43 : Châtiment - Takehiko

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Les mains tenant un plateau, je me dirige dans le salon où Léonard a élu domicile son bureau. Les yeux rivés sur son ordinateur portable, tenant le bout d'un stylo entre ses dents, je fais attention de ne pas le déconcentrer en posant sa tasse de thé près de lui, loin du dictaphone si jamais l'eau venait à couler sur la table. Je pose également la mienne.

Depuis notre retour, Léonard s'est transformé en élève très professionnel, loin de ce que j'imaginai selon ses dires, lui qui a les études en horreur. Est-ce que par miracle, ce voyage lui a-t-il fait changer d'avis ? Se rend-t-il compte de ses propres progrès ?

Je m'assois à l'autre bout de la petite table basse et souris. Il arbore un air sérieux, limite énervé, alors qu'il ne s'agit uniquement de concentration. Ses mains alternent entre le clavier, la souris et son carnet de notes. Je zieute à la va vite et m'aperçois qu'il en avait pris depuis la cérémonie de thé au centre ville de Kyoto. Il possède donc une excellente mémoire. Certes il y a le contenu du dictaphone, mais je reconnais les recherches qu'il a effectué lui-même entre deux paramètres de caméra au langage qui m'est inconnu, pendant que j'avais le dos tourné.

Mon regard doit être trop insistant pour qu'il le croise.

— Quoi ? Ne me dis pas que j'ai encore des traces de chocolat ? lance-t-il en se frottant la bouche et le coin des lèvres.

— Mais non enfin, sinon je te l'aurai fait savoir bien avant.

Il cesse de se débarbouiller.

— Alors qu'est-ce qu'il y a ?

— Rien. J'aime t'admirer pendant que tu travailles, voilà tout. Mais fais-moi plaisir et hydrate toi. Le temps s'est rafraîchit aujourd'hui à cause de la pluie, et puis, tu as besoin de faire une pause.

D'un signe de tête, je lui désigne sa tasse qui ne se fait pas prier pour boire. Je l'accompagne. Une fois bien hydraté, il repend là où il en était.

— Tu t'en sors ? m'enquis-je.

— Oh oui, plus que je ne le pensais. Là je ne fais que trier les séquences pour pouvoir les placer ensuite. Il ne me restera plus que les assembler, ajouter les sous-titres et enregistrer ma voix off. C'est pour cette raisons que j'ai tenu à apporter mon nouveau micro. Rien de tel pour une qualité optimale. Si je n'obtiens pas la note maximale avec ce taff, alors je ne comprends rien à ce putain de métier.

À peine a-t-il terminé de prononcer ces derniers mots qu'il referme sa bouche et me lance un regard affolé. Le mien est amusé. Je ne pensais pas qu'il réagirait à son propre comportement. Mes réactions ont dû faire leurs petits effets.

Il est vrai que de par l'éducation que j'ai reçu, on ne m'a pas habitué à parler dans un langage familier. Les écoles où j'ai étudié non plus. La politesse était de rigueur, en particulier pour un étranger. Ce n'est pas là-bas que l'on apprend à jurer comme un parisien, mais à force de rencontre et de cohabitation, parfois forcée.

Je me souviens parfaitement de Thomas, mon coloc durant ma première année à la fac. Même si nous n'avons pas à proprement garder contact, à défaut des réactions à quelques post sur les réseaux sociaux, il m'est impossible de l'oublier. C'est lui qui a facilité mon intégration en France. Parlant couramment l'anglais, grâce à ses origines anglo-saxonne, il m'a servi d'interprète lorsque le besoin se faisait sentir. Je ne le remercierai jamais assez pour ça, ni ma mère qui a tenu à ce que j'étudie cette langue. La vie a fait que Thomas soit parti s'installer en Angleterre où il a fondé une famille avec une journaliste réputée dans le pays. Ses réseaux sont remplis de photos respirant la joie. Aux dernières nouvelles, la plus petite de ses filles a fêté ses trois ans cet hiver. Cela me fait plaisir de savoir qu'il est épanoui avec sa femme et ses trois enfants. Il le mérite autant que n'importe qui.

Seductive Therapy (romance MxM)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant