Alexander
Je reste en retrait, appuyé contre le mur, à observer Rosa et Amara d'un regard distant. Ce n'est pas la première fois que je les revois, et pourtant, la sensation d'étouffement est toujours la même. Leur présence ici, dans cet appartement exigu, me rappelle combien j'ai dû lutter pour les convaincre.
Et à quel point c'est risqué.
Amara pose son sac sur la table basse, son air détendu en contraste flagrant avec le nœud qui me serre l'estomac. Rosa, quant à elle, s'avance calmement, observant les lieux d'un air analytique, mais elle ne dit rien.
Julian referme la porte derrière elles, toujours sous le choc. Il les regarde comme si elles étaient des mirages, des éclats d'un passé qu'il avait presque oublié.
Rosa échange un regard avec Amara, puis se laisse tomber sur le canapé, comme si elle était chez elle. Amara, elle, reste debout, les bras croisés. Elle m'étudie, un pli léger sur son front.
— T'es tendu, fait-elle remarquer.
Bien sûr, que je suis tendu.
Chaque décision que je prends, chaque putain de mouvement, c'est une possibilité de plus pour qu'Adriana se fasse tuer et nous avec. Et si elles sont ici, c'est parce que j'ai jugé qu'on avait besoin de renforts. Mais maintenant qu'elles sont là, une question me hante :
Est-ce que j'ai fait le bon choix ?
Julian s'installe à côté de Rosa, mais il n'arrête pas de gigoter. Ses jambes rebondissent nerveusement, ses mains s'entrelacent, se défont. Rosa lui jette un regard excédé.
— T'as pas pissé depuis combien de temps, Julian ? demande Rosa, camouflant à peine la moquerie dans sa voix.
Amara ricane doucement, mais son regard ne me quitte pas. Elle attend une réponse, un signe, une quelconque indication que tout est sous contrôle. Pourtant, sous ses airs désinvoltes, je sais qu'elle évalue chaque détail, chaque expression.
Je m'avance vers la table basse, attrapant les dossiers éparpillés pour les empiler devant elles. Leur contenu est ma seule arme, ma seule preuve que je sais ce que je fais.
— Vous savez pourquoi je vous ai fait venir, dis-je en posant les dossiers sur la table. Mais avant qu'on entre dans les détails, je veux être clair : si vous n'êtes pas prêtes à aller jusqu'au bout, dites-le maintenant. Il n'y aura pas de retour en arrière.
Amara et Rosa échangent un regard, mais c'est Rosa qui prend la parole la première.
— Alexander, arrête ton numéro. Si on est là, c'est parce qu'on a déjà pris notre décision.
Sa voix est calme, mais ferme. Elle ne laisse aucune place au doute. Et pourtant, je ne peux m'empêcher de douter.
Pas d'elles, mais de moi.
De mon plan.
VOUS LISEZ
Los Maestros.
Roman d'amourDans les coulisses du pouvoir et de la manipulation, trois figures se détachent dans un monde où les émotions sont des outils et la compassion, une monnaie d'échange. Plongée dans un univers où la soif de pouvoir écrase l'humanité et où chaque geste...
