44 - Project : sharpshooter

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 Une fois les rôles distribués, les répétitions pour la pièce de théâtre se sont enchaînées les unes après les autres.

Les profs avaient obtenu un créneau spécial, et nous travaillions à la pause de midi ainsi que les mercredi et vendredi aprèm. Nous avions reçu l'ordre d'acheter la même édition de la pièce et de l'apporter à chaque séance. L'équipe "décors" travaillait d'arrache-pied, Monsieur Savin ayant ouvert sa salle et permis l'utilisation du matériel de peinture à disposition. Quant aux costumes, Rosalya et Alexy avaient élu domicile dans une salle de sciences, dont seules les paillasses étaient assez longues et larges pour étaler les mètres de tissus récupérés chez Leigh. En apprenant que nos deux couturiers comptaient faire un costume pour chaque personnage, y compris les membres du chœur, je me suis dit que rien ne serait terminé à temps.

De mon côté, j'avais largement sous-estimé ma charge de travail en écopant du rôle de Juliette. Je ne connaissais que la scène du balcon et j'avais naïvement cru que mes répliques se limiteraient à "Ô Roméo, pourquoi es-tu Roméo ?". Je me trompais lourdement. Il s'avérait que les deux amoureux adoraient parler et enchaîner de longues tirades avec un milliard de digressions. Pour nous faciliter la tâche - et rentrer dans le créneau de quarante-cinq minutes imposé par Madame Shermansky - les profs avaient coupé pas mal de texte pour ne garder que le nécessaire, mais c'était déjà beaucoup. Pour Kentin, c'était encore pire : il jouait dans quasiment toutes les scènes, et devait en plus apprendre à déclamer son texte tout en maniant une épée.

Ce jour-là, le lycée tout entier était en effervescence. Il faut dire qu'aujourd'hui était une journée spéciale, attendue par beaucoup, redoutée par certains. Cette année encore, le quatorze février marquait la publication des textes ayant remporté le concours du journal.

"Liv ! Hé, Liv ! Tu peux nous dire quand ça sort ?

- Est-ce que j'ai gagné ? S'il te plaît !

- Tu veux des chocolats en échange de ma victoire ?"

D'ordinaire, malgré mon nom affiché chaque semaine dans le journal du lycée, j'arrivais à rester à peu près anonyme. Ceux qui lisaient le journal appréciaient ou non mes histoires, et les autres m'ignoraient complètement. Mais avec le concours, j'étais devenue l'attraction générale. Quasiment tout le monde avait essayé de me soudoyer en échange d'informations sur les gagnants du concours, voire de la première place. Résister n'avait pas toujours été simple, mais j'avais tenu bon, et je me consolais en songeant qu'après aujourd'hui, tout serait enfin terminé.

"Hé, Liv !"

Oh non, encore un ?

La tête enfoncée dans mon casier, j'ai poussé un soupir excédé. Je n'allais donc jamais être tranquille ? Je me suis redressée et, sans même regarder qui venait de m'interpeller, j'ai débité ma tirade habituelle.

"Non, je peux pas te dire qui a gagné et oui c'est trop tard pour changer. Je peux avoir la paix, maintenant ?

- Euh... hein ?"

J'ai levé les yeux de mon sac et me suis sentie piquer un fard. Kentin se tenait face à moi, les mains encombrées d'une grosse boîte emballée dans du papier cadeau. Toute confuse, je me suis empressée de m'excuser en expliquant qu'on me harcelait pour les résultats du concours.

"Je venais pas pour ça, je te rassure !" Kentin n'avait de toute façon même pas essayé de participer au concours. "Je voulais juste te souhaiter une bonne Saint-Valentin... et t'offrir ça !"

Il m'a tendu son paquet. Quand je l'ai reçu, un bruit sourd et métallique s'est fait entendre.

"On... on attend pas ce soir pour se les offrir ? ai-je demandé en inspectant le ruban qui ornait la boîte.

Sweet ToothDes histoires addictives. Découvrez maintenant