/22/ Une bouffée de fumée

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Après que les inspecteurs soient partis la maison reste silencieuse.
Je suis toujours suspendue au plafond par les mains et à moitié en train d'étouffer.

Juan finit par ouvrir la porte de la cave et descend lentement les escaliers avant d'arriver devant moi.

-Il s'en ai fallut de peu... heureusement que tu n'es pas très résistante. N'empêche que tu as essayé de te débattre et de hurler!

J'ai les yeux fixant le sol, trop terrorisée pour croiser son regard. Il m'attrape le visage entre ses doigt et me presse les joues. Il finit par arracher violemment le sparadrap sur la bouche ce qui m'arrache presque la peau. Il retire également le tissu à moitié enfoncé dans ma gorge. Je me mets à tousser.

-Tu es mignonne... tellement touchante. À penser que tu pourras t'en sortir. Ton mec aussi pensait pouvoir s'en sortir. Et regarde ce que ça a donné...

Je repense au corps sans vie de Yann et j'en ai la nausée.
J'essaye de lui donner un coup de pied en me balançant mais il s'écarte avant que je ne le touche.

-Calme toi ma belle. Ah au fait: regarde!

Il sort de sa poche arrière de jean un papier blanc. Il le retourne et me le met devant le visage. C'est une photo de Yann et moi peu de temps avant que nous partions... peu de temps avant que nous nous retrouvions ici.

-L'inspecteur me l'a donnée. Vous êtes vraiment beaux dessus. Un vrai petit couple dis moi...

Ce jour là nous étions à la terrasse d'un café à Paris avec des amis. Nous sommes assis sur des chaises l'une à côté de l'autre, Yann a son bras droit posé sur mes épaules et il souffle vers le ciel la fumée de la cigarette qu'il tient entre ses doigts de sa main posée sur la petite table ronde.
Yann ne fumait presque jamais. Seulement à certaines occasions lorsque par exemple quelqu'un lui en proposait une. Je n'aimais pas l'odeur qu'il avait en m'embrassant après avoir fumé... mais je devais bien avouer qu'en train de recracher sa fumée dans les airs, les yeux levés vers le ciel et l'air pensif il était beau. Je veux dire: VRAIMENT beau...
Moi je regarde ma tasse de thé que je tiens des deux mains pour me réchauffer en soufflant dessus pour refroidir le liquide... paradoxal non?
L'un de nos amis nous avait pris en photo sans nous prévenir et c'est vrai que cette photo de nous est belle. Prise sur le vif de notre amour.
J'avais trouver cette photo tellement magnifique que je l'avais accrochée dans ma chambre chez mes parents.
C'est là que mes parents ont du la prendre et la donner à la police.
Celle-ci n'est bien sûr pas l'originale, c'est une copie. Et j'en suis heureuse.
Heureuse que quelque part ailleurs d'ici il y ai encore une trace de notre vie passée, de Yann, de notre amour, de ce que nous étions...

En revoyant cette photo que j'avais complètement oubliée je sors pendant quelques instant de cette cave, de cette maison, de cet endroit... pour me retrouver de nouveau avec ceux que j'aimais: ma famille, mes amis,... Yann.

Oh mais pourquoi avons nous voulu partir?! Pourquoi pensions nous que nous serions plus heureux ailleurs?! Pourquoi avons nous été si égoïste?! Si inconscient?! Si naïf?!

Aujourd'hui je donnerai tout ce que j'ai pour revoir juste une seconde l'homme que j'aimais entrain de fumer une cigarette. En train de recracher hors de ses poumons une bouffée de fumée. Ou pour sentir ses lèvres contre les miennes. Sa peau contre la mienne. Son corps contre le miens.

-Alors ma belle? Qu'est-ce que ça te fais de revoir ça?

Je relève les yeux vers lui... je l'avais presque oublié.

-Tu es pathétique.

Il se met à rire en entendant ça.

-Pathétique?! Et pourquoi ça?!
-Tu ne sais pas ce que ça fait de se faire aimer. Mais tu sais... je ne t'en veux pas. Je te pardonne pour tout ce que tu m'as fait parce qu'au fond ce n'est pas de ta faute... oui tu es juste instable. Tu n'es pas un criminel... tu es juste fou. Je ne peux pas en vouloir à quelqu'un qui est juste méchant parce que personne ne l'aime, même pas sa mamannn...

Je dis sa sur un ton de pitié, comme si je parlais à un jeune enfant qui a volé une sucette.

Bien sur je mens!
Bien sur que je lui en veux!!! Si je pouvais je lui arracherais les yeux avec mes ongles. J'aimerais lui faire bouffer sa langue!!! J'aimerais le faire souffrir autant qu'il est possible... mais je ne peux pas... alors je fais la seule chose que je peux: je parle, je l'énerve.

Bien sur ça va me coûter cher et j'en suis consciente. Mais à cet instant peu importe! Je veux le mettre à bout comme il fait avec moi depuis le début! Il veut jouer?! Très bien!!! Alors jouons!!!

Zala Des histoires addictives. Découvrez maintenant