Je n'ai pas revu Carter depuis notre dernière conversation. Les jours qui ont suivi, le chagrin m'a clouée au lit, me rendant malade d'un poids invisible qui me pesait sur la poitrine. Chaque pensée revenait à lui, à ses yeux, à sa voix et à cette distance qui s'était soudainement immiscée entre nous.
Quand j'ai finalement décidé de retourner en cours, je l'ai aperçu seulement quelques secondes, au fond de la salle. Notre relation semblait s'être brisée en un instant et chaque journée sans lui devenait un déchirement.
Je réalise maintenant à quel point je m'étais habituée à sa présence. Son absence me laisse un vide que rien ne comble. Les cours s'étirent à l'infini, les sujets qui m'intéressaient me paraissent fades, comme si le monde avait perdu un peu de sa couleur.
C'est mon premier chagrin d'amour et il est brutal. Je découvre avec amertume ce que cela signifie de sentir quelqu'un nous manquer jusque dans nos gestes les plus simples, jusque dans le rythme de nos journées. Et malgré toute la rationalité que je peux me répéter, mon cœur refuse de l'accepter : sans lui, rien ne semble comme avant.
Je pense alors à Justin, à la façon dont il laissait tomber ces filles après avoir couché avec elles. Comment elles devaient se sentir minables. Et comment j'ai pu succomber à quelqu'un comme lui.
Les semaines passent mais le silence entre nous persiste, même quand je le croise dans les couloirs. Chaque fois que je tombe sur son regard évitant le mien, je ressens un pincement au cœur. Les paroles que je lui ai dites cette nuit-là pèsent sur ma conscience mais je sais qu'elles étaient nécessaires. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de me demander si j'ai fait le bon choix en lui disant la vérité. Il l'aurait bien découvert un jour ou l'autre mais peut-être aurait-il été mieux de lui dire le plus tard possible.
Je rejoins le travail après les cours comme d'habitude, d'un pas rapide mais incertain à la fois. Mon emploi dans ce café est devenu une routine quotidienne, une nécessité pour gagner de l'argent et faire face à une vie qui s'annonce de plus en plus complexe.
Mes collègues sont sympathiques et la bonne ambiance au sein de l'équipe est l'une des raisons pour lesquelles j'aime travailler mici. Cela me permet de garder l'esprit occupé, même lorsque les choses deviennent difficiles.
Pourtant, il est inévitable que la fatigue me rattrape en cours de journée. Ma grossesse a réduit toute mon énergie et chaque heure qui passe me pèse davantage. Pourtant, je me dois d'agir normalement. Je ne dois pas me montrer faible ou fragile. Annoncer ma grossesse a de trop grosse répercussion, je ne dois plus me laisser prendre.
Alors que je nettoie une table dans un coin du café, un verre vide glisse de ma main et se brise en mille morceaux sur le sol. Mon visage s'empourpre de honte à la vue du désordre que je viens de créer et je me penche pour commencer à ramasser les débris.
C'est alors que quelqu'un qui était assis à une table près de là apparaît soudainement à mes côtés. Je le reconnais immédiatement. Carter. Sans dire un mot, il m'aide à ramasser les débris de verres.
Sa présence m'apporte un étrange réconfort dans cette situation gênante, nos mains se frôlant par moments, créant une tension palpable dans l'air.
Mais une fois que la tâche est terminée, Carter me jete un regard différent. Ses yeux expriment une émotion que je ne peux pas déchiffrer. Puis, sans dire un mot, il se lève et part aussi vite qu'il est arrivé.
Je reste là, regardant la porte par laquelle il est sorti, me demandant ce que tout cela signifie. Son geste, bien qu'anodin en apparence, a recréé un lien inexplicable entre nous. Et bien que nous n'ayons pas échangé un mot, je sens que quelque chose a changé entre nous.
Une collègue vient me demander si tout va bien et me conseille de faire une pause. Je veux en profiter pour voir si je peux rattraper Carter mais quand je sors du bâtiment, il a déjà disparu. Je me dis que c'est peut-être mieux comme ça. Qu'est-ce que je pourrais lui dire de toute façon ? Que le bébé n'est plus là ? C'est un mensonge.
[...]
