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Deux mois plus tard.
Le soleil déclinait lentement à l'horizon lorsque je rangeai les derniers livres sur les étagères en bois sombre de la bibliothèque municipale. L'odeur familière du papier vieilli et du vernis me réconfortait. Travailler ici avait fini par devenir une routine paisible, un refuge où personne ne me posait de questions, où je n'avais pas à affronter des regards pleins de pitié ou des discussions que je n'avais pas envie d'avoir.
Le silence feutré des livres, le doux froissement des pages tournées, tout cela m'offrait un apaisement que je n'avais plus connu depuis longtemps. Chaque jour, en rangeant les ouvrages ou en aidant les visiteurs, je retrouvais un peu de normalité, loin des tempêtes familiales et des non-dits pesants.
Ici, je pouvais respirer.

Depuis que j'avais quitté la maison des Bieber, je n'avais plus parlé à Justin. Pas un message, pas un appel. Rien. Il était reparti sur le campus et moi, j'avais repris une vie qui me semblait plus simple. Moins douloureuse. Je savais que Penny lui envoyait des photos de Sualen presque tous les jours, qu'il savait tout de ses progrès, qu'il voyait son doux visage et sourire sur un écran, mais je n'étais pas prête à l'affronter. Ni à lui pardonner. Cette colère, ce ressentiment encore vif, formaient un mur entre nous que je n'avais ni la force ni l'envie de franchir. Le temps, peut-être, atténuerait les blessures. Mais pour l'instant, je restais enfermée dans ma décision, protégeant ce fragile équilibre que j'avais réussi à construire loin de tout ce chaos.

L'événement chez sa famille m'avait blessée plus que je ne voulais l'admettre. J'avais passé des nuits à repenser à ce dîner, à la façon dont j'avais été invisible pour lui alors que son ex, elle, attirait toute son attention. Et puis Jake... ses mots avaient eu un effet bien plus fort que je ne l'avais imaginé. Il avait vu ce que je me forçais à ignorer : l'indifférence de Justin, la distance qu'il mettait entre nous, même en étant dans la même pièce.

Alors j'avais fait ce que je savais faire de mieux : j'avais tiré un trait sur lui. J'avais bloqué son numéro, ses réseaux sociaux, supprimé tout ce qui pouvait me rappeler notre lien, aussi bizarre soit-il. Et avec le temps, j'avais appris à respirer à nouveau, sans attendre un regard, un signe, une preuve qu'il se souciait ne serait-ce qu'un peu de nous. Il avait beau apprécier Sualen à travers son écran, il n'était toujours pas prêt à tenir son rôle de père. Il était comme un oncle. Recevoir des photos et des vidéos n'exigeait aucun effort, aucune responsabilité. C'était facile pour lui de sourire derrière son téléphone, de poser quelques questions à Penny sans jamais vraiment s'impliquer. Il n'avait pas à se lever la nuit quand elle pleurait, ni à la bercer quand elle refusait de dormir. Il ne voyait pas les cernes sous mes yeux, la fatigue qui pesait sur mes épaules après des journées trop longues. Il n'avait jamais eu à faire face aux crises de larmes ou aux inquiétudes qui me rongeaient quand elle tombait malade. Non, il restait à distance.

Une fois mes tâches terminées, je retirai mon badge et pris mon sac. Il était temps d'aller chercher Sualen. Le chemin vers la sortie semblait plus léger que d'habitude, comme si chaque pas me rapprochait un peu plus de la paix que je cherchais.
Penny gardait ma fille quand mes parents ne pouvaient pas le faire et même si elle insistait en disant que ça lui faisait plaisir, j'avais toujours cette petite culpabilité au fond du cœur. Même si Penny adorait Sualen et la considérait comme sa petite-fille, il y avait toujours cette sensation étrange au fond de moi. J'avais l'impression de laisser mon bébé chez des quasi-inconnus puisque Justin ne la reconnaissait pas totalement comme sa fille. Il ne l'avait jamais prise dans ses bras, jamais murmuré « ma fille », jamais eu cette étincelle dans le regard qu'ont les parents quand ils réalisent à quel point leur enfant compte pour eux. Et parce qu'il gardait ses distances, j'avais du mal à ne pas en faire autant avec sa famille. Penny et Juliet étaient merveilleuses avec Sualen mais une part de moi se demandait toujours si elles seraient là pour elle sur le long terme ou si, un jour, elles suivraient l'exemple de Justin et finiraient par s'éloigner, elles aussi. Surtout quand Justin aurait sa propre famille.

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