Ollivon

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Charles referma doucement la porte de leur appartement, son souffle encore court après l'entraînement. L'hiver toulonnais déposait une fraîcheur mordante sur ses joues.

Il laissa tomber son sac près de l'entrée et, sans un mot, se dirigea vers le salon, où Sonia était assise au piano, absorbée.

Ses doigts effleuraient les touches avec une douceur presque timide, jouant les premières notes de "Je te laisserai des mots" de Patrick Watson.

Charles s'arrêta dans l'ombre, silencieux. Sonia, concentrée, ne l'avait pas encore remarqué. Elle jouait cette mélodie mélancolique qu'ils avaient tant écoutée ensemble.

Ce morceau représentait quelque chose d'inexplicable pour eux deux : une promesse tacite, une présence, même dans l'absence.

Charles s'approcha doucement, comme s'il avait peur de briser la magie. Quand Sonia leva les yeux, surprise mais souriante, Charles posa une main sur son épaule.

- Tu joues ça mieux à chaque fois, murmura-t-il, ses yeux pétillants d'une tendresse infinie.

Sonia hocha la tête, légèrement gênée.

- J'aime ce morceau... Il me fait penser à toi.

Charles, sans un mot, glissa ses bras autour d'elle, collant son torse à son dos. Il ferma les yeux, laissant la mélodie continuer à les envelopper. Sonia reprit son jeu, ses notes plus sûres cette fois, comme si la présence de Charles renforçait sa confiance.

À chaque note, c'était comme si chacun d'eux ressentait un écho de leur histoire : leurs silences partagés, leurs rires, leurs disputes, et surtout cet amour qu'ils n'avaient jamais besoin de justifier.

Quand la dernière note mourut dans l'air, Charles se redressa doucement, embrassant la nuque de Sonia, un baiser léger comme une plume.

- Si tu me laissais des mots, où est-ce que tu les cacherais ? demanda-t-il dans un sourire taquin.

Sonia se tourna, ses yeux brillant de malice.

- Partout où tu ne penserais pas les chercher. Dans le pli de ta veste d'entraînement, au bord de ton livre, ou peut-être dans ton agenda, pour que tu tombes dessus quand tu ne t'y attends pas.

Charles ria, ce rire qui sonnait comme une mélodie en soi. Puis, il baissa la voix, son regard plongé dans celui de Sonia.

- Moi, je te les murmurerais chaque jour, juste pour que tu n'oublies jamais.

Sonia se leva du tabouret, ses mains glissant naturellement autour de la taille de son mari. Ils se retrouvèrent face à face, leurs souffles se mélangeant dans une proximité intime.

- Tu sais, je ne pourrais jamais oublier, murmura-t-elle, même si tu ne disais rien, même si tu ne laissais aucun mot, il y a toujours cette façon que tu as de me regarder, de me toucher, qui me rappelle tout.

Charles hocha la tête, incapable de répondre. Les mots semblaient inutiles, superflus. Alors il attrapa doucement sa main et l'entraîna vers la grande baie vitrée du salon.
Dehors, la ville scintillait sous la lumière des lampadaires, et la lune dessinait une lueur argentée sur leurs visages.

Ils s'arrêtèrent là, côte à côte, Sonia glissant sa tête contre l'épaule de Charles.

- Tu te souviens de cette nuit chez mes parents, quand on a regardé les étoiles ? demanda-t-il après un moment.

Sonia sourit.
- Celle où tu as insisté pour dormir dehors et que tu as fini par grelotter toute la nuit ? Comment oublier ?

Charles éclata de rire, et Sonia sentit son cœur se gonfler. Elle aimait ce son, cette légèreté qu'il partageait avec elle et elle seule.

- C'était froid, oui, mais c'était parfait, répondit-il, parce que c'était toi. Parce que je savais qu'on se réveillerait ensemble, et que ça me suffisait.

Sonia releva la tête pour croiser son regard.

- C'est toujours comme ça, tu sais, continua-t-il, peu importe ce qui se passe dehors, peu importe les matchs, les blessures, les doutes... Tant qu'on se réveille ensemble, tout va.

Charles passa une main dans les cheveux de Sonia, son geste lent et plein de tendresse.

- Alors on ne laissera jamais ça disparaître. murmura-t-elle.

Ils restèrent ainsi, immobiles, leurs silhouettes se dessinant dans la lumière de la lune. Ce n'était pas grand-chose, juste un moment suspendu, mais c'était tout pour eux.

Et, comme pour sceller cet instant, Charles se pencha et, du bout des lèvres, murmura à l'oreille de Sonia :
- Je te laisserai toujours des mots, même quand je serai loin. Ils seront là, dans le silence, dans chaque regard, dans chaque battement de mon cœur.

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