-L'homme qui vous a séquestré s'appelait Juan Sanchez. Il avait fait trois mois de prisons pour des faits mineurs lorsqu'il avait 18 ans. Il a passé son enfance avec un père violent et une mère alcoolique. Son père le maltraitait constamment. A 11 ans il a été récupéré par les services sociaux qui l'ont examinés. Son dos était l'endroit le plus touché par les marques de maltraitantes qu'il a subit. Son père aimait le battre avec des câbles électriques et des ceintures... Il a été renvoyé de nombreuses écoles durant toute son adolescence pour s'être battu avec ses camarades sans la moindre raison. Le psychologue qui le suivait avait remarqué une certaine tendance à la cruauté. Quand il est sorti de prison à 18 ans, il est parti de sa ville natale et personne n'a plus jamais entendu parler de lui. Il s'est finalement avérée qu'il était devenu... l'homme que vous avez connu.
Le sergent de police qui me racontait tout ça débitait ses paroles sans la moindre empathie ou compassion, ni pour Juan ni pour moi.
-Est-ce que vous savez... combien de personne lui et ses « amis » ont tué?
-Et bien nous avons retrouvé dans le jardin les ossements de 22 personnes. Mais peut-être y en a-t-il eu plus. Votre... petit ami... en faisait parti.
-Je sais.
Je caressait mon ventre rond à travers mon t-shirt. Ma peau était tendue et je sentais notre enfant bouger à l'intérieur de moi.
-Ah oui c'est vrai. Vous avez déclaré qu'il vous avait obligé à l'aider à enterrer les parties de...
Le coupe d'un ton sec:
-Je sais! Pas la peine de revenir là dessus.
Il a levé les yeux de sa feuille vers moi et a retiré ses lunettes.
-L'accouchement est pour bientôt?
-Oui... dans un mois à peine.
-Et bien... espérons qu'il ne devienne pas comme son père.
A cet instant précis si j'avais eu un flingue à portée de main ce flic serait mort, là, sur son fauteuil.
Mais je n'avais pas de flingue. Alors je suis juste parti après l'avoir remercier à contre coeur.
***
Quand je repense à Juan, je repense également à son dos... Son dos lacéré. Lorsque j'ai appris que c'était un enfant maltraité j'ai été... comment dire... j'ai trouvé que ça expliquait pas mal de choses en fait. Je ne lui ai pas pardonné pour autant... mais comme on dit ça a fait pour moi comme des « circonstances atténuantes ». Mais ça encore qui pourrait le comprendre.
***
-Se que tu as vécu est horrible et... je te comprends. Oui l'amour existe puisque je t'aime Zala.
Nicolas dit ça en s'approchant de moi. Il m'attrape les mains dans les siennes.
-Je sais que tu m'aimes... mais je ne peux pas t'aimer.
-Bien sur que si. Je sais qu'au fond tu m'aimes.
-J'aimerais vraiment tu sais... j'ai essayé de toutes mes forces. Mais je ne peux pas.
Il lache mes mains et laisse retomber ses bras le long de son corps.
-Tu n'es pas la personne que je croyais... tout ce temps... à me mentir?! Comment-est-ce que tu as put me faire ca?
Je baisse les yeux.
-J'ai fait ça pour Jules. Je sais que tu l'aimes, c'est pour ça que j'ai accepté que tu deviennes légalement son père. Parce qu'il en a besoin. Il a besoin de toi. Je ne suis pas une bonne mère, mais grâce à toi il peut devenir quelqu'un de bien. Quelqu'un de normal. Il n'a pas à savoir d'où il vient. Jamais.
Je relève les yeux dans ceux de Nicolas.
-Je vais partir.
-Quoi?!
-Je vais partir. Il n'a pas besoin de moi. C'est la seule façon de le sauver.
Je pose ma main sur la joue de Nicolas.
-Je sais que tu y arriveras. Ne lui dis jamais la vérité. Ni sur moi ni sur Juan.
-Mais... mais tu ne peux pas partir!
-Il le faut. Je m'en vais avant qu'il ne se réveille.
Je m'écarte de lui. Il me rattrape par Le Bras.
-Zala je t'en supplie!!! Tu ne peux pas me faire ca! Et tu ne peux pas faire ca à Jules! Qu'est-ce que je vais lui dire?! Qu'il ne te reverra jamais?!
-Il ne se souviendra bientot plus de moi... Si tu m'aimes, et si tu l'aimes, tu sais que c'est la seule solution.
Je lui fais doucement lâcher mon bras.
Je m'habille sous ses yeux, je prends quelques affaires dans un sac et je vais vers la porte.
Nicolas me suit.
- Zala... s'il te plaît...
-A dieu Nicolas. Tu embrasseras notre fils pour moi.
- Zala...
Je ne me retourne pas et ferme la porte derrière moi.
Ça y est. Je suis parti. Pour ne plus jamais revenir.