De retour à la maison, je me laisse tomber sur le canapé et fais par réflexe le numéro de ma mère. Elle me parle de ma famille, des voisins et de la boutique, en passant par Justin qui a rendu visite à ses parents les jours précédents. De ce qu'elle me dit, la vie de Justin semble aussi pathétique que la mienne. Tout le monde semble profiter de cette année, sauf nous. Tout nos projets ont tourné au cauchemar, sans pourtant y être liés. Ce bébé a gâché nos vies à tout les deux même en étant séparés.
~ Tu comptes nous dire la vérité, ma mère me demande soudainement.
Je comprends rapidement de quoi il s'agit. Mais étonnement, la situation actuelle me fait me rendre compte que cacher la paternité de Justin est le mieux pour nous. En quelques mots, j'ai perdu mon petit-ami alors lui, qu'est-ce qu'il va perdre ? Sa vie est déjà pathétique, je ne peux pas lui imposer ça.
~ Non. Maman, on en a déjà parlé...
~ Je refuse de te voir comme ça, elle se mit à pleurer à travers le combiné. Je... Je sais que c'est dure d'élever un enfant et tu es jeune et seule et... Je suis une mère moi aussi.
Caleb arrive au bon moment et j'en profite pour raccrocher. Ma mère veut me faire avouer mais je ne compte pas tomber dans son piège. L'identité de Justin restera secrète. Il sera mon secret, quoi que ça m'en coûte. Et je sais que ça ne plaît pas à ma famille, ils sont aussi contrariés concernant ma décision de passer les fêtes ici. Mais c'est ma vie. C'est à moi de décider.
- T'as l'air fatiguée, tu dois te reposer.
- Je le ferai...
- Je suis inquiet pour toi, tu devrais aussi rentrer pour les fêtes.
- On dirait ma mère... Vous avez parlé ? Je n'ai pas envie que les gens me regardent.
- T'arrive bien à cacher ton ventre pour les cours.
- Ce n'est pas pareil.
Je raconte à Caleb ma journée, nos corps entrelacés sur le canapé, et j'ai l'impression que chaque mot devient plus léger simplement parce qu'il est là pour les entendre. Il n'est pas surpris par la réaction de Carter et je lui en suis reconnaissante pour son honnêteté qui m'apporte un soutien que personne d'autre n'aurait pu offrir. Son point de vue masculin m'aide à déchiffrer la situation, à voir les choses sous un angle que je n'avais pas envisagé.
Il me prend doucement dans ses bras et pose sa main sur mon ventre. La chaleur de son corps se répand en moi, apaisante, comme si un cocon nous enveloppait tous les deux. Puis il pose ses lèvres sur mon front, un geste tendre et protecteur, et me serre encore plus fort contre lui.
Pendant un instant, tout semble parfait. Comme ça, on a l'air d'une famille. Et ce simple instant me fait sourire. Je me surprends à me demander si mon bébé connaîtra un jour ce sentiment.
Enfant, je me suis toujours sentie aimée par mes parents. Ils me soutenaient, me donnaient de l'attention et me rendaient heureux. Je ne pouvais pas demander mieux comme foyer. Maintenant que je suis sur le point de créer le mien, je me rends compte de la chance que j'avais étant petite.
- Et si tu me laissais m'occuper de vous ? On pourrait se marier juste légalement et...
- Caleb, non.
- Je sais, on en a déjà discuté mais tu es ma meilleure amie et qui serait mieux placé que moi pour t'aider à élever un bébé ? On se connaît depuis si longtemps, on n'a aucun secret l'un pour l'autre...
- Et l'amour Caleb ?
- On s'aime...
- Pas comme ça.
- Tu sais que je...
Il est interrompu par la sonnette de la porte. Cela coupe court à cette conversation qui prenait une autre tournure. Il se lève pour ouvrir. D'un coup d'œil, je reconnais sa petite-amie devant la porte.
- Je t'aime encore, on ne peut pas se séparer. Pourquoi tu tiens tant à me quitter ?
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HEARTBREAKER
FanfictionLes gens disent souvent que leur adolescence est la meilleure partie de leur vie. Parce que quand on est jeune, on s'amuse, on fait la fête, sans se soucier du lendemain. On ne pense qu'à l'instant présent, on fait des erreurs et on profite puisqu'o...
