35 - La déclaration

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C'est décidé. C'est aujourd'hui que j'avoue mes sentiments à Kentin.

C'est en martelant cette phrase dans ma tête que j'ai franchi les portes du lycée ce matin-là. Mes écouteurs enfoncés dans les oreilles, j'ai traversé la cour comme dans un rêve, absorbée uniquement par cette idée fixe. Ça m'avait travaillée toute la nuit : je m'étais tournée et retournée dans mon lit, en proie à tous les doutes et tous les espoirs possibles.

Kentin, depuis l'incident du cours de chimie, ne voulait plus sortir de ma tête.

C'était trop bizarre : dès que je l'apercevais au lycée ou que son nom s'affichait sur l'écran de mon téléphone, mon coeur faisait un bond comme pour s'échapper de ma poitrine, et j'étais incapable d'aligner deux phrases cohérentes. Et encore, c'était dans le meilleur des cas : la plupart du temps, j'avais l'impression de me transformer en Gollum et de murmurer mon préciiieuuux dès qu'il était dans les parages.

J'ai zigzagué dans le couloir pour éviter les troupeaux de lycéens amassés un peu partout. Une fois parvenue à mon casier, j'ai fixé mes livres pendant au moins cinq secondes avant de me rappeler que j'avais un cours de français et un autre d'Histoire. C'était vraiment comme si rien n'était réel, ou comme si j'étais moi-même devenue une espèce de masse flottante, un peu comme une méduse ou un esprit. Je ne me souvenais même plus si j'avais fini par m'endormir, la veille, ou si j'avais vraiment fait une nuit blanche à ne penser qu'à Kentin. Tout était flou. Tout, sauf ma décision de me déclarer.

Mon plan était parfait, tellement que je l'avais noté dans mon journal. Évidemment, j'étais totalement incapable d'avouer mes sentiments au milieu d'un lycée bondé – imaginez si on m'entendait lui dire « je t'aime », ou pire, me prendre un énorme râteau ? – mais j'avais trouvé la solution pour me retrouver seule avec lui. Tous les mercredis après-midi, Monsieur Boris entraînait le club de basket, que Kentin avait rejoint en début d'année pour une raison qui m'échappait. Les cours se terminant à midi, il me suffisait d'attendre la fin de l'entraînement pour que le lycée soit complètement vide. Là, j'attendrais Kentin à son casier – il ne me verrait qu'au dernier moment – et je lui déballerais tout.

Et après... advienne que pourra.

Je n'arrivais pas vraiment à me dire ce qui arriverait après – du moins, pas concrètement. C'était comme si ma vie était censée s'arrêter juste après lui avoir dit « je t'aime », en mode fondu au noir, générique de fin et crédits avec toute la production. À vrai dire, je ne voulais pas trop y penser : dès que j'essayais d'imaginer sa réponse, je sentais monter une espèce de crise d'angoisse qui avait carrément fini par me faire saigner du nez à trois heures du matin. Ce qui était aussi dégoûtant qu'imprévu, je suis bien d'accord avec vous.

Il me restait un peu de temps avant le début des cours. Comme je sentais que j'allais devenir dingue à force de ne penser qu'à Kentin, je me suis dirigée vers la salle des délégués, dans l'espoir que la présence de Nathaniel ou de Melody me distrairait un peu. Coup de chance : ils étaient là tous les deux. Nathaniel a eu l'air ravi de me voir, et même si le sourire de Melody était un peu factice, j'ai eu l'impression que ce n'était pas ma présence qui la gênait, mais simplement le fait d'être dérangée au milieu de son tête-à-tête avec le délégué principal.

« Salut Liv ! » s'est exclamé ce dernier « Quel bon vent t'amène ?

- Ah, ben... je voulais simplement vous dire bonjour et papoter un peu.

- C'est gentil, ça ! La plupart des gens ne viennent nous voir que pour se plaindre du lycée. »

Melody a eu un gloussement aigu. J'ai pris place sur une chaise au hasard et ai jeté un coup d'oeil à la paperasse étalée sur la table.

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