_____Rune_____
J'arrivais péniblement à voir quelque chose de net autour de moi les premières secondes où mes yeux s'ouvrirent. Au fur et à mesure, les couleurs devenaient plus faciles à distinguer, les formes plus nettes et précises, et les mouvements causés par le vents plus distinctifs Je me sentais fatiguée, mon corps semblant penser une tonne; si bien que tenir debout tenait du miracle.
Je prenais un moment pour regarder autour de moi et remarquais quelque chose de troublant. Pour commencer, je ne me trouvais pas dans mon salon mais dans un parc de jeu entouré d'un côté par une forêt et de l'autre une prairie qui s'étendait à l'infini, formant un long et inarrêtable tapis vert.Le soleil tapait doucement sur le sol et l'aire de jeu, faisant briller le métal rouge des toboggans et les assises des balançoires. J'avais du mal à croire qu'un rêve pouvait être aussi clair et précis, mais je saisissais l'occasion à pleines mains; pensant vraiment que j'avais le contrôle sur mes rêves. Je passais une main sur mon bras à cause d'une brise qui se levait, et sentait que mes doigts était plus doux et petits qu'habituellement. Mon corps entier était plus petit en général, comme si j'avais perdu plus d'une dizaine d'année seulement en m'endormant. Si on ne comptait pas mon apparence nouvelle, tout semblait si réel autour de moi.
Alors que j'étais perdu dans le rêve, encore la tête dans un nuage, j'entendis un son parvenir de derrière moi. Je me retournais lentement pour tomber face à deux enfants d'une dizaine d'année qui regardait en ma direction. Ou plutôt, ils regardaient à travers moi pour observer la forêt au loin.
-On ne doit pas y aller... ; l'un d'eux disait en serrant son tee-shirt dans ses mains, jetant des coups d'oeil inquiets à son partenaire qui ne semblait pas non plus être rassurés par l'immensité verte qui leur faisait face.
Des arbres. Des dizaines, des centaines d'arbres qui se serraient les uns aux autres pour former une masse sombre et imposante aux nuances vertes bleutés dans laquelle s'engouffrait le moindre rayon de lumière. Rien que de l'ombre qui vous faisait froid dans le dos et des branches qui avait l'air de vouloir vous arracher à votre vie pour vous emmener dans leur entre infinie. Un véritable cauchemar. Un cauchemar que, finalement, je ne connaissais que trop bien.
-On ne doit pas y aller; il répétait en gardant cependant le regard rivé sur la zone en question, la zone qu'on ne devait approcher en aucun cas.
Sa phrase s'embrouillait dans ma tête, comme si un vieux disque rayé se mettait à sauter sur la même piste à chaque tour. Il avait l'air de se le rappeler à lui même, comme s'il devait garder en tête que la forêt était interdite, trop dangereuse pour eux et que c'était une promesse qui devait être tenue que de ne pas y mettre un pied. Une promesse faite entre nous et à nos parents pour les rassurer; oh combien de fois j'avais dû leur promettre de nouveau que je n'allais pas aller là-bas. J'acquiesçais doucement comme s'ils pouvaient me voir, leur confirmant qu'avancer allait causer la perte de tant de moment et de personnes. J'acquiesçais comme si je pouvais changer les choses et arranger le passé.
-Reculez; je soufflais en voyant les garçons faire un pas en avant.
Je continuais de leur murmurer de ne pas avancer, montant le volume sonore au fil de leurs pas rapides mais ils continuaient d'avancer dans ma direction, sans porter attention à mes mots qui devenaient des hurlements. Les larmes me montaient aux yeux alors que je hurlais de plus en plus fort pour les bruits de leurs pa dans les gravier de l'aire de jeu.
Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi le cauchemar ne changeait jamais et pourquoi j'avais toujours l'espoir que la fin change alors que je savais pertinemment que celui ci resterait le cauchemar qui hantera mes nuits. Avant que je ne puisse le réaliser,ils étaient déjà à mon niveau à fixer devant avec un regard apeuré mais déterminé. Je ne sais pas ce qu'ils avaient pu ressentir à ce moment là, mais la haine que cela m'avait procuré me forçait à les imaginer prêt à détruire des existences entières.
