43 - Le soupirant éconduit

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 La semaine précédant les auditions est passée si vite que j'ai à peine eu le temps d'en prendre conscience. Quand le jour J est arrivé, la classe entière était sur les dents.

"Comment tu te sens ?" a demandé Nathaniel un matin où je l'aidais à transporter des cartons depuis la salle des délégués "Pas trop stressée ?"

Je n'ai pas immédiatement répondu. La vérité était que mon petit-déj était à deux doigts de se faire la malle si j'y pensais trop et que j'avais l'impression de ne plus du tout me souvenir de mon texte. J'étais nerveuse, si nerveuse que j'avais eu du mal à dormir, la nuit précédente.

"Ça va bien se passer, a repris mon ami quand je lui ai expliqué mon état, c'est une simple audition devant les profs, rien de grave.

- Ça t'angoisse pas, toi ?"

Il a pincé les lèvres et ses joues ont perdu de leurs couleurs. "Bien sûr que si. J'essaie de ne pas y penser, voilà tout.

- Je m'en ferais pas trop à ta place. Il y a peu de risques que tu oublies ton texte.

- Il n'y a pas que ça... Il faut mettre le ton, parler assez fort et savoir se déplacer. J'ai peur d'être ridicule."

Nathaniel, ridicule ? Impossible. Au cours des jours précédents, je ne l'avais vu répéter son texte qu'une fois. Il avait certes tendance à beaucoup bégayer et ne pas parler assez fort, mais sa mémoire était impeccable, et tant qu'il maîtrisait son trac, il s'en tirerait sans aucun problème. Moi, par contre, j'étais sûre de tout oublier.

Ces derniers temps, j'avais répété tous les jours au sous-sol, gracieusement ouvert par Castiel parce que Lysandre avait accepté d'aider tout le monde. Il faut dire qu'avec son expérience sur scène et son goût pour les vers, il était tout désigné pour coacher la moitié de la classe, et tout le monde ou presque était venu lui demander de l'aide une fois ou deux. Kentin, qui se disait trop timide pour jouer devant nous, avait travaillé tout seul, de même que Melody, qui boudait toujours depuis la soirée au ski. Quand je lui avais proposé de se joindre à Kim et moi, elle avait pris des airs de reine offensée pour déclarer qu'elle travaillait mieux sans personne. Quant à Nathaniel, à part la fois où nous avions répété ensemble pendant un intercours, il se contentait de travailler dans son coin avec Armin, qui le secondait bien qu'il ait refusé de passer les auditions.

Et maintenant, le grand jour était arrivé.

"En vrai, ça va être marrant, ai-je dit pour me rassurer, ça nous changera un peu des cours.

Tu as raison. Le principal, c'est de s'amuser."

Nos premiers cartons déposés dans un débarras au premier étage, nous sommes descendus chercher les autres en salle des délégués. Nathaniel en a profité pour me demander comment se passait l'élection des meilleurs textes pour le concours de la Saint-Valentin.

"Une plaie, ai-je marmonné, j'ai enfin tout bouclé hier soir. Maintenant, faut que je choisisse les trois meilleurs dans la pile de bons textes.

- J'imagine que tu as du travail par-dessus la tête.

- C'est clair. Je croyais que ce serait plus marrant, de lire les écrits des autres. Tiens, et toi d'ailleurs, t'as pas participé ?

- Oh non, a dit Nathaniel dans un sourire absent, moi, j'ai eu assez de l'année dernière, quand mon texte a..."

La fin de sa phrase est restée bloquée dans sa gorge. Il s'est figé sur place comme une statue de cire et je me suis demandé ce qu'il avait tout à coup. Puis l'information m'est enfin montée au cerveau.

"Ton texte ?" ai-je répété "Comment ça, ton texte ? Je croyais que t'avais passé ton tour.

- Euh... oui, oui !" Il s'est brusquement éclairé. "C'est ce que je voulais dire, quand j'ai abandonné le texte que j'essayais d'écrire !

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