Chapitre 22

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Mensonge


Je me réveillai en sursaut dans ma chambre, sous ma forme d'arachnide habituelle, toujours confortablement installé dans ma toile. Alors tout ça n'avait été qu'un rêve ? Mais ça semblait tellement... réel... Le simple souvenir de toutes ces créatures rampantes dans ma chair me faisait frissonner. J'avalai l'un des cachets d'Eliot et tirai le rideau qui cachait ma fenêtre. La douce pâleur matinale qui filtrait à travers la vitre vint me caresser les pommettes, un peu comme le ferait mon petit-ami avant de m'embrasser, et je pris le temps de savourer cet instant avant de me décider à sortir prendre l'air.

Dans un premier temps, il fallait me changer. C'était l'inconvénient de passer la nuit dans la soie : au réveil, ça colle. J'ôtai mon haut, en passai un autre, mais constatai avec surprise qu'il était aussi tout gluant... Quelle tête en l'air ! J'avais remis exactement le même vêtement, sans même m'en rendre compte. J'en changeai donc une nouvelle fois et glissai ma boîte de médicaments dans ma poche. Oh et puis zut, la tentation était trop forte ; j'en repris un par gourmandise en me jurant que ce serait le dernier de la journée, mais si cela pouvait m'aider à oublier les traumas provoqué par la nuit que je venais de passer alors autant faire d'une pierre deux coups. Je n'avalai pas tout de suite, m'amusant à faire glisser la gélule sous ma langue et entre mes dents, et au bout d'un moment elle finit par s'ouvrir sous l'effet de l'acidité de ma salive. Peu importe, dans tous les cas elle fondrait dans mon estomac.

C'est alors que je sentis autre chose qui n'était pas le cachet, ni une dent qui aurait omis de se détacher avec les autres, mais plutôt un objet filiforme étranger à tout ce qu'il m'avait été donné de goûter. Je le crachai dans la paume de ma main, plus vraiment sûr de vouloir ingérer ça, et eus un haut le cœur en voyant de quoi il s'agissait en réalité : un ver. Un ver était littéralement en train de se tortiller là, dans ma bave, et... Un ver ! J'avais failli manger un ver ! Non, c'était impossible, j'étais toujours dans mon cauchemar, ça ne pouvait pas être vrai ! Je voulus le jeter, le faire disparaître par tous les moyens, mais mes membres refusaient de coopérer. Au lieu de ça, mon pouls s'accéléra, mes lèvres se rapprochèrent de l'insecte et je me mis à en saliver d'excitation.

« Non, arrête, réveille-toi Tom ! »

Je portai mes mains en coupe, caressai l'animal du bout de ma langue et lui exhibai mes crocs, prêt à n'en faire qu'une bouchée.

« Tom ! Non ! Ne fais pas ça, ne... »

Trop tard.

J'avais goulûment englouti la pauvre bestiole, comme je l'avais si souvent fait auparavant avec mes médicaments. Mes médicaments ? Je fondis en un instant sur la boîte, tirai trois pilules que j'éventrai à coup de griffe pour finalement être confronté au même répugnant spectacle : trois larves gigotant sur le sol, au parfum enivrant et au corps bien juteux. Avaient-elles le même goût que le ver, où peut-être étaient-elles meilleures encore ? Alors que je m'apprêtais à vérifier cette information, je réussis à les faire sortir de mon champ de vision en les balayant à l'aide de mon bras et secouai vivement la tête pour me remettre les idées en place.

Réfléchissons.

Que venait-il de se passer ? Et que devais-je faire à présent ? Tout ça était de sa faute, à lui, ce salaud, cet enfoiré de... Comment s'appelait-il déjà ? Peut importe. Il avait des comptes à me rendre. La première chose qui me parut la plus évidente était qu'il fallait que je me débarrasse de ces maudites gélules. Hors de question de perdre une nouvelle fois le contrôle. Je sortis de ma chambre, bien décidé à les expédier tout droit à la case vide-ordure, et croisai Ivy en chemin.

– Ssssalut Tom, siffla-t-elle en levant les yeux de son portable. Oh, pardon, il faut vraiment que je trouve un moyen de me débarrasser de ce tic...

Hybrides - TomOù les histoires vivent. Découvrez maintenant