Le mardi qui suit, je n'hésite pas à me rendre au cabinet où il ne m'attend pas. C'est probablement pas la meilleure idée que j'ai eu jusque là, mais j'ai besoin de lui parler, en face à face. Son changement d'attitude au téléphone m'indique que le problème venait de moi, alors je dois le rectifier. De plus, ce sera une occasion de discuter du futur de notre... relation ?
J'entre dans l'établissement et remarque quelqu'un derrière le comptoir de l'accueil. Sa secrétaire doit être rentré de ses vacances. Je me dirige vers elle et fut accueil par son sourire.
— Bonjour, vous aviez rendez-vous ?
— B-Bonjour... euh... non. Je dois m'entretenir avec monsieur Nishimura, c'est... important. Je suis un de ses patients.
Elle hoche.
— D'accord, je vais le prévenir de votre venue. Il est actuellement en consultation, mais vous pouvez vous asseoir.
Je la remercie et me pose sur la même chaise que l'autre fois en me débarrassant de mon casque. Les coudes sur mes cuisses, je joue nerveusement avec mes doigts.
Ça doit faire dix minutes que je patiente, mais ma tête se relève dès l'instant où la porte s'ouvre. Une femme en sort, mouchoir en main, le visage souriant malgré les traces de ses larmes. Elle serre la main du psychologue qui la recouvre avec l'autre.
— Vous vous en sortirez, c'est certain, lui dit-il, le ton compatissant.
— Merci beaucoup docteur et à bientôt.
— À bientôt et prenez-soin de vous.
Je me lève puis avance au moment où elle part et que l'attention de Nishimura m'est accordé. Son sourire professionnel s'efface au profit de sa surprise, même si sa secrétaire l'a déjà prévenu.
— Monsieur Moreau ?
— Bonjour... je... J'avais besoin de vous parler.
Il m'analyse.
— Si je tombe mal, je peux...
— Non, m'interrompt-il. Vous tombez bien, il me reste du temps avant ma prochaine consultation. Entrez, je vous prie.
Il s'écarte en signe d'invitation. Je ne me fais pas plus prier.
Il referme derrière nous.
— Asseyez-vous.
— Non, je ne compte pas m'éterniser, répliqué-je et nous restons posté près de la porte. Je voulais simplement m'excuser.
Il en reste pantois.
— Léonard...
— Je suis sincère et j'avais le sentiment qu'il fallait que je vous le dise.
Je marque une pause pour lui permettre la parole.
— Mais vous saviez que vous avez mon numéro, n'est-ce pas ? Ce n'était pas la peine de vous déplacer pour vous excusez, alors qu'il n'y a pas d'utilité.
— Si. Il y en a une. Je me suis montré... désagréable au téléphone. Je vous ai en quelque sorte forcez de...
Je ne trouve plus les mots et je peine à le regarder dans les yeux. Il comprend vite ma difficulté.
— Léonard, prononce-t-il d'une voix tendre qui m'encourage à plonger mes yeux dans les siens, vous m'avez en aucune façon forcer à prendre mes décisions. Vous vous êtes montré déterminé, oui, mais pas désagréable. C'est votre façon de vous exprimer, voilà tout. Et si vous vous sentez prêt à passer à l'étape supérieur, il n'y a pas de problème.
Mes épaules se libèrent d'un poids qui me tiraille depuis samedi. Je ne pensais pas que de simples paroles pouvaient les faire envoler en un claquement de doigts. Peut-être parce qu'il s'agit de lui.
Mon corps frémit lorsque sa paume entour délicatement mon épaule.
— Allons, Léonard, ne vous tracassez pas la tête pour si peu. Je vous assure que ça va.
Il retire sa main.
Même en clarifiant la situation, je ressens le besoin de me rassurer.
— Est-ce que ça veut dire que... nous allons poursuivre les séances ?