Tremblante, j'avançais une main vers eux pour les toucher une dernière fois. Arriver à sentir la chaleur de leur peau abîmée par les chutes dans les cailloux et les courses devant la lisière de la forêt. Maintenant qu'ils étaient devant moi, l'envie de les faire rester et de les garder auprès de moi me serrait douloureusement le cœur. Quelques millimètres nous séparaient désormais, j'étais si proche d'eux que je pouvais sentir la chaleur émaner de leurs corps. La chaleur que j'imaginais. Ils me dépassaient de quelques mètres et je ne ressentais plus la force de me retourner, sentant que je commençais à me réveiller. Arrivant tout de même à faire demi-tour, je les voyais se tenir devant la lisière de la forêt, à la simple différence que nous avions tous les trois retrouver une taille convenable à notre âge. Je ne voyais que des formes flou, mais je pouvais voir qu'ils avaient la taille adulte que j'imaginais pour eux, comme s'ils avaient pu l'atteindre un jour.
-Les garçons ne faites pas ca; je geniais en voyant l'épais brouillard de la forêt les entourés avant de faire disparaître leurs corps pour toujours. Faire disparaître leur corps jusqu'au prochain cauchemar.
Le corps trempé de sueur et les membres tremblant, je sentais les larmes couler sur mes joues pour aller s'imbiber dans les coussin du canapé qui me faisait remarquer que je m'étais enfin réveillée. Ma poitrine était toujours engourdie et ma respiration saccadée, mes inspirations en rythme avec mes petits spasmes de peur. Je passais une main sur mon visage, respirant un grand coup l'air frais autour de moi, le froid envahissant mes poumons me faisant reprendre goût à la réalité.
-Bon sang...; je murmurais en regardant l'heure affichée au plafond par mon vieux radio réveil laser posé sur la table. J'avais dormi plus que d'habitude, une heure tout au plus, mais je me sentais aussi fatiguée qu'après une de ces nuits où je passais les heures à marcher en rond dans mon appartement.
Je re-tombais lourdement sur le canapé, reprenant tranquillement mon calme en gardant les yeux ouverts pour ne pas retomber dans le sommeil puis me tournais pour me mettre sur le côté et attrapais mon téléphone portable, posé sur la table basse. Je l'allumais rapidement et vérifiais mes messages.
-12h34... ? Je disais avec étonnement, regardant plusieurs fois mon plafond qui indiquait pourtant 9h34.
J'avais dormi dix heures d'affilée et mon réveil n'était bien pas à la bonne heure, sûrement à cause des récentes coupures de courant que j'avais eu dans la rue. C'était donc nettement mieux que d'habitude, l'accumulation des courtes nuits ayant évidemment un rôle dans ce sommeil prolongé. Me mettant en tailleur sur le canapé, j'ouvrais le seul message qui s'affichait sur l'écran bleuté avec un vieux fond d'écran par défaut.
Vincent : (Salut Rune, j'espère que tu ne vas pas annuler le rendez-vous, ca pourra te permettre de te détendre un peu j'ai remarqué que tu étais tendue en ce moment, à plus tard.)
Je soupirais en reposant le téléphone sur la table basse en m'étirant. Vincent avait deux qualités que je ne pouvais pas réfuter: premièrement il était très observateur en ce qui concernait mon état; ayant l'air de savoir quand je n'avais pas dormi, quand je n'avais pas bien manger; et ensuite qu'il arrivait souvent à me convaincre de faire des choses que je n'avais pas envie de faire. Et aujourd'hui je n'avais pas envie de bouger. Et puis poser un lapin à son patron le lendemain du Nouvel an était loin d'être l'idée la plus brillante qui soit.
Me levant péniblement du canapé, je laissais tomber la couverture de mes épaules pour me retrouver en sous-vêtements dans mon salon. J'avais eu la force d'enlever les couches de vêtements que j'avais enfiler tôt ce matin; le chauffage de l'immeuble faisant souvent des siennes, il arrivait que les radiateurs fonctionnent à plein régime pendant la nuit. J'allais dans ma salle de bain, tout en baillant longuement et en étirant mes muscles endormis. Je faisais tomber mes sous-vêtements au sol, allumais la douche et me glissais dessous. Je me mouillais les cheveux et laissais les gouttes couler le long de mon visage, fermant les yeux en profitant de cette sensation apaisante. Après une nuit comme ça, j'avais bien le droit à un moment de réconfort.
