41 - Près des marmottes

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 J'aurais dû dormir.

Autour de moi, mes copines étaient plongées dans un profond sommeil. J'entendais la respiration d'Iris se soulever par intervalles réguliers. Pour la énième fois, j'ai regardé l'heure qui s'affichait sur l'écran de mon portable. Une heure cinquante-quatre.

Oui, vraiment, j'aurais dû dormir.

Une main pressée sur mon ventre, j'ai roulé sur le côté en me recroquevillant dans l'espoir que cette position ferait passer la douleur. En vain. C'était comme si mes entrailles se déchiquetaient, comme si tout le bas de mon corps avait pris feu pour me punir d'être une fille. Je n'avais pas toujours aussi mal quand j'avais mes règles, mais quand ça arrivait, impossible de me relaxer.

Faut que j'aille à l'infirmerie... demander un Doliprane ou n'importe quoi.

Avec des précautions infinies pour ne pas réveiller les filles, je me suis redressée sur mon lit, ai rampé péniblement jusqu'à l'échelle, une main toujours plaquée sur mon ventre. Dans le noir, mes pantoufles étaient introuvables. Je suis sortie pieds nus dans le couloir, mon téléphone à la main, mais je n'osais pas allumer la lampe torche par peur de réveiller la directrice ou Madame Delanay. Après tout, je n'étais pas censée me balader dans les couloirs en pleine nuit.

Je fais rien de mal, ai-je pensé pour m'encourager, je vais juste à l'infirmerie.

À pas de loup, j'ai rasé les murs direction les escaliers. Il fallait que j'aille au rez-de-chaussée, soit descendre un étage entier sans me faire choper.. Toutes les deux secondes, je m'arrêtais, persuadée d'avoir entendu du bruit ; mais ce n'était que mon imagination affolée par l'obscurité et la peur de me faire surprendre.

"Va te coucher, Ambre. J'ai aucune envie qu'on me voie ici."

J'ai pilé net. La crise cardiaque qui m'avait frôlée a mis tous mes sens en alerte. Je rêve pas ? J'ai bien entendu quelqu'un parler, non ?

"Moi non plus, je te signale, a chuchoté celle qui ne pouvait qu'être ma pire ennemie, pourquoi tu crois que j'ai attendu la nuit pour te parler ? Je veux pas qu'on me voie avec un geek puant.

- Tu vois, c'est ça ton problème. Tu peux pas t'empêcher de rabaisser les autres."

Armin ?! Mais qu'est-ce qu'il fout ici ?! Leurs pas se rapprochaient, et je me suis glissée dans un coin pour qu'ils ne me voient pas. Qu'est-ce qu'Ambre et Armin font ensemble dans le dortoir des filles ?

"C'est bon, je peux m'en aller ? On est suffisamment proches de ta chambre, là, non ?

- Je partirai pas tant que t'auras pas répondu à ma question."

Dans le noir, j'ai entendu Armin pousser un long soupir. Ils parlaient à voix basse, mais leur discrétion laissait franchement à désirer, et depuis ma cachette, je les entendais presque parfaitement. De nouveau, il a insisté pour qu'Ambre retourne se coucher.

"J'ai pas envie d'avoir des problèmes, moi...

- Fallait y penser avant de me raccompagner.

- Je t'ai pas raccompagnée, tu voulais pas partir, c'est tout. Et d'ailleurs, comment t'as su où j'étais ?

- Mon frère dort avec toi, espèce de crétin."

Attends quoi ? C'est AMBRE qui est allée dans le dortoir des garçons ?! Dans un sens, qu'elle fasse un truc pareil ne m'étonnait pas vraiment. Mais par contre, j'aurais parié qu'elle serait allée voir Castiel. Qu'est-ce qu'elle fiche avec Armin ?

"Où est-ce que tu vas ?" a glapi la peste, parce qu'il devait probablement s'éloigner.

- Au pieu. J'en ai marre de me faire insulter alors que je pourrais dormir.

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