Atom to Atom
Roger tombe à genoux lorsque la balle s'écrase dans le filet, la joie l'enveloppant. Il a gagné son douzième Chelem, inscrivant un peu plus son nom dans la légende. Il se sent tellement bien, tellement fier ! Il ne peut attendre d'aller embrasser Mirka, de partager toute son excitation avec lui, même si son corps est fatigué par ce dur combat. Quelle manière de conclure la saison !
Il se relève pour aller saluer Djokovic au filet, serrant sa main et le félicitant pour son match, l'encourageant pour la suite de sa carrière—Roger se retient de le complimenter d'avoir réussi à tenir tout un match sans abandonner à cause d'une douleur imaginaire. Il ne voudrait pas gâcher son succès à cause d'une dispute avec le gamin, encore moins alors qu'ils seront vraisemblablement amenés à se revoir assez souvent.
Roger attend patiemment de recevoir son trophée, envoyant quelques baisers à Mirka, essayant de prêter attention au discours de Novak. Il n'entend que sa voix fébrile et ses tentatives pour camoufler sa déception derrière quelques blagues. Il doit encore grandir pour pouvoir mieux maîtriser ses émotions, et ne pas se laisser abattre, même si Roger doit lui reconnaître une certaine force de ne pas s'être écroulé après le match.
Quand vient son tour de soulever le trophée, Roger se sent comme sur un nuage. Il est le meilleur, et il vient tout juste de rajouter une nouvelle case à son palmarès, une nouvelle coupe sur son étagère. Le public acclame chacune de ses paroles, et Roger retourne aux vestiaires avec cette sensation de légèreté qu'il apprécie grandement. Il embrasse Mirka dans le couloir, caressant sa douce joue et lui promettant de lui offrir une nuit de rêve dès qu'ils seront seuls, avant d'aller se changer.
Dans les vestiaires, Roger dépose ses affaires, attrape sa serviette et des vêtements de rechange. Direction la douche, pour se débarrasser de toute la sueur qui s'est accumulée sur son corps au cours des deux dernières heures d'effort. L'eau lui fait beaucoup de bien, et Roger peut enfin libérer ses cheveux de son bandeau ; il les frotte avec son shampoing, profitant de ce moment de calme pour mettre au clair ses idées. Ce n'est pas parce qu'il a gagné qu'il doit se déconcentrer, rien n'est jamais fini sur le circuit.
Il se sent nettement plus propre en sortant de la douche, de vrais vêtements couvrant son corps et ses cheveux ruisselant des gouttes d'eau le long de sa nuque. Roger rejoint les bancs, posant rapidement son regard sur Novak, une serviette cachant sa tête et ses doigts jouant avec la croix autour de son cou. Il est toujours dans son short, même s'il est torse nu. Ne compte-t-il pas prendre une douche et rejoindre ses proches avant de participer à la conférence de presse ?
Roger sort son parfum de son sac, vaporisant un peu de Cologne sur sa peau en continuant d'observer le jeune homme. Pauvre chose, il semble presque piégé sur ce banc, ses lèvres bougeant mais sans qu'aucune parole ne lui échappe. Prie-t-il pour pouvoir revenir en arrière et faire mieux durant les tie breaks ? Roger fronce les sourcils, à la fois fasciné par le Serbe et énervé de le voir aussi apathique alors qu'il est toujours si énergique sur le court.
Est-ce vraiment à ça que ressemble le futur du tennis ? Un gamin pleurnichant dans les vestiaires à cause d'une défaite ?
''Arrête de pleurer, les journalistes vont t'attendre.''
Roger range ses dernières affaires, ne quittant pas des yeux Djokovic, qui se décide finalement à bouger pour retirer la serviette de sa tête. Son regard noisette se pose sur le sien, rancœur et colère évidentes, mais Roger ne tremble pas. Les vestiaires ne sont pas un endroit pour désespérer, encore moins devant son adversaire.
''Je ne pleure pas.'' Même si ses joues sont rouges, sa voix craquant sur le dernier mot
''Tu devrais déjà être en conférence de presse, crois-moi, personne n'aime attendre là-bas.''
