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Adriana



Trois jours.


Ils m'ont dit qu'il leur faudrait trois jours


Pas un de plus. 

Pas un de moins. 

Trois jours pour récupérer Julian. 

Trois jours pour détruire Miguel.

Trois jours pour que je vende mon âme.


Je suis assise dans ce hangar froid, face à Imad. Le béton suinte l'humidité et le métal des poutres grince à chaque coup de vent. Mon regard se perd sur la table devant moi. 


Un cachet blanc. 

Un verre d'eau. 


La sortie de secours, si on peut appeler ça comme ça.

Imad me le pousse doucement.

— Tu le prends maintenant. Ça te laissera juste assez de temps. On te déposera là-bas pendant ton "sommeil".

Je reste immobile.

— Tu veux que je dorme pendant qu'on me jette là-bas ?

— Je veux t'éviter la panique, Adriana. T'éviter de flancher au dernier moment. T'éviter d'avoir à ressentir... ça.

Il désigne ma poitrine du menton. Ce putain de nœud. Celui qui me tord le ventre depuis qu'on m'a annoncé le plan. Celui qui murmure que quelque chose va mal tourner.

Je déglutis difficilement. Ma gorge est sèche, mon estomac en feu.

— Et si je me réveille avant ? Et s'il comprend que c'est un piège ? Et si je le regarde dans les yeux et qu'il sait, Imad ? Il n'est pas comme les autres, tu le sais. Il a ce truc, ce don de te déshabiller l'âme rien qu'avec un regard.

Imad m'écoute en silence. Il ne me coupera jamais. Il sait que j'ai besoin de parler.

— Il m'a brisée une fois. Il peut recommencer. Et s'il le fait... je ne veux pas qu'il me laisse en vie cette fois. Parce que je ne pourrais pas... Je ne pourrais pas survivre à tout ça une seconde fois.

Imad pose une main sur la table, ses doigts effleurent les miens. Ce n'est pas un geste de tendresse, pas un geste d'amour. 


C'est un ancrage. 

Un frère qui rattrape sa sœur au bord du gouffre.


— Écoute-moi bien, Adriana. Ce n'est pas toi contre lui. C'est nous tous contre lui.

Los Maestros.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant