32 - Le sentiment en mouvement

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Je suis retournée en cours avec la boule au ventre.

J'avais terriblement peur de retrouver Nathaniel – ou pire encore : qu'il ne soit plus là du tout. Un milliard de questions se bousculaient dans ma tête. Et si j'avais agi trop tard ? Et si les services sociaux avaient décidé de ne pas intervenir et que j'avais appelé pour rien ? Et si, au contraire, ils avaient débarqué et envoyé son père en prison avant d'emporter Ambre et Nathaniel loin d'ici ?

Ce n'est que le jour de la rentrée, lorsqu'il est venu me parler d'une chose complètement anodine que je me suis détendue un peu.

Il ne sait pas. Rien n'est encore arrivé. Il ne sait pas que j'ai appelé.

Ce soulagement passager, pourtant, n'a fait qu'accroître mon anxiété les jours suivants. La situation pouvait basculer à n'importe quel moment, et je ne savais pas du tout ce qui se passerait ensuite. Nathaniel m'en voudrait, c'était certain. Mais est-ce qu'au moins la situation s'arrangerait pour lui ? Est-ce que je n'avais pas fait qu'empirer les choses ?

Dans mon angoisse permanente, je pouvais au moins compter sur Kentin. Il était le seul à savoir pourquoi j'étais sur les dents – Iris était persuadée que c'était à cause des derniers examens et je n'avais rien fait pour démentir. Je crois, en fait, qu'il éprouvait un peu la même chose que moi : les blagues des jumeaux ne le faisaient plus autant rire, il était moins patient avec Alexy et ne cessait d'aboyer sur Castiel dès que tous deux partageaient la même paillasse. Mais il était là, et le simple fait de savoir que quelqu'un partageait ce qui me rongeait suffisait à me soulager un peu.

Puisque j'avais persuadé tout le monde que j'avais complètement raté mes examens, Nathaniel avait recommencé à me donner des cours particuliers. Je savourais ces moments en tête-à-tête avec lui en songeant que c'étaient peut-être les derniers. J'essayais de m'appliquer doublement, de lui montrer que j'écoutais et d'être plus douce et plus gentille que d'habitude. Il le méritait : à cause de moi, sa vie allait basculer d'un moment à l'autre.

Puis c'est arrivé.

Ce matin-là, j'étais arrivée plus tôt au lycée pour terminer un texte que j'écrivais pour le journal. C'était un poème : l'inspiration m'était venue au café avec Kentin, quand je m'étais perdue dans la contemplation des gouttes de pluie contre la fenêtre. Il y avait eu quelque chose de touchant dans la façon dont le ciel pleurait et tambourinait contre le carreau, comme si tous les chagrins du monde avaient voulu entrer. Si, à force d'écrire, j'étais meilleure pour trouver des idées, j'avais toujours du mal à les formuler, et j'étais arrivée plus tôt exprès pour me rendre à la bibliothèque. Je dois avouer que je n'y allais pas très souvent, et j'ai perdu mon temps – et mon chemin – à travers les rayons à la recherche des livres de poésie. J'espérais trouver quelque chose qui me donnerait l'élan dont j'avais besoin pour trouver les mots que je cherchais. Donc, j'étais là, perdue entre les bouquins de sciences martyrisés par les élèves et les vieux essais de philosophie pourris de notes et de surligneur, quand je suis tombée sur lui.

Assis tout seul à une table.

Son cahier et son livre de maths étaient ouverts, mais il ne révisait pas. Il n'écrivait pas non plus et ne lisait pas un de ses romans policiers.

Il était assis là, à regarder droit devant lui.

Ou plutôt à me fixer d'un regard de tueur.

J'ai eu l'impression de faire une chute de trente étages. Avant même que j'aie pu dire ou faire quoi que ce soit, j'ai instantanément compris.

Il sait tout.

Lentement, comme dans un film au ralenti, il s'est levé de son siège et a contourné la table. Puis il s'est dirigé vers moi d'un pas lourd, sans jamais me lâcher des yeux. Quand il a été suffisamment près, j'ai cru voir que ses paupières étaient un peu bouffies, comme s'il avait pleuré.

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