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    Je cours, gambade tranquillement dans les champs près de chez moi. Papa est derrière moi, il essaye de me rattraper mais je suis trop rapide. Saphir, son cerf, porte Calypso et Styx sur sa croupe, ils nous devancent, mon père et moi, de quelques mètres seulement. J'aperçois au loin ma maison. Je regarde furtivement au-dessus de mon épaule pour voir papa courir. J'accélère ma course et réussis avec brio à rejoindre nos animaux devant le porche. Complètement essoufflée, je gravis les quelques marches et me prépare à narguer mon père ; arrivé deuxième. Je sens soudain des mains m'agripper les hanches et me soulever en l'air. Il me fait tourner à toute allure tandis que mes rires aigus se mélangent au bourdonnement du vent.


    Il fait chaud aujourd'hui mais les orages estivaux menacent. Papa me repose et nous fait tous entrer. Je me déchausse rapidement et me précipite dans la cuisine pour engloutir les cookies chaudement sortis du four. J'en lance un à Calypso et mon papillon transporte une miette jusqu'au salon pour la déguster sur le canapé. Je me dépêche ensuite d'échapper à la vue de mes parents ; je me ferai gronder. Maman et Thalia ne sont pas en bas. Mon père est sorti dans le jardin avec Saphir pour se reposer.


    J'ai envie de jouer. J'escalade alors les escaliers et me dirige dans la chambre de ma grande sœur. Elle est assise par terre, en tailleur. Ma mère lui tresse les cheveux. Elle le fait souvent, elle adore les cheveux de Thalia. Moi, j'ai un carré, on ne peut pas me coiffer. Maman me remarque quand elle lève la tête pour attraper un élastique. Elle me jette un coup d'oeil avant de terminer son travail sur ma sœur.


— J'ai fini, cœur. Tu peux aller t'amuser, dit-elle.


    Elle embrasse le front de ma sœur qui me sourit et vient se poster à côté de moi. Thalia enroule son bras autour du mien et me tire pour que l'on aille jouer dans ma chambre : là où il y a nos poupées. Cependant, maman nous arrête. Elle serre mon épaule de sa main manucurée.


— Miyu ! Tu as mangé des cookies, ta robe est pleine de miettes ! me hurle-t-elle. Privée de diner.


    J'écarquille les yeux. Ma lèvre inférieure commence à trembler sous l'angoisse. Jamais papa et maman ne m'ont punie. Je me tourne vers ma sœur pour du soutien. Elle a l'air aussi surprise que moi. Maman part au moment où Styx et Calypso me retrouvent. Ils ont fini de goûter. Lorsque ma tigresse grimpe les escaliers précipitamment, elle manque de faire tomber ma mère. Cette dernière râle, maudissant « ces animaux de malheur ».


    S'assurant qu'aucun adulte n'est dans les parages, Thalia me souffle à l'oreille qu'elle me glissera de la nourriture avant d'aller se coucher Je la remercie grandement. Nous allons ensuite dans ma chambre. Elle est blanche, contrairement à celle de ma sœur qui est entièrement rose. Mon lit est complètement sens dessus dessous et mes livres et manuels sont éparpillés sur la moquette crème.


    Avec ma sœur, nous n'allons pas à l'école. On apprend à la maison avec papa et quand il n'a pas le temps, il nous emmène à son magasin. J'aime beaucoup aller là-bas. C'est le fouillis total. Des dizaines de meubles et de bibelots anciens et poussiéreux trainent depuis des années dans son antiquaire. Thalia et moi faisons souvent des cache-cache pour nous occuper la journée. Le soir, on fait des devoirs. Maman est très stricte à propos de ça.


    J'attrape ma poupée préférée, elle est toute nue ; j'ai donné ses vêtements à celle de ma sœur. Nous jouons un moment avant que mon père nous appelle pour venir mettre la table. Nous lâchons nos occupations et dévalons les marches. Thalia s'empare de quatre assiettes et les dispose sur la table. Mais, avant qu'elle ne place la dernière, ma mère lui la confisque et la remet dans le placard. Elle me lance un regard sombre et m'ordonne de monter dans ma chambre. Je baisse les yeux et, trainant des pieds, m'enferme dans ma chambre en attendant que ma sœur m'apporte un peu de nourriture à la fin du repas.


    Je me suis réveillée en sursaut, le corps brûlant et les cheveux humides de sueur. Calypso a été alertée par ma respiration saccadée et forte. Elle a accouru au bord de mon matelas. J'avais terriblement chaud. Ma tigresse l'a remarqué et m'a soufflé de l'air froid grâce à son museau. Je l'ai remerciée d'une caresse et ai retiré les couvertures de mes jambes. Ces dernières m'ont portée devant la fenêtre. Le ciel était dégagé ce soir, la Lune illuminait majestueusement la nuit noire. Des milliers de couronnes d'étoiles parsemaient cette étendue infinie. C'est exactement le même ciel que lorsque je restais des heures, allongée dehors, avec mon père.





— Tu me manques papa.


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petit bonus 🌤

Tiger | hsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant