chapitre 67

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Juliet arrive à dix heures, les bras déjà tendus avant même d'avoir franchi le seuil.

- Donne moi mon neveu.

Je lui tends Jace sans résistance.

- Bonjour toi, dit Juliet à voix basse. T'as bien dormi ?

- Lui oui, moi non, je réponds.

Elle lève les yeux vers moi par-dessus la tête de Jace.

- T'as une tête correcte pourtant.

- J'ai passé vingt minutes devant le miroir.

- Ça se voit pas.

- C'est un compliment ?

- C'en est un.

Je retourne dans le couloir finir de préparer le sac de Sualen. Puisqu'elle a quatre ans, elle a aussi une opinion sur tout, y compris sur ce qu'elle emporte chez Juliet. J'ai passé dix minutes ce matin à négocier le nombre de doudous autorisés. On s'est mis d'accord sur trois. Elle en a glissé un quatrième pendant que j'avais le dos tourné, je l'ai vu faire mais j'ai décidé de ne rien dire. Je veux partir en paix.

- Sualen, on y va.

Elle déboule du couloir en chaussettes, les bras écartés et percute les jambes de Juliet de plein fouet.

- Doucement, dit Juliet sans lâcher Jace.

- Il est réveillé, demande Sualen en se hissant sur la pointe des pieds pour voir son frère.

- Il te regarde.

- Jace. C'est moi.

Jace la regarde effectivement, avec ce même sérieux qu'il réserve aux gens qu'il reconnaît. Sualen prend ça pour une conversation et enchaîne sur ce qu'ils vont faire chez Juliet aujourd'hui, les gâteaux qu'elles ont prévu de faire, le film qu'elles vont regarder. Je les laisse et je finis de préparer.
Le sac de Jace est prêt depuis hier soir. J'ai l'habitude maintenant, avec lui. Deux bodies de rechange, une grenouillère, les lingettes, la crème, le lait en poudre même si Juliet a dit qu'elle en avait, parce que je préfère. Son doudou, le petit éléphant gris sans lequel les endormissements sont compliqués. Son transat parce que Juliet n'en a pas encore.
Je pose les deux sacs près de la porte et je reviens dans le salon.

- Le lait c'est le rouge, je dis à Juliet. Deux cuillères pour cent cinquante millilitres, pas plus.

- Je sais faire un biberon, Shanel.

- Je sais que tu sais. Deux cuillères, okay ?

- Deux cuillères, répète-t-elle avec une patience affectueuse.

- Il fait sa sieste vers midi, maximum midi et demi. Si tu le laisses après ça il sera insupportable tout l'après-midi. Et le soir...

- Shanel.

- Quoi ?

- Va au match.

Je ferme la bouche. Jace babille quelque chose contre l'épaule de Juliet et Sualen lui répond très sérieusement comme si elle avait compris.

- T'as mon numéro, je dis quand même.

- J'ai ton numéro, celui de Justin, celui de ta mère et celui des urgences. Maintenant vas-y.

Je prends mon manteau. Je reviens embrasser Jace. Sa petite joue est douce comme quelque chose pour lequel il n'existe pas de comparaison juste. Il sent le lait et le talc et quelque chose qui n'appartient qu'à lui. Je reste une seconde de trop, le nez dans son cou.

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