Chapitre 27

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Néant

Mon excitation était telle que je ne parvenais pas à trouver le sommeil. J'avais tellement hâte de rencontrer ce nouvel hybride, cet « Alexandre » comme disait Nathan ! J'espérais de tout cœur que ce soit une araignée, comme moi. Ce serait vraiment génial : je pourrais lui apprendre tellement de choses, comme monter aux arbres ou tisser une toile, et nous pourrions jouer ensemble ! Les autres ne voulaient jamais me laisser rien faire. Avec eux je devais toujours être prudent, me comporter comme si j'étais un humain, comme si être comme je suis était une mauvaise chose. Ils me forçaient toujours à rester enfermé ici. Mais moi, ce dont j'avais envie, c'était d'aller dehors, de courir, de grimper aux branches, et de ne plus penser à rien, seulement le vent sur mon visage et la terre entre mes griffes, découvrir le monde. Je pourrais emmener mes amis, et Alexandre, et nous irions tous vivre là-bas pour toujours. Ce serait le paradis ! Alors pourquoi s'entêtaient-ils tant à rester dans cette boîte de conserve ? La liberté était là, à portée, et ils refusaient d'y goûter. Le pire dans tout ça, c'était qu'ils m'obligeaient à faire comme eux. Mais je ne suis pas comme eux, je ne veux pas rester calfeutré dans cette chambre pour le restant de mes jours. Mais je ne voulais pas quitter Nathan. Je ne serais pas capable de survivre sans qu'il soit à mes côtés.

Un frisson parcourut mon dos. Cette grande pièce vide toute noire m'apeurait. En fait, je pense que je n'ai jamais vraiment aimé l'obscurité. Je fermai les yeux ; cette noirceur là était beaucoup plus rassurante, plus sincère et plus apaisante. J'aimais être bercé par elle. De son cœur nocturne émergeai un festival de couleurs chatoyantes, hypnotiques, dansant dans la pénombre avec gaieté. Elles vinrent me chatouiller les crochets, jouaient entre mes pattes, puis me prirent par la main et m'emmenèrent dans mon subconscient. Je les suivis avec plaisir.

J'arrivai alors dans une clairière illuminée. J'étais content de ne plus être dans ma chambre. Il y avait plein d'arbres autour de moi, et sur le sol, de l'herbe verte. Je m'y allongeai et roulai dedans en riant. Il y avait aussi des insectes, mais je n'avais pas faim. Le soleil brillait haut dans le ciel, il faisait chaud. J'étais vraiment heureux. Il y avait une forêt au loin. J'avançai donc vers la forêt, trouvai un ruisseau où je bus un peu d'eau, et continuai mon chemin. Des sons étranges s'élevaient des branches : je vis qu'il y avait des oiseaux, mais ils étaient trop hauts pour que je puisse en attraper un. Dommage...

Une lumière blanche brillait entre les troncs. Elle était assez douce, et sa couleur pâle m'attirait. Je voulus savoir ce que c'était, me rapprochai d'elle, mais soudain on m'appela :

– Tom !

Je me retournai, et vis Nathan courir vers moi en agitant la main. Je courus aussi dans sa direction, et lui sautai dans les bras. Il tomba à la renverse, et nous nous retrouvâmes tous les deux par terre. C'était toujours une grande joie de le voir, même si je ne savais pas trop comment il avait pu arriver là...

– Viens, dis-je en l'emmenant vers la lumière.

Quand il la vit, il recula. Il avait l'air d'avoir peur.

– Qu'est-ce que tu attends ? lui demandai-je.

Je le tirai par le bras, mais il refusait de bouger.

– Non Tom, il ne faut pas y aller, c'est dangereux !

– Dangereux ?

Soudain, le vent commença à se lever, et des craquements secs se firent entendre. Je me tournai vers la forêt : les arbres, les oiseaux et la clairière étaient en train de se faire avaler par la lueur qui grandissait, grandissait, grandissait en dévastant tout sur son passage ! Elle absorbait même le soleil et les nuages, sans s'arrêter. Je ressentis une grande peur en la voyant s'approcher de nous. C'était comme une grosse boule blanche immense qui avalait la vie et, le ciel et la terre. Je me sentis alors comme tiré vers elle, mes pattes avaient du mal à rester accrochées au sol, et la seule chose qui me retenait était l'étreinte que je partageais avec Nathan. Il essayait de me ramener à lui, mais la tempête était trop forte. Bientôt il ne resta que nous deux et le bout de terre dans lequel Nathan s'était ancré. La clairière avait disparu. Que ce soit la lueur, mon petit-ami ou moi, aucun de nous ne cédait. Mes bras me faisaient mal ; j'allais lâcher. Nathan le comprit, et déploya toutes ses forces restantes pour m'envoyer derrière lui, dans un grand trou noir sans fond. J'eus à peine le temps de voir son visage s'enfoncer dans la pâleur mortelle que je fus projeté dans un paysage inconnu, au teint rouge écarlate.

Hybrides - TomOù les histoires vivent. Découvrez maintenant