Bonus 2

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Caleb

Ce matin je me réveille avec le bébé. Caitlin et moi on n'a pas vraiment établi de système mais ça s'est fait naturellement. Elle prend les nuits et moi les matins parce que je suis un lève-tôt de toute façon et qu'elle ne l'est pas. Hailey a quatre mois et elle a hérité du caractère de sa mère sur un point particulier : elle dort bien, longtemps et elle se réveille de bonne humeur, ce qui est une qualité que j'aurais aimé avoir moi-même.

Je la prends dans son lit, la pose contre mon épaule et on fait notre tour du matin tous les deux : la cuisine, le biberon, la fenêtre. Dehors Tremblestone s'éveille doucement. Cette façon qu'a la ville de prendre son temps le matin, je l'avais oubliée pendant mes années loin d'ici et je l'ai retrouvée en revenant m'installer ici près de ma famille.

Je suis revenu il y a deux ans. Pour mes parents qui vieillissent et pour ce travail qui s'est présenté au centre sportif.

Hailey boit sérieusement, les yeux fixés sur mon visage. Elle a les yeux de Caitlin et cette même façon d'observer les gens comme si elle lisait quelque chose qu'on ne lui a pas dit à voix haute.

- Quoi, je lui demande.

Elle répond avec un sourire autour de la tétine.

- C'est ce que je pensais.

Je la tiens contre moi dans la cuisine. Le soleil commence à entrer par la fenêtre au-dessus de l'évier et je pense à la journée qui vient. Le café avec Shanel à onze heures. Elle est venue rendre visite à ses parents. Ça fait trois mois qu'on a repris l'habitude de s'envoyer des messages. C'est fragile encore, cette amitié reconstruite, mais c'est là. Je n'aurais pas parié là-dessus il y a huit ans.

Caitlin descend à neuf heures, les cheveux lâchés, dans son grand pull gris qu'elle a depuis avant qu'on se connaisse et qu'elle ne jettera jamais. Elle embrasse Hailey d'abord puis moi brièvement, avec cette façon qu'elle a de faire deux choses en même temps sans que ça paraisse.

- Elle a bien mangé ?

- Tout.

- T'as mangé toi ?

- J'allais le faire.

Elle lève les yeux au ciel et prend Hailey, et je me fais des œufs pendant qu'elle s'installe à la table avec elle et son café. C'est notre dimanche matin, notre rythme à nous, ces petites habitudes qu'on a construites sans décider de les construire. Quand j'essaie de me souvenir du moment exact où Caitlin est devenue indispensable dans ma vie, je ne trouve pas de réponse. C'est arrivé progressivement, comme la lumière qui change sans qu'on voie le moment précis où le jour bascule.

On s'était croisés au centre sportif trois mois après mon retour. Elle faisait partie de l'équipe de cheerleading qui entraînait les jeunes le samedi matin et moi j'avais ce nouveau poste qui me donnait accès aux salles en dehors des heures d'ouverture. On avait parlé parce qu'on s'était retrouvés à partager le même couloir trop étroit avec nos affaires respectives et elle avait ri de quelque chose que j'avais dit, et j'avais remarqué ce rire-là.
Ce n'était pas le coup de foudre. Ce n'était pas non plus ce que j'avais ressenti à dix-sept ans pour Shanel, cette intensité qui brûle et qui aveugle en même temps. C'était quelque chose de plus calme, de plus solide, qui grandissait à un rythme qu'on pouvait suivre.

HEARTBREAKERDes histoires addictives. Découvrez maintenant