Je me lavais lentement, essayant de rester le plus possible dans cette épaisse buée qui s'était formée dans la salle de bain. J'adore quand il fait chaud ici. Malheureusement, je n'avais pas tout mon temps aujourd'hui. Je quittais à contrecœur la douche en attrapant ma serviette. Je m'enroulais dedans et retournais dans mon salon pour m'habiller correctement. J'ouvrais ma commode et choisis mes habits avec un minimum de soin, prenant le temps de réfléchir à ce que je mettais : un jean noir, un pull rouge bordeaux que j'avais reçu à Noël de mon amie et des basket blanches. Tenue convenable pour une sortie en après-midi à mon goût, je n'allais pas non plus sortir une robe pour une occasion banale, surtout qu'à ma connaissance je n'avais qu'une robe de serveuse pour le travail.
Une fois prête, j'allumais mon ordinateur, espérant un message de Black; ou de n'importe qui d'autre aurait l'idée de me montrer un signe de vie après des mois de silence, ou même des années pour certains
[Envoyé à 13h57]
Moi: Bonjour, quelque chose de prévu aujourd'hui ?
[Vu à 13h58]
Il ne répondait cependant pas, ne commençant pas à écrire de message non plus. Je n'insistais pas, laissant l'écran de mettre en mode veille tout seul. Les lendemains de Nouvel An étaient actifs pour certains et une occasion de repos pour d'autre alors j'imaginais qu'il devait être en train de dormir ou de lézarder. Il était désormais deux heures de l'après-midi passée et j'étais fin prête à partir.
Je pris ma veste, prenant également bien soin de fermer ma porte à double tours. Des voisins avaient déjà eu la mauvaise surprise de se faire cambrioler les mois derniers et je n'avais aucune envie de perdre le peu d'affaires que j'avais. De plus, je n'allais pas rentrer de si tôt. Le rendez-vous avec Vincent m'avait rappelé que j'avais promis de passer la soirée avec mon amie d'école, Alessa. Je ne l'avais pas vu depuis des semaines entières à cause de mon travail et du sien. A vrai dire, je n'avais aucune idée de ce qu'était son travail mais elle m'avait dit des dizaines de fois que c'était un travail important et très prenant, mais qu'elle ne voulait changer pour rien au monde.
Ça me faisait plaisir de la voir heureuse, et ça allait me faire encore plus plaisir de la voir. Elle, je ne la perdrais pour rien au monde.
_____???_____
J'étais assis sur le lit, un ordinateur posé sur les genoux. Ni le lit, ni l'ordinateur ne m'appartiennent alors je prenais le soin de faire le moins de bruit possible et de regarder la porte toutes les minutes pour prévoir l'arrivée du propriétaire des affaires que j'avais emprunté. Je devais faire vite déjà car ces discussions devaient restées personnelles; comme il me le répétait; et aussi car il détestait que je prenne ses affaires. Ce que je comprenais au fond, la vie privée n'était déjà pas ce dont on avait le privilège ici.
-Aller, plus vite; je grognais en appuyant frénétiquement sur les touches, pensant que ça allait arranger quelque chose ou faire avancer cette machine plus vite.
Les informations disponibles étaient très limitées. Elle s'appelait Kathia, n'avait pas d'âge disponible, pas de photo de profil et leur fil de discussion ne contenait aucune adresse ou indice sur l'endroit où elle se trouvait. C'était bel et bien une parfaite inconnue et il avait l'air de pas mal se moquer de son identité, il voulait juste parler à quelqu'un qui était loin d'ici; sûrement dans l'espoir de lui en redonner.
Je regardais, pressé, la barre de chargement qui s'affiche en plein millier de l'écran et qui se remplissait bien trop lentement à mon goût. J'avais l'impression que des heures se passait entre chaque dizaine de chargement et ça n'allait pas du tout.
La porte s'ouvrit lentement, me laissant comprendre qu'il ne se doutait pas de ce que je pouvais faire en ce moment. Il restait dans l'ouverture de la porte, alternant ses regards entre moi et son ordinateur que je gardais sur les genoux, n'ayant plus aucun moyen de cacher que, oui, je l'avais pris. Il s'énervait en fermant fermement la porte, me laissant le temps de fermer l'écran.
-Qu'est ce que tu fous avec mon ordi ? Il lâchait entre ses dents serrées, comme s'il ne voulait pas crier pour alerter les autres.
-Si tu me laisses deux secondes je peux t'expliquer; j'essayais de le calmer en faisant signe avec mes mains de se détendre et de garder le son au minimum.
