Chapitre 5

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Visite inopinée


La nuit fut plus courte et agréable que je ne l'aurais imaginé et, à mon plus grand soulagement, mon corps ne semblait pas s'être transformé d'avantage durant tout ce temps. La lumière du soleil matinal éclairait la pièce, faisant scintiller ma toile comme un tissu de pierres précieuses. Je devais avouer que je trouvais ça vraiment beau.

Soudain, Nathan entra en trombe dans la chambre, tout essoufflé. Il respirait fort et dégoulinait de sueur.

– Tom, on a un gros problème ! clama-t-il en reprenant difficilement son souffle.

Je m'étirai en bâillant, et me tournai vers lui les yeux mi clos.

– ...Qu'est ce que t'as à crier comme ça ?

– Ma sœur tient absolument à passer pour me consoler parce que j'ai loupé mon hybridation... et elle arrive dans dix minutes !

Je ne connaissais pas vraiment la sœur de Nathan. C'était une harpie du nom de Leïla, dont il a toujours été jaloux. Les rares fois où elle nous rendait visite, la tension était palpable entre elle et son frère. Ce dernier n'en parlait jamais. En même temps, elle ne donnait jamais de nouvelles, et c'était réciproque... La dernière visite de Leïla remontait à deux ans déjà, quand elle nous avait aidés à emménager.

– Il faut que tu restes caché ici ! Je vais essayer de gagner un maximum de temps ! dit Nathan en me barrant la route vers l'extérieur. Tu imagines si elle te voit ?

– Elle pourrait peut-être nous venir en aide comme tu l'a fait pour moi. Non ? répondis-je en changeant mon t-shirt, recouvert de fil gluant.

– Tu ne connais pas ma sœur comme je la connais...

À ces mots, trois coups secs se firent entendre. Leïla était en avance. Nathan commença à paniquer, et accourut dans l'esca-lier en claquant la porte derrière lui.

Je me retrouvai là, seul, dans le noir. Je devais avouer que mon ami avait raison : que dirait Leïla en me voyant sous cette forme ? La plupart des gens prendraient peur et appelleraient la police ou le CIRCH... Puis je me retrouverais enfermé dans un laboratoire avec un tas de scientifiques qui commenceraient à me disséquer et...

«Non, Tom. Arrête d'imaginer des scénarios tous plus horribles les uns que les autres !» songeai-je en secouant la tête. J'entendis tout à coup de grincement symbolique de la porte de notre appartement, suivi d'une série de « bonjour », de « comment ça va ? » et de « depuis le temps ». Je perçus aussi des sons de fillette. Leïla devait sans doute être venue avec Zélie, sa fille...

Je collai mon oreille contre le bâtant pour essayer de capter leur conversation, mais n'entendis que des bribes de paroles incompréhensibles. J'imaginais très bien Nathan se forçant à sourire à sa sœur pour ne rien laisser paraître.

Je distinguai subitement des bruits de pas venant vers moi et s'approchant dangereusement. Qui cela pouvait-il bien être ? En essayant de faire le moins de bruit possible, je bondis dans ma toile et me cachai sous une couverture.

La porte s'ouvrit lentement, et la silhouette d'une jeune fille apparut dans l'entrebâillement.

– Y'a quelqu'un ? demanda-t-elle en entrant dans la pièce.

C'était Zélie. Elle avait dû échapper à la vigilance de sa mère et de Nathan. Elle fit le tour de la chambre, et ria devant le portrait de famille où elle avait sans doute reconnu sa mère plus jeune. Je croisai les doigts. Peut-être qu'avec un peu de chance... Mais je me souvins que je n'avais JAMAIS de chance.

– Trouvé ! s'écria la jeune fille en ôtant la couverture.

Je retins un cri en la voyant, mais je devais bien avouer que je ne passais plus vraiment inaperçu...

À ma grande surprise, elle ne semblait pas du tout effrayée par mon apparence : au contraire, elle avait même l'air plutôt amusée. Du haut de ses sept ans, elle ne devait sans doute pas s'en soucier. Elle monta dans ma toile, puis vint s'asseoir sur mon abdomen et prit mon torse dans ses bras. Je rêve ou... elle était en train de... Mes crochets vibrèrent sous l'effet de la joie qui me traversait. Moi qui pensais que ça n'allait plus jamais m'arriver... Zélie finit par relâcher son étreinte, et m'adressa un grand sourire que je lui rendis. Je sortis de ma toile et la déposai sur le plancher. Mais, soudain...

– Maman ! cria-t-elle alors que j'essayais de débarrasser sa robe de la toile qui y était collée. Viens voir !

Non non non ! Tu ne pouvais pas te taire ?! J'entendis Leïla monter les escaliers quatre à quatre et les pas précipités de Nathan qui essayait de lui barrer la route, en vain. J'avais à peine eu le temps de me cacher dans le fond de la pièce, encore plongé dans l'obscurité, que la porte s'ouvrit en claquant puissamment contre le mur. Leïla attrapa sa fille par le bras, et la ramena auprès d'elle.

– Montre-toi sale monstre ! Rugit la harpie en brandissant le flash de son téléphone portable.

J'hésitai à me relever. Nathan me fit signe de ne pas bouger, mais ce n'est pas en masquant mon problème que j'allais obtenir de l'aide. Je sortis de l'ombre à contre-cœur et me présentai devant Leïla qui, impressionnée, laissa tomber son portable.

– Bon. Leïla, Tom ; Tom, Leïla, lâcha Nathan pour essayer de détendre l'atmosphère.

Je voulus sourire, mais à la vue de mes crochets la harpie se recroquevilla sous ses ailes avec sa fille. On aurait dit qu'elle grelottait, mais je compris très vite que ce n'était pas de froid qu'elle tremblait. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Pour moi, elle était cette femme forte et dynamique, toujours prête à aider son prochain, une médecin hors pair sur qui on pouvait compter. Je ramassai le téléphone, et le serrai contre ma poitrine. Alors voilà comment me voyaient les autres dorénavant... au moins, j'étais fixé. Soudain, Zélie sortit des plumes de sa mère et s'interposa entre elle et moi en écartant ses bras, comme pour me protéger.

– Zélie, reviens ! supplia Leïla en tendant le bras vers sa fille.

– Il est pas méchant ! lança cette dernière. C'est mon ami !

Ami, c'était vite dit... nous ne nous connaissions que depuis seulement quelques minutes, mais il semblait que j'avais déjà marqué le cœur de la fillette. Et, inévitablement, l'esprit de sa mère.

– Je ne vous veux aucun mal, ajoutai-je en tendant son appareil à la harpie.

Elle hésita un instant, mais finit par se relever et me prit sèchement le téléphone. Tout à coup, ses yeux semblèrent s'illuminer.

– Tom... c'est toi ?! souffla-t-elle en posant délicatement sa main sur ma joue noircie.

Même après deux ans et malgré ma nouvelle apparence, elle avait l'air de me reconnaître. Son appréhension avait-elle complètement disparue ? Zélie, qui affichait un grand sourire victorieux, paraissait satisfaite. Nathan aussi était rassuré que tout cela se soit bien terminé. Mais Leïla semblait toujours perdue.

– Je... Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Tu vas bien ? Demanda-t-elle. Je suis tellement désolée ! J'espère que tu pourras me pardonner...

– C'est déjà oublié. Et, à vrai dire, j'aurais réagi de la même façon si j'avais été à ta place...

Oui, moi aussi j'aurais pris peur en me voyant


Hybrides - TomOù les histoires vivent. Découvrez maintenant