— Je ne vois pas en quoi cela sera un frein. D'ailleurs, puisque vous êtes là, dit-il en levant son doigt avant de se diriger vers son bureau où il farfouille pour ouvrir un agenda, nous pouvons fixer une date et un horaire pour votre prochaine séance.
Je m'en approche tandis qu'il vérifie ses disponibilités.
— Je ne peux malheureusement pas vous proposer ce vendredi, mais samedi si vous le désirez (il lève la tête). Soit en début d'après-midi ou le soir, comme ça vous profiterez d'une bonne nuit de sommeil.
Je ne réagis pas. Une chose a retenu mon attention dans ce qu'il vient de dire.
— Léonard ?
Je papillonne des yeux.
— Euh... oui, samedi me va. Le soir si possible.
Il se redresse, le visage montrant sa confusion.
— Je sens que vous avez une question à me poser. Dites-moi si je me trompe.
— Non, je... En fait si... (je me gratte la nuque). Vous avez un rendez-vous de prévu vendredi soir ?
Il sourit et fait un « Ahhh » silencieux, signifiant qu'il a compris mon sous-entendu.
— Si vous désirez savoir si j'ai d'autres clients, alors ma réponse est oui. Effectivement, vous n'êtes pas mon seul en ce moment.
Je ne sais pas pourquoi cette nouvelle fait serrer mon cœur. Est-ce de la jalousie parce qu'un autre individu a le privilège de se faire toucher par lui, de subir les assauts de sa bouche sur sa peau et voir son sourire ?
Merde... mais à quoi je pense là ?
— Léonard ? dit-il en me tirant de ma rêverie. Vous allez bien ?
Je me contente de hocher la tête. Le psychologue, pas dupe, décide de ne pas me questionner davantage. Il note sur son agenda avant de contourner son bureau.
— Donc nous nous verrons ce samedi à la même heure.
— Parfait, souris-je en serrant mon casque de moto. Je ne vais pas vous déranger plus que je ne le fais déjà. À samedi et ne prenez pas la peine de me raccompagner, je connais la route.
J'accompagne ma tentative de plaisanterie par un clin d'oeil qui j'espère à suffit à le rassurer sur mon comportement. Il me rend l'ébauche d'un sourire et reste immobile jusqu'à ce que je sorte du cabinet.
Les pensées fusent à la même vitesse que ma moto alors que je roule vers chez moi. Les gouttes de pluie sur ma visière me gêne à peine. Je pourrai faire le trajet les yeux fermés. Toutefois, pas aujourd'hui. Je me suis trompé de chemin deux fois, allant tout droit alors que c'était à droite, par exemple. Est-ce que je peux dire que c'est de la faute de mon thérapeute, plutôt que la mienne ? Ce serait de la mauvaise foi, mais tant pis. Après tout, il n'avait pas besoin de me préciser qu'il ne pouvait pas se montrer disponible vendredi. S'il m'avait proposé samedi directement, j'aurai accepté sans poser plus de questions.
Mes poings serrrent les guidons. Des images de lui en train de toucher le corps d'un autre me viennent. À force de ronger le sang, je n'ai pas remarqué le feu qui passe en orange. Une voiture, m'ayant repéré de je ne sais où, me klaxonne. Le son qui résonne me sort de ma transe, le temps d'appuyer à fond sur le frein. Sous le choc, le battement de mon cœur s'accélère et mes mains tremblent. Ma paume vient se poser au dessus de lui pour le calmer. Une fois que le rythme se régule, je fais signe au conducteur à ma gauche pour le remercier.
J'inspire et expire plusieurs fois en fermant les yeux.
Bordel... je crois que mon ancien prof de philo avait raison. La jalousie peut réellement tuer.
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Seductive Therapy (romance MxM)
Romance[1ER JET TERMINÉ ET NON CORRIGÉ] Quand plaisir et apprentissage font bon ménage. Léo, jeune étudiant de 24 ans à l'université de journalisme, n'a jamais connu le plaisir que peut procurer le sexe entre hommes, même si son attitude désinvolte et prov...
