Julian.
La musique vibre dans l'air saturé de fumée et de désillusions. Le club grouille de monde, des âmes égarées noyées dans l'alcool et la luxure. L'éclairage tamisé danse sur les corps en mouvement, accentuant les ombres sur les visages, masquant les intentions. Je traverse la pièce, mes pas lourds, mes sens en alerte.
Une serveuse s'approche de moi. Peu vêtue, son parfum sucré sature l'espace entre nous. Elle se penche légèrement, sa voix à peine un murmure contre mon oreille :
— Il t'attend au fond.
Je ne réponds pas. Un simple hochement de tête et je me glisse à travers la foule, esquivant les regards trop insistants, ignorant les murmures et les éclats de rire qui sonnent creux. Plus je m'enfonce dans le club, plus l'atmosphère change. L'ambiance festive et décadente laisse place à quelque chose de plus lourd.
De plus sombre.
Au fond de la salle, une porte discrète. Gardée par deux hommes imposants, l'air aussi engageant qu'un flingue chargé. L'un d'eux m'observe, détaille ma posture, mon regard. Puis il ouvre la porte sans un mot.
Là, dans l'ombre tamisée d'une pièce luxueusement sobre, Cortez m'attend.
Il est assis dans un fauteuil en cuir, une coupe de champagne à la main. Toujours impeccable. Toujours détendu. Son visage est un mystère, ni trop marqué, ni trop jeune, ni trop vieux.
Impossible de lui donner un âge, une origine, une vraie identité.
Physiquement, il ne paie pas de mine. La quarantaine, cheveux poivre et sel coiffés en arrière, une barbe parfaitement entretenue. Il est habillé sobrement : chemise blanche, veste ajustée. Rien d'ostentatoire.
Mais son regard...
Noir, perçant, analysant chaque détail.
Il ne regarde pas.
Il dissèque.
— Julian. Toujours aussi pressé, à ce que je vois.
Je referme la porte derrière moi et m'avance sans répondre. Pas de jeu ce soir. Pas de fausse politesse.
— Dis-moi ce que tu sais.
Son sourire s'élargit. Il repose lentement sa coupe sur la table basse devant lui.
— Ce que je sais ?
Il incline légèrement la tête, m'observe comme un prédateur s'amusant avec une proie trop sûre d'elle.
— Alexander, je lâche d'un ton tranchant. Il est mort. Ou du moins, c'est ce qu'on veut me faire croire.
Cortez tapote l'accoudoir du fauteuil du bout des doigts.
Un tic léger.
Une habitude de réflexion.
— Beaucoup de morts ne le sont pas vraiment, dit-il enfin. Et beaucoup de vivants sont déjà enterrés.
— Arrête avec tes énigmes à la con. Je veux des noms, des lieux. Quelqu'un a mis en scène cette photo. Qui ?
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Los Maestros.
RomanceDans les coulisses du pouvoir et de la manipulation, trois figures se détachent dans un monde où les émotions sont des outils et la compassion, une monnaie d'échange. Plongée dans un univers où la soif de pouvoir écrase l'humanité et où chaque geste...
