Nicolas Depoortere avait tout pour lui : le talent, la célébrité, et cette aura magnétique qui attirait les regards partout où il allait.
Pourtant, ce soir-là, sous une pluie fine à la terrasse d'un café parisien, il ne semblait pas à sa place. Il jouait distraitement avec sa tasse de café, le regard perdu dans le vide.
C'est alors que Lilou, une jeune libraire au sourire désarmant, arriva en trombe, cherchant refuge sous l'auvent. Trempée, les cheveux dégoulinant de pluie, elle tenta de se recoiffer maladroitement.
- Nan mais regardez moi cette pluie ?! Il faisait beau il n'y a même pas trois minutes ! lança-t-elle, plus pour elle-même que pour Nicolas.
- Oui... Paris sait être imprévisible, répondit-il en levant les yeux, légèrement amusé par son arrivée chaotique.
Leur regard se croisa brièvement. Nicolas la dévisagea. Elle n'avait rien des habituelles silhouettes glamour qui gravitaient autour de lui, mais il y avait quelque chose chez elle de désarmant.
- Attendez mais...vous êtes Nicolas Depoortere non ? demanda-t-elle, un mélange d'étonnement et d'amusement dans la voix.
- Guilty as charged, répondit-il en souriant. Vous êtes fan de rugby ?
- Pas vraiment, non. Enfin, j'ai un cousin qui hurle devant les matchs, ça compte ?
Il éclata de rire, un rire sincère et franc, qu'il n'avait pas eu depuis des semaines.
- Assiez vous si vous voulez, qu'est ce qui vous amène par ici ? demanda-t-il en lui désignant la chaise en face de lui.
- Le destin, apparemment. Ou une envie de cappuccino.
Elle s'installa, et bientôt la conversation glissa sur des sujets plus personnels.
La pluie continuait de tomber en rideaux fins sur Paris, transformant la terrasse du café en une petite bulle hors du temps.
Le bruit des gouttes qui frappaient l'auvent formait une mélodie douce, presque apaisante.
- Alors, une librairie, hein ? demanda Nicolas en se calant mieux sur sa chaise. Ça sonne... poétique, un peu.
- Poétique... ou bancal, répondit Lilou avec un sourire en coin. Ça dépend des jours. Les petits commerces, ça n'a rien de facile. Mais au moins je fais ce que j'aime. Et toi ?
Il haussa un sourcil, surpris par son tutoiement soudain, mais il n'en dit rien.
- Moi ? Eh bien, j'imagine que de l'extérieur, ma vie ressemble à un rêve, répondit-il après une courte pause, les matchs, les projecteurs, les trophées...
- Mais ? fit-elle en penchant la tête, comme si elle avait senti le poids caché derrière ses mots.
Il joua distraitement avec le bord de sa tasse, hésitant.
- Mais parfois, je me demande pour qui je fais tout ça. Si c'est pour moi ou pour les autres. Tu sais, tout le monde te voit comme une sorte de héros. Le grand Nicolas Depoortere, le joueur qui ne faillit jamais. Mais ils oublient que je suis juste... un gars normal, qui doute, qui se plante, qui se fatigue.
Lilou le fixa, ses yeux pétillants de curiosité et de compassion.
- Ça ne doit pas être facile, murmura-t-elle, toujours devoir être parfait.
- Ça ne l'est pas, admit-il, baissant la voix. Quand je rate un essai ou qu'on perd un match important, c'est comme si tout le monde me tombait dessus. Les journalistes, les supporters... même moi, je m'en veux. Mais je sais aussi qu'il y a pire.
