.

Moi : T'es libre vendredi soir ?

Seductive Therapy (romance MxM)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant