Chapitre VII

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Le blond s'en alla, laissant Salieri réfléchir à tout ce qui venait de se passer. Il passa doucement sa main sur sa joue, là où le cadet l'avait touché. Le maestro soupira longuement, tentant de calmer les battements de son cœur dont la rapidité n'était plus due à la belladone. L'homme se redressa difficilement, regardant le canapé sur lequel il était allongé, se perdant dans ses pensées, la main sur le cœur.

Il faut que cela cesse... Mais je ne pourrai le repousser indéfiniment sans lui expliquer pourquoi.. J'ai beau tenter d'être horrible avec lui, de me montrer sec, froid, distant, il revient tout le temps à la charge et j'ai de plus en plus de difficultés à le rejeter.. Va-t'en, Wolfgang, avant que ce ne soit moi qui parte...

Des souvenirs lui revinrent en tête alors qu'il sentait son cœur se serrer de manière effroyable. Il ne voulait pas que ça recommence. Il ne voulait pas qu'on le chasse de nouveau. Il ne voulait pas qu'on le regarde comme une abomination. Mais si Wolfgang savait, s'il était mis au courant, plus jamais il ne l'approcherait.

C'est peut-être le seul moyen de l'éloigner en fin de compte... Mais pourquoi lui dirai-je ? Je n'ai aucune maudite raison de le faire ! Il n'a pas à savoir quelque chose d'aussi dérangeant. Mais si c'est ainsi que je l'éloignerai, je n'aurais peut-être pas le choix.

Perdu dans ses pensées tiraillées, il n'entendit pas le blond revenir vers lui en courant. Ce ne fut que lorsqu'il cria son nom qu'Antonio sursauta et releva un regard attristé vers lui.

« Hm ?

-J'ai le charbon ! Tu te sens mieux ? Tu as...non en fait, tu n'as pas meilleur mine.

-Donne, qu'on en finisse. Plus vite je serai en état, plus vite je pourrai retourner travailler.

-D'accord, d'accord ! Tu étais plus gentil lorsque tu étais sur le point de mourir. Le charia-t-il

-... »

Le compositeur italien resta silencieux, plutôt mécontent de la remarque. Wolfgang partit chercher un verre d'eau dans lequel il mit une cuillère de charbon, attendant qu'il se dilue. Une fois la substance mélangée à l'eau, il revint voir son comparse qui semblait toujours lui en vouloir pour la pique. Il lui tendit le verre d'eau et rit devant son air sceptique.

« Allez bois, ce n'est pas moi qui vais tenter de t'empoisonner !

-J'ai des doutes.

-Ce serait plutôt ton style de tuer ainsi tes rivaux.

-Peut-être, peut-être pas. L'empoisonnement est lâche. Si l'on veut tuer quelqu'un, on le fait en face de cette personne.

-En parlant de ça, j'aimerai bien savoir qui a voulu t'empoisonner. C'est impossible que ce soit un accident.

-Je l'ignore. Et j'ai envie de te dire que je ne veux pas savoir.

-Si tu ne sais pas qui a voulu te tuer, cette personne pourra très bien recommencer et peut-être réussir !

-Dis-moi, pourquoi t'inquiètes-tu tant pour moi ? Je n'en ferai jamais de même, j'espère que tu en as conscience.

-Je...Je t'apprécie, c'est normal de s'inquiéter pour ceux que l'on aime bien et qui font en sorte que notre vie ne soit pas trop un calvaire. »

Antonio inclina la tête sur le côté, ne comprenant pas la façon de penser du blond. Soupirant légèrement, il but le mélange charbon-eau sans enthousiasme, se disant que cela allait certainement l'aider. L'Italien cala ensuite sa tête contre l'accoudoir, fermant les yeux. Wolfgang lui fit plier ses jambes pour s'assoir à ses côtés, croisant les siennes. Le brun rouvrit un œil en arquant un sourcil avant de secouer la tête, se redressant. Ce garçon savait définitivement quoi faire pour s'attirer ses faveurs et tenter de se rapprocher de lui. Un grognement échappa au Maître de Chapelle qui croisa les bras sur son torse en fixant l'intrus.

MaestroOù les histoires vivent. Découvrez maintenant