Chapitre 8

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Des pas décidés résonnent dans les couloirs de pierre brute du château d'Aoba Johsai. Iwaizumi, déterminé, se dirige vers la cour d'entrainement ; ses sourcils sont froncés dans une attitude pensive. Lorsque ses soldats l'aperçoivent, ils le saluent dans un mouvement collectif. Il leur fait signe de reprendre leur entraînement, et lorsque leur attention s'est quelque peu détournée, il appelle Kageyama.

Iwaizumi doit le reconnaître, c'est un beau jeune homme. Ses yeux bleus brillent d'enthousiasme ; son front est balayé par ses cheveux noirs. Sa démarche est souple et assurée, et il recèle sans aucun doute toutes les qualités d'un archer, dont la discrétion –et Iwaizumi sait qu'il doit en avoir pour échapper aux gardes de la tour royale et rejoindre Oikawa à des heures tardives.

-Notre roi aimerait te voir, dit-il d'une voix assez basse pour ne pas être entendu des autres.

Tobio a l'air étonné ; s'ils se voient parfois en plein jour, toujours en étant sûrs d'être seuls, jamais encore Oikawa ne l'a convoqué pendant ses heures d'entraînement. Cela risquerait d'attirer l'attention sur lui, ce qu'ils cherchent à éviter ; seul Iwaizumi est dans la confidence. Kageyama hoche toutefois la tête et d'apprête à se diriger vers l'intérieur du château, quand Iwaizumi le retient par le bras.

-Sois prudent avec lui, lui glisse-t-il.

Il a parlé sans réfléchir, et ressent l'immédiat besoin de se justifier.

-Il est d'humeur massacrante, précise-t-il donc, en relâchant sa poigne sur le bras de l'archer et le laissant aller.

Il y a plus que cela, mais Iwaizumi décide de le taire. Il connaît son ami mieux que personne, sait quels sont ses penchants violents, guerriers, dominateurs qui surgissent parfois, au détour d'une conversation innocente. Plusieurs fois, déjà, il a comme senti qu'Oikawa regrette les temps de chaos qui ont été ceux de ses ancêtres ; et il ne se demande pas même s'il n'essaie pas sciemment de tourner la situation avec Shiratorizawa en guerre, juste pour s'illustrer en roi batailleur.

Non, tout de même ; il ne peut pas être aussi inconscient, du moins l'espère Iwaizumi. Déclencher des guerres ne se fait pas comme ça, surtout dans le monde actuel. Shiratorizawa est une entreprise suicide, leur royaume s'étendant sur tout le nord du continent. Et Iwaizumi se prit à appréhender le moment où Shiratorizawa arriverait à Aoba, face à un Oikawa complètement hors de contrôle et totalement imprévisible.

Oui, depuis quelques temps maintenant, il sent que le roi a changé. Le pouvoir lui tourne la tête. Dans sa démarche, dans son port altier, dans sa manière de parler, on sent une confiance nouvelle et écrasante. Tout ce qui semble importer aux yeux d'Oikawa désormais, c'est cette idylle clandestine qu'il entretient avec un soldat du château. En cet instant, Tobio semble être la seule personne –et, ironie cruelle ! Celle dont personne ne soupçonne l'influence sur le roi- capable de raisonner Oikawa.

Le monarque n'a pas bougé lorsque Tobio entre dans son bureau et parcoure d'un regard inquiet le désordre qui règne dans la pièce. Le roi lève sur lui des yeux graves.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? interroge Kageyama.

-Shiratorizawa est en route. Dans quelques semaines, je serai marié à Ushijima.

Sa voix est basse, monocorde, mais ses yeux brûlent de lueurs fauves. Il rejoint Tobio à grands pas et verrouille la porte derrière lui. L'archer était demeuré le dos contre le panneau de bois ; mais Oikawa le saisit par les bras, et le tire au milieu de la pièce.

-Je ne voulais pas ça, murmure-t-il d'une voix altérée. Je pensais que ça irait, maintenant.

-Ce n'est rien, répond Tobio en posant une main sur son bras. On pourra toujours se voir.

Memento AmariOù les histoires vivent. Découvrez maintenant