32 : Nostalgie - Takehiko

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Plusieurs jours après

Japon, préfecture de Kyoto

Je sors du taxi qui m'a conduit depuis l'aéroport, avec un immense sourire. L'homme sort de sa voiture pour me remettre ma valise. Nous nous quittons après des remerciements. Ce contraste entre le Japon et la France, en particulier la région parisienne, est flagrante. Là-bas, il faudrait tuer pour avoir ne serait-ce qu'un sourire.

Je fais le reste du chemin à pied en traînant ma valise derrière moi. Le quartier où j'ai vécu la plupart de temps durant mon enfance est toujours aussi calme. Je croise des enfantas en train de jouer dehors sous les yeux de quelques voisins dont je salue en retour. Le trajet qui devait me prendre cinq minutes se transforme en une demi heure. Je ne peux refuser de saluer et converser avec les personnes âgées, eux qui ont assisté à mes premiers instant de vie, mais également certains de mes anciens camarades d'école, préférant la charme de la campagne aux grandes villes. Comment pourrait-on les blâmer ? Moi-même je ne serais pas capable de vivre dans une ville telle que Tokyo. Paris est une expérience suffisante à mes yeux.

Mon périple touche à sa fin lorsque j'aperçois la demeure familiale. Cette petite maison plein pied qui se situe près d'un ruisseau et à un jardin extérieur entretenue par ma formidable voisine que je ne remercierai jamais assez. Je l'ai prévenu deux semaines avant mon arrivée afin qu'elle ait le temps de rafraîchir la maison. Elle insiste pour le faire. En échange, quand je suis là, je lui rend service lorsque certaines tâches requiert de la force et beaucoup d'énergie. Par exemple, en regardant le toit de sa maison, je note qu'il faudra passer un coup sur les tuiles.

Je ne suis pas prêt de le faire de sitôt, puisqu'un énième bâillement survient. Le voyage m'a épuisé et je n'ai pas pu bien me reposer dans l'avion. Ce n'est pas pour jouer les divas, mais il m'est compliqué de dormir sans un lit. L'idée de retrouver le mien à l'intérieur avec les draps qui sentent le propre me réconforte. J'entre à l'aide d'un clé qui permet de déverrouiller la porte coulissante, la referme derrière moi, essuie mes chaussures sur le tapis puis les abandonne sur le côté. Viens ensuite mon petit rituel, celui d'ouvrir les fenêtres afin que l'air circule dans toutes les pièces. Je prends une grande inspiration puis vide mes poumons dans une profonde expiration.

L'esprit plus léger, je m'avance dans le salon et me poste devant le vieux cadre photo, au dessus du buffet, montrant le visage d'une femme au sourire radieux tenant dans ses bras un petit garçon. Le coin de mes lèvres imitent les siens tandis que je prends le cadre. Mes doigts se mettent à parcourir son visage, comme pour se souvenir de sa douceur. Elle qui m'a tant appris. Ce serait mentir si je disais que cette photo me faisait éprouver que la joie. Il suffit de sentir l'organe dans ma poitrine se serrer pour deviner.

D'une voix qui témoigne de mes émotions, je souffle :

Je suis rentré... maman (19).

***

Le lendemain de mon installation, je ne résiste pas à l'envie de me promener en dehors du quartier, parmi les champs et les cigales. Il fait une chaleur étouffante, mais c'est supportable avec le fin t-shirt que je porte. Ma valise en compte des dizaines. Je n'ai pas amené toute ma garde de robe, étant donné que j'ai des vêtements pour toutes les saisons dans une des chambres. On est jamais trop prévoyant.

Je ne me lasse pas de la beauté de ce paysage. Il me rappelle tant de bons souvenirs que je chérirai jusqu'à ce que je sois incapable de le faire. Autrement dit quand je serais mort ou sénile. Mais je ne m'inquiète pas. Il me reste encore un bout de chemin à faire dans ce vaste monde. Je crains de le faire seul cette fois-ci...

Sans en prendre conscience, j'accélère le pas lorsque des images non désirées s'invitent dans ma tête. Celles représentant un jeune homme provocateur au regard émeraude envoûtant.

Je les chasses en continuant ma route, mais elles me rattrapent au galop. Chose agaçante quand je pense qu'il est une des raisons pour lesquelles je me suis dépêcher de partir. Moi qui croyais y échapper si des milliers de kilomètres nous séparaient. Quel bel échec...

À quoi tu pensais, Take ?

Il est vrai que je ne me suis pas montré malin sur le coup. Cependant, je suis d'accord sur le fait que le seul à blâmer dans cette histoire, c'est moi. J'aurais dû fixer les limites au lieu de les franchir. Léonard n'a fait que me suivre. Plus maintenant, cela dit.

Je me rends au temple Sanzen-in (20) dans l'espoir de soulager ma conscience et au passage de saluer les gardiens. Ma mère et moi y allions très souvent, et ce, avant même que je ne sache me tenir sur mes deux jambes sans tomber. On s'y sent tout de suite plus léger et apaiser.

Étant un habitué des lieux, les gens d'ici me laissent me balader en toute tranquillité parmi les visiteurs. C'est assez touristique, mais aujourd'hui il n'y a pas tant de monde que ça. La faute à cette chaleur étouffante. Ils préfèrent sans doute se réfugier au frais.

Je traverse le jardin verdoyant et fleurie plein d'hortensias, très souvent admiré par les visiteurs. Ce lieu est tout aussi magnifique en automne avec les arbres et leur feuillage. Ce n'est qu'après quelques minutes de marche que j'arrive au Konjiki-Fudo, là ou les prières et cérémonie se font. C'est vers l'encensoir que je me tourne. J'attrape un bâton d'encens mis à disposition et l'allume avant de me mettre à genoux, paume contre paume, pour commencer ma prière. Je ne suis habituellement pas un fervent pratiquant, néanmoins, cela ne signifie pas que je ne crois pas aux divinités.

Mes prières silencieuses se portent sur ma défunte mère dont l'absence m'attriste encore depuis douze ans, sur ma santé et celle de mes proches, ainsi que ma vie sentimentale en déclin. Je prie pour le ciel m'accorde un miracle, de quoi combler mon cœur endolori. Un signe. N'importe quoi, qui me permettrait de savoir dans quelle direction aller. Est-ce trop demander que d'être heureux dans chaque aspect de sa vie ? J'espère que non, car si c'est le cas, je suis un sacré capricieux.

Une fois terminé, je quitte le temple et retourne dans mon petit village, des rêves plein la tête et un sourire aux lèvres.



(19) : Phrase dite en japonais

(20) : Endroit qui existe réellement

Seductive Therapy (romance MxM)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant