44

3.4K 205 23
                                        

Le soir du match, l'atmosphère dans l'appartement était à la fois calme et joyeuse. Justin ajustait les lacets de ses baskets dans l'entrée pendant que je berçais doucement Sualen qui s'endormait dans mes bras. Ce soir là, c'était un match important. L'un de ceux qu'on marque d'une croix sur le calendrier et qui détermine une saison. Il me l'avait dit au moins dix fois cette semaine.

- J'aurais tellement aimé que tu viennes, dit-il en se relevant et en attrapant son sac d'équipement posé contre le mur.

- Je sais, moi aussi... Mais avec la baby-sitter qui a annulé à la dernière minute, c'est trop compliqué.

Il s'approcha, posa une main sur la tête de notre fille endormie et m'embrassa tendrement sur le front

- Je t'appelle après, d'accord, me dit-il en souriant.

- Bonne chance. Marque un but pour moi et un deuxième pour Sualen.

Il me fit un clin d'œil avant de sortir, son sac d'équipement sur l'épaule. Je restai un instant devant la porte, immobile, à écouter ses pas s'éloigner dans l'escalier. Puis je soufflai doucement, refermai la porte et tournai la clé.

La soirée s'annonçait longue mais tranquille.
Je déposai Sualen sur son tapis d'éveil, elle agita les bras avec ses petits cris adorables et je mis en fond un dessin animé qu'elle aimait bien, plus pour les couleurs que pour l'histoire. On passa un moment comme ça, elle à rouler sur le tapis en gazouillant, moi à ramasser une chaussette par ici, un bavoir par là. Un soir ordinaire.

Vers 20h, je lui donnai son bain. Elle éclaboussait partout, riant dès que je faisais mine d'attraper ses petits pieds mouillés. C'était notre bulle à nous deux. Puis je l'enveloppai dans sa petite cape en éponge, la berçai en lui fredonnant une berceuse et la déposai dans son berceau, le babyphone allumé juste à côté.
Je retournai dans le salon, attrapai mon ordinateur portable et m'installai sur le canapé. Les pages de copies à réviser m'attendaient depuis plusieurs jours et ce soir semblait le bon moment pour rattraper un peu de retard. La télévision diffusait un film en sourdine mais je n'arrivais pas à me concentrer dessus.
Le babyphone grésillait doucement sur la table basse, me rappelant la présence calme et endormie de notre fille dans la pièce d'à côté. Et dans ce calme, entre une pile de copies et une tasse de thé refroidie, j'attendais qu'il rentre.

Vers 22h, mon téléphone vibra.

"On a gagné
Je vais passer vite fait à la fête avec l'équipe, je te promets que je reste pas longtemps"

Je répondis par un simple "ok, amuse-toi bien", un peu déçue. J'avais espéré qu'il rentre directement passer du temps avec moi. C'était une petite fête entre coéquipiers, rien de plus, je n'avais pas à m'inquiéter. J'essayais de me convaincre que ce n'était rien. Qu'il avait le droit de souffler un peu.
Et sur le moment, je l'avais cru.

Les heures passèrent.
D'abord doucement. Je rangeai quelques affaires, finis mes fiches de révision, fis un dernier tour dans la chambre de Sualen pour m'assurer qu'elle dormait bien. Puis je me couchai, seule, les draps encore froids de son absence. Le babyphone à portée de main. Mon téléphone posé à côté de moi, l'écran noir. Vide.

23h30. Rien.

J'essayai de l'appeler. Une fois. Deux fois. Messagerie.

00h15. Toujours pas de message.

Je vérifiais l'application des messages à intervalles réguliers, juste au cas où j'aurais mal vu une notification. Mais non. Rien. Le silence. Pas un texto, pas un appel.

00h45. Je regardai l'heure une nouvelle fois, le cœur un peu plus lourd. Il m'écrivait toujours. Il savait combien j'angoissais dans ce genre de moments.

HEARTBREAKERDes histoires addictives. Découvrez maintenant