Le soleil déclinait sur le Stade Ernest-Wallon, teintant le ciel d'un orange vibrant.
Le match entre Toulouse et leurs rivaux approchait de son apogée, chaque seconde gagnée ou perdue pesant lourd sur les épaules des joueurs.
Anthony Jelonch, véritable roc sur le terrain, venait de réaliser un placage d'une intensité rare lorsqu'il s'écroula, inerte, après ce choc brutal.
Sur le bord du terrain, Sarah, médecin de l'équipe, n'attendit pas un instant. Le sifflet de l'arbitre n'avait pas encore retenti qu'elle sprintait déjà vers lui, son sac médical en main, laissant derrière elle un murmure inquiet de la foule.
- Anthony ! appela-t-elle en s'agenouillant à ses côtés, ses mains déjà en action pour vérifier son état. Anthony, est-ce que tu m'entends ?
Pendant un instant interminable, il ne répondit pas. Puis, un léger grognement s'échappa de ses lèvres. Ses paupières papillonnèrent avant de s'ouvrir sur ses yeux, encore perdus.
- Bordel, Sarah... t'es rapide, murmura-t-il, esquissant un sourire faiblard.
- Ne bouge pas. ordonna-t-elle fermement, une main sur son épaule pour l'empêcher de se redresser. Tu viens de prendre un KO, je dois m'assurer que tu vas bien.
Mais Anthony, fidèle à lui-même, ne pouvait pas s'empêcher de plaisanter, même dans une telle situation.
- Ça va, Doc, c'est juste une sieste express... T'as couru tout ça juste pour moi ? Tu devrais me remercier, je te fais faire du cardio.
Sarah haussa un sourcil, peu impressionnée, mais elle ne put empêcher un coin de ses lèvres de trembler, hésitant entre le rire et l'agacement.
- Anthony, sois sérieux deux minutes. Combien de doigts je te montre ? demanda-t-elle en levant deux doigts devant lui.
- Deux... je crois. Mais ce que je sais surtout, c'est que t'as jamais été aussi belle. On peut rester là encore un peu ?
Elle roula des yeux, mais ses joues prirent une légère teinte rosée malgré elle. Il tentait clairement de la faire rire, mais elle refusa de se laisser distraire.
- Tu es impossible, soupira-t-elle tout en continuant ses vérifications. Si tu veux que je t'autorise à sortir du terrain sur tes deux jambes, arrête de dire des bêtises et réponds à mes questions.
Anthony se redressa légèrement, ignorant délibérément son avertissement.
- Sérieux, Sarah, je vais bien. Promis. Bon, par contre, si tu veux m'aider à me lever, je dirais pas non.
Elle le poussa doucement mais fermement pour qu'il reste allongé.
- Pas question. Encore un mot et je te fais porter par le brancard, plaisanta-t-elle, mais avec un éclat sérieux dans le regard.
Il leva les mains en signe de reddition, un sourire éclatant illuminant son visage fatigué.
- D'accord, Doc, tu gagnes. Je te dois un café alors.
Sarah éclata finalement de rire malgré elle, secouant la tête.
- Tu es incorrigible, Jelonch. Mais au moins, tu es toi-même. Ça me rassure. Maintenant, reste tranquille.
Et pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, Anthony obéit. Mais il n'en perdit pas pour autant son sourire narquois, conscient d'avoir légèrement adouci l'inquiétude dans le regard de Sarah.
Le stade retint son souffle alors que le médecin principal confirmait la décision : Anthony Jelonch devait sortir sous protocole commotion. Les supporters, jusque-là bruyants, avaient laissé place à un silence respectueux.
