Juliet m'avait prévenue que le local était petit. Elle avait dit cosy, ce qui dans sa bouche voulait dire exactement la même chose mais en mieux. Je l'avais crue à moitié.
En poussant la porte, je révise mon jugement : cosy était optimiste. C'est une longue pièce étroite, avec deux fenêtres qui donnent sur la rue et un faux plafond bas qui donne l'impression d'écraser encore l'espace. Ça sent le renfermé, la peinture vieille, quelque chose de légèrement humide que je n'arrive pas à localiser. La lumière du dehors entre mal.
Juliet, elle, rayonne.
Elle tourne sur elle-même au milieu de la pièce, les bras légèrement écartés, comme si elle prenait possession de quelque chose. Elle me regarde avec ce sourire qu'elle a quand elle veut qu'on partage son enthousiasme.
- Alors ?
Je pose une main sur mon ventre. C'est devenu un geste automatique maintenant, que je ne contrôle plus vraiment et je cherche quelque chose d'honnête qui ne la blesse pas.
- C'est... plein de potentiel.
Elle éclate de rire.
- T'es nulle pour mentir.
- Je suis enceinte de trente-neuf semaines, je ne mens plus, je n'ai plus l'énergie.
Elle rit encore et se retourne vers la pièce, les mains sur les hanches. Je m'avance prudemment pour mieux analyser. Le sol est inégal par endroits et depuis quelques semaines je ne vois plus mes pieds, ce qui complique les choses. Je longe le mur du fond, passe la tête dans ce qui devait être une réserve ou une cuisine, un espace étroit avec une canalisation apparente et une ampoule nue qui pendouille du plafond.
- La cuisine serait là, dit Juliet depuis derrière moi. Je referais tout. Ouvrir le mur, agrandir, mettre un passe-plat.
- T'as un architecte ?
- Ashley connaît quelqu'un.
Je ressors de la réserve et je la regarde. Elle a sorti son téléphone et fait défiler des photos de références, des moodboards, des comptoirs en bois clair et des suspensions en rotin et des murs couleur sauge. Elle a visiblement pensé à tout ça depuis longtemps.
- Montre-moi.
On se retrouve côte à côte, elle fait défiler les images lentement en commentant chaque détail. La couleur des murs, le type de carrelage pour le sol, des petites tables rondes qu'elle a repérées chez un brocanteur. Elle a l'œil, Juliet. Dans un autre contexte le local m'aurait semblé désespéré mais à l'entendre parler comme ça, je commence à voir quelque chose.
- Ça va être beau, je dis.
Et cette fois je ne mens pas.
Elle baisse son téléphone et me sourit différemment, plus doucement.
- Merci d'être venue. Je sais que c'est pas le moment idéal pour se déplacer.
- Trente-neuf semaines c'est pas une maladie.
- C'est ce que tu dis. T'as une tête de quelqu'un qui n'a pas dormi depuis une semaine.
- Deux semaines, je corrige.
Elle glisse son téléphone dans sa poche et s'appuie contre le mur, les bras croisés, me regardant avec un air mi-tendre, mi-curieux. L'air qui précède une vraie question.
- Et sinon. Ça va, toi ?
- Ça va.
- Shanel.
- Juliet.
Un silence. Elle lève un sourcil.
- Je suis fatiguée, j'avoue. Je suis grosse comme une baleine, je n'ai plus de position confortable depuis trois semaines et je n'arrive plus à lacer mes chaussures toute seule. Mais ça va.
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HEARTBREAKER
FanfictionLes gens disent souvent que leur adolescence est la meilleure partie de leur vie. Parce que quand on est jeune, on s'amuse, on fait la fête, sans se soucier du lendemain. On ne pense qu'à l'instant présent, on fait des erreurs et on profite puisqu'o...
