- Tu veux m'épouser, demandai-je, la voix tremblante.
Justin acquiesça lentement, ses yeux ancrés dans les miens, avec une intensité qui me faisait vaciller. Il ne clignait presque pas des paupières, comme s'il avait peur que je disparaisse si son regard me quittait. Ses traits étaient tendus, comme s'il attendait un verdict.
Je sentis ma gorge se nouer. Mon cœur battait trop vite, trop fort, comme s'il voulait me forcer à réagir. J'aurais pu détourner les yeux, le repousser, lui demander du temps. Mais je ne fis rien de tout ça. Au lieu de ça, je restai là, les yeux plantés dans les siens, et j'eus envie de pleurer. Parce que malgré tout, je voulais y croire. J'avais peur, bien sûr. En l'espace d'un an, j'étais devenue maman, on avait vécu bien des galères avant d'en arriver là et tout n'était pas parfait entre nous. Mais j'étais fatiguée de me battre contre ce que je ressentais.
Je fis un pas vers lui. Juste un. Mais il comprit. Il me tendit doucement sa main et la mienne alla s'y glisser naturellement, comme si elle y avait toujours eu sa place. Je n'avais pas besoin de parler. Il lisait déjà tout dans mon regard.
Et pendant une seconde, je me permis d'imaginer que peut-être, on n'était pas aussi brisés que je le pensais.
- C'était pas censé se passer comme ça, avoua-t-il. Je voulais que ce soit une surprise, quelque chose de spécial. Pas... pas une dispute dans le salon.
Mon cœur battait à toute vitesse et mes pensées étaient désordonnées. L'idée d'un mariage entre nous me semblait à la fois irréelle et terriblement concrète.
- Je ne veux pas que tu crois que je suis là par défaut, Shanel. Ni que je reste à cause de Sualen. C'est toi que j'aime, même si je l'ai réalisé un peu tard.
Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que j'avais l'impression qu'il allait parler à ma place.
Justin eut un sourire, fragile mais sincère.
- Je sais que ce n'est pas parfait entre nous. Surtout à cause de moi. Mais je veux qu'on construise quelque chose de vrai. Pour nous. Pour Sualen aussi. Je veux qu'on vieillisse ensemble, que Sualen ait d'autres frères et sœurs, qu'on soit une grande famille.
Je baissai les yeux une seconde. J'étais bouleversée. Il n'y avait pas de bague, pas de mise en scène, pas de lumière tamisée ni de musique romantique. Mais il y avait ses mots. Et ils étaient bien réels. Ils étaient sincères.
Je relevai les yeux, encore humides.
- Tu es sûr que tu sais ce que tu fais ? Parce que moi je n'ai jamais été demandée en mariage.
- Je suis sûr, ria-t-il.
Je ne répondis pas tout de suite. Je fis juste un pas de plus vers lui et le pris dans mes bras, enfouissant mon visage dans son cou.
- Alors demande-moi pour de vrai, dis-je doucement, le cœur battant. Quand ce sera le bon moment. Sans Macy. Quand tu le sentiras.
Et il me serra plus fort contre lui, comme s'il comprenait que, sans le dire, je venais de lui dire oui.
Plus tard dans la nuit, le silence régnait dans la pièce, seulement troublé par la respiration régulière de Justin endormi à mes côtés. Une de ses mains était posée sur ma taille, il était possessif et doux à la fois.
Je n'arrivais pas à dormir. Mon cœur battait encore un peu trop vite comme s'il essayait de rattraper le temps. Ce qu'il avait dit ce soir me tournait dans la tête.
Une demande en mariage. Pas tout de suite. Pas forcément demain. Mais le simple fait qu'il y ait pensé me bouleversait.
Je tournai doucement la tête vers lui. Dans l'ombre, son visage détendu me sembla presque irréel. Il dormait profondément, le front légèrement plissé comme s'il rêvait. Peut-être de nous, de notre fille ou de l'avenir.
Je fermai les yeux un instant, laissant mon imagination faire le reste. Pas de foule. Pas de feux d'artifice ou de décorations extravagantes. Je n'avais jamais rêvé de ça. La demande parfaite, à mes yeux, serait douce. Intime. Familiale. Comme nous.
Peut-être un dimanche matin. La lumière qui filtre à travers les rideaux. Sualen qui rit dans sa chaise haute, avec des céréales plein les joues. Justin qui pose une tasse de café devant moi, encore en t-shirt froissé, les cheveux en bataille.
Et puis, entre deux phrases banales, il glisserait une petite boîte sur la table. Sans discours préparé. Juste un regard. Un « c'est toi » silencieux. Et moi, déjà en train de pleurer sans savoir pourquoi.
Ou bien une nuit comme celle-ci. Quand il pense que je dors. Et qu'il chuchote un « épouse-moi » contre ma nuque.
Je ne voulais pas grand-chose. Juste qu'il me regarde comme il l'avait fait ce soir-là, quand il avait dit que j'étais importante. Juste de la sincérité, de la tendresse et la certitude que malgré nos défauts, il voulait construire quelque chose avec moi.
VOUS LISEZ
HEARTBREAKER
Hayran KurguLes gens disent souvent que leur adolescence est la meilleure partie de leur vie. Parce que quand on est jeune, on s'amuse, on fait la fête, sans se soucier du lendemain. On ne pense qu'à l'instant présent, on fait des erreurs et on profite puisqu'o...
