40 - Ski me plaît

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 D'abord, le monde s'est mis à tourner dans tous les sens.

Puis j'ai eu l'impression qu'on me frappait très fort sur la tempe.

Puis une douleur vive suivie d'un goût de sang dans la bouche.

Et enfin, un pressant besoin d'air.

J'ai ouvert grand la bouche pour respirer, mais n'ai réussi qu'à avaler une gorgée d'eau qui est passée de travers. Alors j'ai toussé, ce qui n'a fait qu'empirer le problème. Quelques instants supplémentaires ont été nécessaires pour que je comprenne que c'était parce qu'en fait, j'étais sous l'eau.

Remonte. Faut que je remonte.

Mais où était le fond ? Où était la surface ? J'avais beau agiter bras et jambes dans tous les sens, impossible de savoir où il fallait que j'aille. À vrai dire, j'étouffais, secouée par des quintes que je n'arrivais pas à réprimer. Mes poumons me faisaient mal, ma gorge brûlait, et j'avais toujours ce goût métallique de sang.

De l'air... j'ai mal...

Tout était douloureux. Mes yeux brûlant à cause du chlore, ma poitrine sur le point d'éclater, et ma tête, ma tempe, surtout, là où j'avais reçu un coup. Je continuais à battre des bras et des jambes, mais j'avais beau me tourner et me retourner dans tous les sens, impossible de retrouver la surface. Alors la panique que j'éprouvais a triplé. Pour tout vous dire, j'étais absolument terrifiée.

À l'aide... pitié... de l'air...

Et puis quelque chose s'est enroulé autour de moi et m'a entraînée - vers le haut ou le bas, je n'en avais aucune idée. Plaquée contre ce corps étranger, j'ai essayé de me dégager, mais j'étais maintenue trop fort, et en une poussée, je me suis brusquement retrouvée à la surface.

DE L'AIR !

J'ai inspiré. Toussé. Craché. Inspiré encore à m'en étrangler - que c'était bon, cet air qui me brûlait le nez, la gorge et les poumons. Mes yeux, sous les néons blafards, brûlaient plus que jamais, et je me suis laissée entraîner à l'aveugle par mon sauveteur.

"Aidez-moi !" a hurlé une voix familière "Aidez-moi à la sortir de là !"

Des mains se sont tendues, m'ont attrapé les épaules, et j'ai fait de mon mieux pour les agripper et me hisser sur la berge. Quand j'ai senti sous mes genoux le sol dur et froid de la piscine, j'ai compris que j'étais sauvée.

"Ça va aller, a dit la même voix, c'est fini, ça va aller..."

Toussant et crachant toujours, j'ai ouvert les yeux avec précaution. Autour de moi, les visages amis arboraient la même expression inquiète. Une main s'est posée sur mon épaule : celle de Kentin, qui répétait "c'est terminé, ça va aller, tout va bien..."

"Il... il s'est passé quoi, là ?"

Arrivé de nulle part en un éclair, Monsieur Boris s'est agenouillé devant moi et m'a posé tout un tas de questions bizarres - "Comment vous appelez-vous, quel âge avez-vous, etc...". Je me suis demandé ce qu'ils avaient tous à exagérer comme ça. OK, j'avais bu la tasse, et sévèrement... mais pas de quoi en faire tout un plat, si ?

"Combien ai-je de doigts ?" a demandé le prof de sport en faisant un V devant moi.

Quarante-douze, ai-je eu envie de répondre parce que ses questions débiles me fatiguaient. Ma tête s'est mise à me lancer, et j'ai pressé ma main contre ma tempe en me demandant à quel moment j'avais bien pu me cogner.

"Comment tu te sens ? Tu vas pas vomir ?" a demandé Kentin, qui avait entre-temps enroulé une serviette autour de moi pour me frictionner. "T'as pas envie de dormir ?

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