Jamais trop tard

237 7 5
                                        

                        Point de vue: Charles

Le matin à Spa-Francorchamps avait toujours ce quelque chose de magique. L'air frais des Ardennes, légèrement humide, flottait entre les hauts murs du paddock, transportant une odeur familière d'essence et d'huile moteur.

 Pourtant, malgré la beauté des lieux, l'atmosphère autour de moi était tendue, électrique. Ce n'était pas seulement la course, c'était le poids du week-end qui m'accablait déjà.

Je me trouvais dans la salle de briefing, mes yeux fixés sur les écrans géants qui diffusaient les dernières données sur les conditions météo et les réglages des voitures. Les mots d'Andrea étaient clairs, mais ils me traversaient sans vraiment s'arrêter. Compliqué de se concentrer quand je n'avais pas dormi de la nuit. 

Mon esprit était trop encombré, submergé par la conversation que nous avions eue hier soir. La voir partir aussi brusquement m'avait laissé une étrange sensation, comme un vide que je ne savais pas comment combler.

Les autres membres de l'équipe parlaient avec enthousiasme, certains échangeaient des idées sur les réglages à adopter pour les qualifications, mais moi, j'étais ailleurs.

Chaque son, chaque geste, me semblait distant. J'avais à peine dormi. Il fallait dire qu'après l'échange avec Juliette, mon esprit était trop agité pour trouver le moindre repos.

— Charles ? La voix d'Andrea me tira de mes pensées. Il m'observait, un sourcil légèrement haussé, visiblement intrigué par mon silence prolongé.
— Ouais, je t'écoute, désolé.

C'était complètement faux, je ne l'écoutais plus depuis bien longtemps. tentant de trouver une méthode qui pourrait m'aider à me reposer tout en gardant les yeux ouverts sur le meeting.


Je me redressai, me forçant à concentrer mes pensées sur ce qu'il disait. Mais malgré mes efforts, je me sentais pris au piège. Partout finalement. Ma carrière, mes sentiments envers Charlotte et, bien évidemment, Juliette avait raison sur certains points. Cette situation me rongeait de l'intérieur. 

Mon engagement envers Charlotte était une obligation, pas un choix. Mais qui me l'avait imposé, au fond ? Mes agents ? L'équipe ? Moi, à force de vouloir garder l'apparence de l'équipe parfaite ?

— Charles, tu me sembles un peu ailleurs, reprit Andrea, me sortant encore une fois de mes pensées. T'es prêt pour les essais ?
Je haussai les épaules, tentant de dissimuler mon trouble.
Ouais, ça va, je suis prêt.
Je savais que la voiture serait mon seul échappatoire aujourd'hui. Une fois dans le baquet, tout se dissiperait. La piste. La concentration. Les sensations.

C'était tout ce qui comptait.

Quand je pris place dans la voiture, la ceinture me comprimant la poitrine, je fermai la visière de mon casque comme si cela pouvait m'enfermer dans une bulle de concentration. La chaleur du moteur, l'odeur du cuir du siège, tout cela semblait me ramener à la réalité. Mais quelque chose en moi n'était pas encore prêt à partir. Je m'efforçai de respirer profondément, sentant chaque poumon se gonfler lentement, presque comme un rituel.

Les premiers tours étaient relativement tranquilles, la piste encore humide mais pas trop glissante. Je passais les virages avec cette confiance presque inconsciente que tout irait bien. Le moteur rugissait sous mes mains, les vibrations passant directement dans mon corps, chaque résonance me rappelant que je n'étais plus qu'un avec la voiture.

 Mais c'était dans ces moments-là que je ressentais ce vide, cette douleur sourde dans ma poitrine qui me disait que quelque chose n'allait pas. La concentration me permettait de repousser tout ça un instant, mais c'était là, tout au fond de moi, insistant.

Il mio campioneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant