/27/ Plongée dans les abysses

25.5K 1.5K 56
                                        



-Je suis sincèrement fière de toi. Tu peux entrer dans ton bain maintenant.

Je me relève sans croiser son regard, mais au moment de passer devant lui il me retient par le bras et pose son pouce sur mon menton.

-Tu en as un peu là...

Il essuie d'un rapide mouvement la goutte que j'avais omis d'essuyer.

-Ouvre la bouche.

J'entre-ouvre mes lèvres et il y introduit son pouce.

-Lèche.

Je me mets à sucer son doigt pendant quelques secondes rapide puis il le retire en souriant.

-C'est bien... tu finis peut être par comprendre ce que signifie le mot « obéissance... ».

Je ne réponds rien et m'avance vers la baignoire. Je regarde mon reflet troublé par le mouvement de l'eau puis me retourne une dernière fois vers lui, lui lançant un regard interrogateur.

-Oui, tu peux.

Aussitôt je lève ma jambe l'entre dans l'eau. La chaleur du liquide me fait une sorte de choc thermique. Tout mon corps se recouvre de frissons de la tête aux pieds. J'entre ma deuxième jambe dans la baignoire. Elle est profonde et l'eau m'arrive juste au dessus des genoux.

Je m'accroupis et m'assois puis me laisse glisser le long du fond jusqu'à être presque allongée.

Mes genoux à moitiés pliés, ma tête et mes seins plutôt imposants sont les seules parties de mon corps émergées.

Je ferme les yeux et sans la moindre hésitation prend ma respiration et immerge ma tête et mon visage.

Je n'entends plus rien, si ce n'est le léger mouvement de l'eau et les battements de mon cœur dans ma poitrine. Pendant quelques secondes j'ai l'impression que plus rien ne peut m'atteindre. Je suis lavée de tout, et c'est comme si un film d'eau recouvrait ma peau pour me protéger du monde extérieur, de la peur, de la colère, du mensonge, de l'humiliation, du sexe, de l'humanité. Depuis bien longtemps que je me laisse me perdre dans cet océan calme.

Je ne veux plus remonter à la surface. Je veux rester ici pour l'éternité!

N'est-ce pas la plus belle façon de mourir? Perdue dans les courants d'une mer sans fin, dans les abîmes sombres et pourtant si rassurant qui me tendent les bras...

Je commence à manquer d'oxygène. Je veux ne plus respirer et mourir dans cette baignoire comme dans un tombeau. Mon sanctuaire.
Mais mon instinct de survie reprend vite le dessus et je ne peux rien faire pour l'en empêcher.

Après une infime tentative de garder mon visage immergé je n'ai d'autre choix que de retourner à la surface. J'ouvre la bouche et les yeux d'un seul coup et remplie mes poumons d'air dans un bruit d'agonie. Je me mets à tousser.

Juan est assis sur le rebord de la baignoire, la tête penchée et ses yeux me fixant d'un air doux, presque amical.

-Je me demandais si tu allais remonter ou si ta volonté de mourir serait plus forte que la volonté de ton corps de survire. Tu as perdu...
-Je n'ai rien perdu du tout. Je ne me laisserais pas mourir aussi facilement. J'ai bien l'intention de te tuer avant.

Son petit sourire en coin habituel réapparaît sur son visage:

-Je ne sais pas si je te préfère quand tu me parles et me regardes avec tant d'insolence, car je dois bien avouer que tu m'impressionnes par tant de courage, ou si je te préfère en train de me sucer la queue, quand tu as perdu toute trace de fierté et que tu me supplies du regard...

Zala Des histoires addictives. Découvrez maintenant