Adriana
Je ferme doucement la fermeture du sac. Le bruit métallique semble hurler dans la chambre silencieuse. Chaque geste me paraît mécanique. Presque irréel. Comme si mon corps savait quoi faire, mais que ma tête, elle, flottait encore ailleurs.
Je n'ai pas grand-chose à emporter. Quelques vêtements, des papiers.
Le strict nécessaire.
Le reste... je n'en aurai pas besoin là-bas. Et si je reviens, ce sera pour de bon. Sinon, autant ne pas trop s'attacher aux objets.
Je suis dos à la porte. La baie vitrée, face à moi, me renvoie mon reflet trouble. Les lumières des autres villas clignotent au loin, derrière moi.
Je lève les yeux, juste un instant, et je le vois.
Nassir.
Il est déjà entré. Silencieux comme une ombre. Si je n'avais pas levé les yeux, je ne l'aurais sans doute pas remarqué.
Il tient une assiette dans une main. Un torchon jeté sur l'avant-bras, maladroitement. Il ne dit rien. Ne bouge pas.
Je me remets à plier un sweat, lentement, comme si je ne l'avais pas vu.
— Tu sais, y a une pièce pour ce genre de trucs. Ça s'appelle la cuisine, je crois.
Je le vois esquisser un sourire dans le reflet.
— C'est pas pour moi, dit-il, en avançant de quelques pas. C'est pour toi.
Je m'arrête. Juste un instant.
— Des lasagnes. J'ai... remarqué que t'en faisais souvent. Quand Miguel te laissait chez moi.
Je tourne lentement la tête vers lui, enfin. Il est planté là, mal à l'aise. Vraiment mal à l'aise. C'est presque attendrissant. Lui, le mec toujours sûr de lui, ironique, distant, qui sait exactement quoi dire pour agacer tout le monde... il a l'air de vouloir disparaître dans le sol.
— Je me suis dit que... je sais pas. Peut-être que ça pourrait te faire un peu plaisir.
Il me tend l'assiette.
Je le fixe. Ce ne sont pas les lasagnes qui me surprennent.
C'est le fait qu'il ait retenu ça.
Ce détail.
Insignifiant.
— Alors t'espionnes mes habitudes culinaires, maintenant ? Tu vas me dire aussi combien de sucres je mets dans mon café ?
Il sourit. Légèrement. Mais ses yeux restent sérieux.
— Zéro. T'aimes le café noir.
Je lève un sourcil et prends l'assiette. Nos doigts se frôlent. Rien de fou, pas de frisson hollywoodien. Mais je le regarde.
VOUS LISEZ
Los Maestros.
RomanceDans les coulisses du pouvoir et de la manipulation, trois figures se détachent dans un monde où les émotions sont des outils et la compassion, une monnaie d'échange. Plongée dans un univers où la soif de pouvoir écrase l'humanité et où chaque geste...
