Soufflant doucement, l'homme se leva et ouvrit la porte, tombant nez à nez avec Haydn, celui-ci arborant un air hautain et méprisant, pour changer. Le visage d'Antonio se ferma, ses yeux se plissèrent, montrant à son aîné qu'il n'était pas le bienvenue ici. Le père de la symphonie se permit tout de même d'entrer, prenant de haut l'ancien protégé de Gassmann. Ce dernier lui attrapa le poignet et lui demanda froidement, mais poliment, de sortir et de les laisser tranquille, lui et Wolfgang. Le perruqué le fixa avec désinvolture, arquant un sourcil avant de répondre que c'était à lui de laisser le cadet faire sa vie.
«Que je sache, c'est moi que Wolfgang a choisi, pas vous. Il a déjà refusé vos avances hier soir, cessez de vous acharner.
-Il suffit que la confiance soit perdue une seconde fois pour qu'une relation vole en éclats. Souffla le quarantenaire d'une voix mielleuse
-Vous me dégoûtez. Renifla Antonio avec mépris
-Ne vous en faites pas, votre hypocrisie m'écoeure également.
-Je le suis bien moins que vous, en attendant. Tout ce qui vous intéresse, c'est le mettre dans votre lit. Vous ne l'aimez pas, vous n'êtes attiré que physiquement par lui. Votre coeur ne bat pas pour lui, vous n'avez pas composé une seule pièce pour Wolfgang, vous ne savez rien de lui.
-Vous le rendez malheureux. C'est moi qu'il vient voir lorsque vous le rejetez.
-Je ne l'ai congédié que rarement, et pour de bonnes raisons. Vous êtes-vous seulement intéressé à lui ?
-Assez pour savoir ce qui le blessera ou non.
-Je vous interdis de jouer avec ses sentiments. Il est mien, on ne touche pas à ce qui est à moi.
-Mais peut-être peut-on vous toucher.
-Pardon ?»
Alors que des pas souples et réguliers s'approchaient, Haydn empoigna le foulard du brun, le colla à lui et plaqua ses lèvres aux siennes. Ecarquillant les yeux, il tenta de le rejeter, en vain. L'homme le faisait plier, tirant ses cheveux en arrière, le forçant à se soumettre. Un couinement voulut s'échapper de la gorge du Maître de Chapelle dont la barrière des lèvres céda, permettant au plus âgé de l'embrasser avec plus de profondeur tandis que celui pour qui ils se disputaient entrait dans la pièce. Salieri manqua de vomir lorsque son muscle rosé rencontra celui de Joseph, fermant les yeux de dégoût. Il chercha à tâtons sa plume et la saisit avant de venir la planter dans le cou du compositeur, le faisant gémir puis reculer. Haletant, le latin porta un regard désolé à Wolfgang qui restait muet, les lèvres entrouvertes, dans un état second. Son amant s'approcha et le prit doucement dans ses bras, caressant doucement sa crinière dorée, murmurant que c'était un malentendu, qu'il n'avait rien demandé et qu'il s'excusait. Le plus jeune des trois secoua doucement la tête, répondant que ce n'était nullement de sa faute. Il se détacha avant de s'approcher d'Haydn, retirant la plume restée légèrement coincée dans son cou avant de lui mettre une gifle, lui hurlant d'aller se faire soigner. Le maître du quatuor à cordes grogna et s'en alla, s'essuyant les lèvres. Au lieu de briser le couple, il n'avait fait que le renforcer. Embrasser Antonio n'était pas la solution, même si...même s'il devait bien avouer que ce dernier avait des lèvres terriblement douces, légèrement sucrées. assez charnues et, malgré l'absence de consentement de ce dernier, le brun embrassait plutôt bien.
Un frisson de dégoût traversa à nouveau le corps de l'Italien qui caressa doucement la joue de son amant avant de s'éloigner, retournant derrière son bureau, nettoyant sa plume avant de constater que la mine était tordue, donc impossible à réutiliser. Un long soupir lui échappa alors qu'il se passait une main dans les cheveux. Il posa un regard las sur Wolfgang, lui demandant de partir sans lui aux répétitions. Le blond s'avança vers lui, secouant la tête, refusant d'obtempérer, répondant qu'il avait besoin de lui pour les répétitions, de son avis et de son approbation ou non pour présenter la pièce au public. Ils bataillèrent quelques minutes mais le plus âgé resta campé sur sa décision, préférant rester ici à réfléchir plutôt que de sortir de son bureau. Roulant des yeux, l'Autrichien prit le visage de son amant dans une main, lui comprimant légèrement les joues, le regard beaucoup plus dur.
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Maestro
FanfictionAntonio Salieri, compositeur officiel de la Cour de Vienne, a des journées bien mornes et chargées. Tentant de s'éloigner de cet énergumène, il finit néanmoins par s'en rapprocher. Malheureusement, l'époque de cette histoire ne leur permettait pas...
