Thérapie en sous sol

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Deux mois. Cela faisait deux mois qu'Harleen s'occupait des soins du Joker. Trois fois par semaine elle se rendait au sous-sol où son patient l'attendait pour une nouvelle partie de cartes. C'était devenu un rituel entre eux. Dès qu'Harleen entrait dans « sa » cage, le Joker sortait des ténèbres de la sienne, comme un diable jaillit de sa boîte, et commençait alors un bien curieux entretien, fait de regards lancés à la dérobée et de remarques sibyllines. Ils semblaient danser tous les deux à contre temps, dans un ballet étrange et silencieux. A première vue, la thérapie du Joker était semblable à celle de n'importe quel autre patient, ce qui suffisait en soi à la rendre surréaliste, cependant il y avait une telle intensité dans leurs échanges ou dans la manière dont ils s'évitaient, une telle électricité dans l'air quand ils se réunissaient, une telle force dans leurs regards d'un noir identique, qui laissait Harleen pantelante dès que la porte se refermait.

Deux mois s'étaient écoulés depuis leur première séance, et pourtant, elle ne savait toujours pas qui il était. Tantôt cynique et mesquin, voire terrifiant, tantôt enjoué et séducteur, le Joker semblait se réinventer à chaque séance. C'était probablement ce qui le rendait si...fascinant. Harleen n'avait jamais été confronté à une personnalité aussi complexe. Elle avait lu et relu son dossier si souvent, qu'elle le connaissait par cœur, et pourtant, parmi ses six prédécesseurs, aucun ne lui apportait de réponse tangible. Le Joker restait une énigme. Des six exposés différents des experts, aucun ne correspondait à l'homme qu'elle soignait.

« - Est-ce que je suis votre unique patient Harley ? Demanda soudain le Joker avec un sérieux qu'elle ne lui connaissait pas.

- Non, répondit-elle après un moment, je m'occupe aussi des enfants.

- Humm...ça ne me plaît pas vraiment de vous partager, confessa-t-il plus pour lui-même que pour elle avec une moue contrariée.

- C'est qu'on est possessif ! » Le gourmanda-t-elle avec une pointe d'ironie.

Il fronça les sourcils, et lui lança un regard noir. Harleen se cala davantage sur sa chaise, et l'ignora. Elle avait vite découvert, en dépit des multiples interrogations qu'elle pouvait avoir à son sujet, que Le Joker avait un besoin constant d'attention. Comme les enfants, il était animé par un désir de reconnaissance extrêmement fort. La question du pourquoi était encore un mystère insondable, mais cela lui donnait une piste. Ce besoin expliquait-il l'origine des troubles de son patient ? Non pas complètement, mais elle n'avait que cela, et se disait que c'était déjà pas mal.

- « Ils doivent s'amuser comme des petits fous avec vous. » Musa-t-il, caustique.

Harleen haussa des sourcils perplexes, mais ne releva pas. S'il y avait bien une chose qui était immuable chez le Joker, c'était son sens de l'humour...assez particulier. Visiblement déçu, de ne pas avoir déclenché l'hilarité souhaitée, le jeune homme se renfrogna derrière son jeu de cartes. Ils échangèrent quelques passes en silence. A chaque séance, Harleen lui apportait une nouvelle carte représentant un joker, la seule carte du jeu avec laquelle il jouait et qu'il gardait ensuite précieusement sur lui.

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