Chapitre 14

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Croisière chamboulée


Jamais je n'avais vu une eau si transparente, seulement sur des photos, ou dans des magazines à proximité d'une villa que je n'aurais jamais les moyens d'acheter. Malgré la plage bondée, le port de Fortaleza paraissait si paradisiaque avec ses palmiers et son eau bleu lagon que j'avais du mal à croire que la fenêtre à travers laquelle je regardais n'était pas un écran haute résolution, qui faisait défiler sous mes yeux un paysage idyllique en boucle. Le soleil avait refait son apparition dans le ciel, et les nuages susceptibles d'entraver son éclatante splendeur s'étaient évaporés. La nouvelle année approchait à grands pas, mais ici les festivités se célébraient en bermuda. J'aurais tant aimé sortir, enfoncer mes pattes dans le sable et tout simplement profiter de l'endroit comme le ferait n'importe quel touriste, mais tout ça m'était strictement impossible. Je me jurai que, lorsque toute cette histoire se terminerait enfin, j'emmènerais Nathan refaire le voyage en profitant au maximum, et sans le côté « On n'a pas le temps pour ça ».

Le port était très différent de celui d' Esbjerg, que ce soit au niveau des bateaux, infiniment plus imposants que l'embarcation de Maurice qui aurait plutôt l'air d'une barque à leurs côtés, ou des couleurs chatoyantes qui les ornaient. Ces immenses paquebots, destinés principalement aux touristes, pouvaient facilement accueillir au moins trois mille personnes à coup sûr. Heureusement que nous ne montions pas là-dedans, ça aurait été la catastrophe assurée si quelqu'un m'avait vu. J'aperçus enfin notre bateau, plus petit et plus élancé que les immensités que nous avions longées, mais avant de prendre le large il nous fallait encore sortir du bouchon formé par les autres passagers. Des voix s'élevaient de la longue rangée d'automobiles. Des injures, vu l'intonation et les grands gestes des conducteurs, dans toutes les langues allant de l'anglais à l'espagnol avec parfois un mélange des deux. De ce que je comprenais, il y avait eu un accident entre deux voitures, un simple carambolage, rien de bien choquant mais c'était suffisant pour immobiliser deux centaines de véhicules. La cacophonie tonitruantes formée par les cris et le son strident des klaxonnes me donnaient mal au crâne. Je refermai la fenêtre. J'avais besoin de me couper du monde, seulement l'affaire de quelques instants.

Nathan éteignit son portable et le fourra dans sa poche. Nous étions assis côte à côte sur le sofa, mais j'avais l'impression qu'il se trouvait à des kilomètres de moi, sur un autre continent, un autre planète. Sensation des plus incommodante. Finalement il se leva et sortit en annonçant qu'il allait voir comment le trafic évoluait, sans même me jeter un regard. Personne ne l'empêcha.

Le soleil commençait à se coucher à l'horizon. Ça allait bientôt faire deux heures que nous attendions impatiemment un mouvement, même infime, de notre car qui était littéralement figé sur place. Tous les moteurs étaient coupés. Les gens sortaient de la queue et allaient en former une nouvelle devant les baraques à frites qui entouraient la plage. D'autres restaient bien sagement dans leurs véhicules, mains sur le volant, guettant la moindre occasion de se lancer. Leïla faisait plutôt partie du deuxième groupe ; rien ni personne ne pouvait la décoller de son siège. Eliot, était toujours allongé dans sa couchette, un gros livre sûrement bien barbant à la main. Contrairement à moi, il jouait le jeu à la perfection. Quand à Nathan, il était revenu entre temps. Il avait transmis des informations à Leïla et s'était enfermé à l'étage. C'était le bon moment. Il fallait que je lui parle.

– Nathan ? Appelai-je en mettant mes mains en porte-voix.

Pas de réponse. C'était prévisible.

Je me rendis donc à l'étage, en murmurant une nouvelle fois son nom, mais quelque chose clochait ; il n'était pas là. Sinon son odeur serait présente, et je ne l'avais pas vu descendre. J'ouvris la porte de notre salle de bain miniature, mais là encore il n'y avait rien. Où pouvait-il bien être ? Je mes mis donc à renifler dans le vide à la recherche d'une piste, qui me conduisit au bord de la fenêtre. N'osant pas me montrer je me contentai de scruter le paysage qui défilait à l'horizon. Notre bus s'était remis en marche, et toujours aucune trace de Nathan. La panique commença à me gagner ; était-il descendu du car entre-temps ? Je me ruai dans les escaliers et interrogeai Leïla, qui haussa les épaules. Il ne restait donc qu'Eliot. J'étais sûr que c'était lui la cause de toute cette histoire, c'était cohérent avec l'animosité qu'il portait à mon petit-ami. Il aurait très bien pu trouver un moyen de le persuader de s'éloigner de moi, avec ce que je lui avais dit, ou peut-être l'avait-il tué ?! Je secouai la tête, refusant catégoriquement de donner raison à mes pensées, et me présentai devant l'hybride en montrant les crocs.

Hybrides - TomOù les histoires vivent. Découvrez maintenant