-M'expliquer quoi? Pourquoi tu n'écoutes jamais quand je te dis de ne pas toucher à ce qui est à moi? On en a déjà parlé ! C'est déjà assez dur de vivre dans la même pièce alors ne complique pas les choses; il me disait en arrachant l'ordinateur du lit, allant la poser sur le bureau.
-Sérieux attend deux minutes ! Je te demandes pas quelque chose de compliqué ! J'insistais en passant une main sur mon visage, sentant que j'allais m'énerver à mon tour.
Je le sentais bouillir devant moi, et se retenir de m'insulter en gardant les lèvres liées. Les bras croisés contre son torse, il avait pourtant décidé de pouvoir me laisser parler.
-J'espère que ça en vaut la peine ou tu dors dehors.
Je roulais les yeux en ouvrant l'écran de l'ordinateur, évitant la moindre remarque sur sa menace qui ressemblait malheureusement au début d'une dispute de couple plus qu'à une dispute entre deux amis.
-Bon, regarde l'ordi maintenant; je tournais l'écran vers lui en lui laissant le temps de regarder ce que je venais de faire.
Il haussait un sourcil en posant les yeux sur la surface bleutée de son ordinateur. Le chargement que j'attendais venait de se terminer et une carte du monde apparue.
-Si t'as fais tout ça pour m'installer Maps, déjà je pouvais le faire moi même et ensuite c'est complètement inutile ici; il soufflait en me lançant un regard désespéré. Je l'invitais cependant à regarder plus précisément. Surpris, il l'observait avec plus d'attention, avant de montrer un point rouge qui clignotait dans un coin.
-C'est où ça ? Pourquoi ça clignote ? Il semblait enfin intéressé par ce que j'avais installé. Il s'assit à côté de moi.
-J'ai piraté l'ordinateur de Kathia, et j'ai pu trouvé d'où elle venait, ça te dit quelque chose ?
La ville qui clignotait se trouvait en effet aux alentours d'où nous venions. Ça n'était pas exactement le même endroit, des kilomètres nous séparant, mais ça n'était pas si loin. Il ouvrit la bouche, surpris mais incapable de parler, pendant que je me trouvais fier de moi pour avoir réussi à pirater un ordinateur en si peu de temps avec les maigres moyens dont nous disposions, sans compter la connection misérable. En tout ça, il semblait mitigé par la nouvelle. Peut-être était-ce parce que je rentrais dans la vie privée de quelqu'un d'inconnu, peut-être était-ce parce qu'il voulait garder les distances. Je ne savais pas. Il me tapait cependant le dos en souriant.
-C'est flippant, mais c'est bien d'avoir essayer de m'aider, même si je ne comprend pas vraiment pourquoi tu m'aides sur ce coup là.
-C'est pour la bonne cause, tu voulais pas essayer de la voir ?
Je tendais la perche, attendant forcément une réponse négative. C'était ce que je cherchais à faire, même si ça paraissait injuste pour lui. C'était pour la sécurité de tout le monde.
-... Non. Tu sais très bien que non. Enfin si, mais pas pour les raisons que tu penses à vrai dire.
-Et pourquoi du coup ? Je continuais en fermant l'application.
-Pas pour la voir elle, pas juste pour ça. Je me disais que si on arrivait à sortir et à partir d'ici on pourrait recommencer et chercher Ru-
Je le faisais taire en plaquant ma main contre sa bouche, mon regard devenant noir pour lui faire comprendre que le prochain mot sortant de sa bouche pouvait lui coûter mon poing dans la mâchoire. Je restais un instant comme ça, à lui tenir la mâchoire fermement avant de le lâcher pour qu'il masse la peau qui s'était raffermie sous mes doigts.
-Pourquoi tu n'as pas envie d'essayer ? Il grognait en détendant la peau rougie.
Je me levais du lit pour sortir de la pièce, comprenant que mon idée avait été plus désastreuse que je ne le pensais.
-J'ai envie, ne te détrompes pas, mais tu te donnera du mal pour rien. On arrivera à rien et tu le sais bien, c'était stupide comme idée.Je sortais de la chambre en m'engouffrant dans les couloirs de la maison. C'était stupide, oui. Et il ne comprendrait pas.
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Passé Commun | CreepyPasta | (Terminée)
Horror«Il ne me lâche pas, ou que j'aille il me suit toujours et m'observe je le sens.» On à beau vouloir oublier son passé. Celui-ci sera toujours prêt à ressurgir aux pires moments. Ne pas se laisser submerger par les émotions. Surtout pas. C'est ce que...