30 - Dans l'antre du diable

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Wake from your sleep

The drying of your tears

Today we escape, we escape.

Pack and get dressed

Before your father hears us

Before all hell breaks loose.

Radiohead - Exit music (for a film)


* * *


Quand je me suis retrouvée devant l'énorme portail qui gardait la maison, j'ai commencé à me dire que ce que je m'apprêtais à faire était de la folie pure.

Imaginez-vous : moi, me faire inviter et dormir chez Ambre ! Si on m'avait dit qu'une chose pareille arriverait un jour, je ne l'aurais pas cru. Je l'avais détestée à la seconde où je l'avais aperçue pour la première fois - et c'était réciproque - alors me dire que j'allais à présent passer la nuit chez elle, ça relevait vraiment du cauchemar...

Reprends-toi, idiote ! Trop tard pour faire machine arrière. Et puis de toute façon, c'est pas comme si vous alliez passer la soirée à papoter en lisant des magazines...

Dans un sens, j'aurais presque préféré ça. Parce que la mission qui m'attendait - je préférais me dire que j'étais en mission, genre commando de sauvetage ou bien espionnage de ninja - allait être tout sauf une soirée pyjama. Pendant une seconde, j'ai été tentée de me retourner, de courir vers le bus et de tout laisser tomber. Je trouverais bien un prétexte pour annuler avec Ambre. Il était encore temps... mais en sentant que je manquais de courage, j'ai pris sur moi et je me suis forcée à appuyer sur la sonnette.

C'est une voix féminine qui a répondu et, après quelques secondes, le portail s'est ouvert automatiquement. En découvrant la maison d'Ambre et Nathaniel, j'ai eu un peu l'impression de pénétrer dans un autre monde.

Toute ma maison doit tenir au rez-de-chaussée...

Pas étonnant qu'Ambre se vante constamment d'être riche ! Si j'avais habité un manoir pareil, j'aurais probablement fait la même chose. J'ai traversé la longue allée de graviers parfaitement ratissée et me suis dirigée vers la porte, où une femme m'attendait de pied ferme. Deux plantes en pots encadraient l'entrée. Entre elles se tenait Madame Jacott en personne, aussi splendide et immobile qu'un mannequin dans la vitrine d'une boutique de luxe. Quand nos regards se sont croisés, j'ai instantanément compris que ma famille et la sienne ne jouaient pas du tout dans la même catégorie.

" Liv, n'est-ce pas ? Bienvenue, a-t-elle dit d'un ton où perçait une politesse froide. "

Elle m'a fait un sourire qui ne s'est pas étendu jusqu'à ses yeux, puis m'a fait signe de la suivre à l'intérieur. Je me suis demandé si j'étais censée retirer mes chaussures mais, en voyant qu'elle était chaussée d'escarpins qui claquaient contre le parquet, j'ai préféré les garder. Visiblement, la propreté du sol - impeccable d'ailleurs - ne devait pas faire partie de ses soucis.

" Ambre est à l'étage, a précisé Madame Jacott, elle devrait descendre d'une minute à l'autre. "

Elle m'a offert un "rafraîchissement" que j'ai préféré décliner - alors même que ma gorge était de plus en plus sèche. Comme je ne savais pas trop quoi faire de moi, je suis restée dans l'entrée, accrochée à mon sac à dos et mon duvet de camping. Elle aussi était immobile, comme si elle ne savait pas où se mettre dans sa propre maison. J'en ai profité pour l'observer, l'air de rien. Impossible de deviner son âge exact, en revanche, sa ressemblance avec ses enfants sautait aux yeux. Les mêmes cheveux blonds - en moins dorés, plus délavés peut-être, comme si la vie les avait fatigués - le même teint pâle... et les yeux verts d'Ambre. Nathaniel devait tenir de son père. Chose étrange : elle était chez elle, au beau milieu des vacances, mais les vêtements qu'elle portait suggéraient qu'elle aurait plutôt dû se trouver à une réunion ou bien dans un show-room : tailleur prune impeccable, chemise crème et surtout, ses talons vertigineux qui claquaient sur le sol...

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