Nous faisons trois allés-retours pour transporter le corps complet de Yann dans Le champs.
C'est la première fois depuis que je suis arrivée ici que je me retrouve dehors et j'en avais presque oublié cette sensation du soleil sur ma peau et du vent dans mes cheveux. C'est presque meilleure que lorsque j'ai pris mon bain hier.
Je respire à plein poumons l'oxygène pure. Il fait frais, Juan m'a donné une robe blanche au tissu fin qui m'habille quelque peu.
Je pourrais essayer de courir et de fuir. Mais il me rattraperait je le sais. Et ce n'est pas le moment de briser la confiance qu'il vient de me donner. Alors je fais ce qu'il me dit sans un pas de travers. De toute façon je vois bien qu'il me surveille d'un œil... il a encore des doutes c'est sur. Il est prêt à me bondir dessus dès que je tenterais quelque chose.
Enfin nous avons finit de rapporter les six morceaux. Juan attrape sa pelle et commence à creuser.
Je le regarde faire.
-Voilà.
-Mais il est bien trop petit pour tout mettre...
-C'est parce que ici ne logera qu'un seul bras. Un trou pour chaque parti je te l'avais déjà dit. Passe moi son bras gauche.
J'obéis et hisse celui-ci. Il est bien plus lourd que n'avais pensé.
Je le lui donne et il le balance dans le trou avant de le reboucher.
Nous continuons ainsi avec tout le reste du corps en nous déplaçant bien à chaque fois du précédent trou.
Une fois tout cela achevé, la journée est bien avancée et le soleil commence à tomber.
Nous rentrons.
-Tu as faim?
Mon estomac crie famine... je n'ai pas mangé depuis avant-hier. Juan me nourrit peu. Depuis que je suis ici j'ai perdu pas mal de poids et de muscle.
-Un peu oui...
-Je reviens reste là.
Il part dans la cuisine et je reste là, debout dans le salon. Comme il met du temps je finis par m'assoir sur une chaise. C'était là que je m'étais assise la première fois que je suis venue ici... avec Yann...
Juan finit par revenir, m'arrachant à mes idées morbides, un plateau garnis entre les mains.
Il le pose devant moi. Il y a du pain, du fromage, du raisin et des pommes.
Il s'assoit à côté de moi sur une chaise. Le dossier devant lui pour appuyer ses coudes dessus.
-Tu peux manger hein... je ne l'ai pas apporté pour faire joli.
-Pourquoi... tu me donnes ça et pas un bouillon comme d'habitude.
-Et bien. Si tu deviens une bonne tueuse il te faut prendre de la force et que tu es le ventre plein. Manges!
En hésitant, j'attrape un grain de raisin et l'avale.
-Je t'ai dit de manger. Arrête de faire ta timide!
Je prends une tranche de pain, un morceau de fromage et enfourne le tout dans ma bouche.
Je mange à toute vitesse.
Si ma mère était là elle me dirait de mâcher, mais franchement là je m'en fou: j'ai faim!
Je mange tout ce qui me tombe sous la main jusqu'à ne plus pouvoir rien avaler.
-Tu m'as impressionné tout à l'heure Zala. Vraiment.
Je ne sais pas quoi répondre alors je ne réponds rien.
-Je n'aurais jamais pensé que tu aurais put faire ce que tu as fait avec le cadavre de ton mec.
Le cadavre de ton mec...
Je frémis en entendant ces mots mais ne lui montre bien évidemment pas que ça m'a troublée.
Un ange passe.
-Juan?...
-Oui?
-J'aimerais qu'on rejoue à ce jeu.
-Le quel?
-Je te pose une question, tu me poses une question.
Il hausse un sourcil, surpris.
-Très bien... jouons. À toi l'honneur.
