surprise ?

234 6 5
                                        


Point de vue : Charles

C'est la nuit quand j'arrive. Une nuit tranquille, presque irréelle, avec ces lumières orangées qui filent doucement sur les boulevards de Los Angeles.
Le genre de silence étrange que seuls les grands trajets provoquent — quand le corps est épuisé, mais que le cœur, lui, refuse de dormir.

Je regarde les rues défiler à travers la vitre.
Le chauffeur ne dit rien, et c'est parfait ainsi.

J'ai quitté le paddock sans un mot de plus que nécessaire. Carlos a gagné.
Carlos, mon coéquipier. Mon ami,
Il a conduit comme un roi, avec cette intelligence froide et maîtrisée que je lui envie parfois.
Je suis content pour lui. Vraiment.
Mais je suis vidé.

Pendant qu'il fêtait la victoire, moi j'étais déjà en route pour l'aéroport, les oreilles pleines encore de sa voix dans les haut-parleurs et les bras un peu trop lourds pour applaudir aussi fort que je l'aurais voulu.

Juliette m'a appelé après la course.
Elle voulait savoir comment je me sentais.
Me dire qu'elle m'avait regardé. Qu'elle m'avait trouvé beau, même si je n'étais pas sur le podium.

Je n'ai pas décroché.
Je n'ai pas répondu non plus à son message.

Pas parce que je n'en avais pas envie.
Mais parce que j'avais déjà pris ma décision.

L'ascenseur monte lentement jusqu'à son étage. Mon sac me tire sur l'épaule, et j'ai l'impression que mon cœur s'alourdit à chaque étage.
J'ai peur qu'elle ne soit pas là.
J'ai peur qu'elle ait cru que je boudais.
J'ai peur qu'elle ait pleuré. Et que je ne sois pas à la hauteur de ce qu'elle attend.

Je frappe. Doucement. Une fois, puis deux.

Et j'entends les pas.

Elle ouvre, et son visage, d'abord flou dans la lumière faible de l'entrée, se précise.
Ses cheveux sont relevés comme elle le fait quand elle bosse tard. Son regard est fatigué. Son pull bien trop grand. Son souffle se coupe.

— Charles... ?

Je souris. Un peu. Timidement.
Parce que je n'ai pas de discours, pas de fleurs, rien d'autre que moi.

— Surprise.

Elle reste immobile. Même ses doigts tremblent un peu.
Ses yeux glissent de mon visage à mon sac de voyage, puis à mes baskets pleines de poussière. Je la vois assembler les pièces.

— Tu... T'étais à Singapour. Ce matin. Tu—

— Et maintenant, je suis là.

Elle me regarde encore une seconde, puis me laisse entrer sans un mot, comme si le simple fait de me voir l'avait débranchée du monde réel.
Je pose mon sac. Elle referme la porte derrière moi.
On reste là. Dans le silence.

— Pourquoi t'as rien dit quand je t'ai appelée ?
Sa voix est plus fragile que je ne l'aurais cru.

Je la regarde.

— Parce que si je t'avais parlé... J'aurais craqué. Et j'aurais fini par t'avouer ce que j'étais en train de faire.
Je voulais que ce soit une vraie surprise.

Elle hoche lentement la tête. Ses yeux brillent, mais elle ne pleure pas.
Elle s'approche. Elle me touche le bras.

— Carlos a gagné.

J'acquiesce.

— Il a été bon. Il le mérite. Mais moi, j'avais besoin d'autre chose ce soir.

Il mio campioneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant