Je n'ai toujours pas pris de décision définitive. L'échographie est toujours cachée dans mon bureau mais plus vraiment secrète. Justin sait cette fois. C'est le seul.
Il est parti comme prévu pour préparer le lancement de la saison. On s'appelle le soir. On parle de Sualen, du travail. On évite parfois le sujet principal. D'autres fois, il me demande comment je me sens. Je ne sais jamais quoi répondre.
Ce matin, je suis devant l'agence, dossier sous le bras, en train d'expliquer les avantages d'un duplex à un client. Il doit avoir la quarantaine, costume trop ajusté, sourire trop assuré. Le genre de client chiant qu'on ne peut pas se permettre de perdre.
- Et donc, comme je vous disais, l'isolation a été refaite l'an dernier, dis-je en montrant les photos sur ma tablette.
Il ne regarde pas les photos.
Il me regarde moi.
- Vous êtes toujours aussi convaincante quand vous parlez immobilier ?
Je lève les yeux, neutre.
- Toujours.
Il esquisse un sourire amusé.
- Ça doit être un avantage dans votre vie personnelle.
Je refermai doucement la tablette.
- Je préfère garder ma vie personnelle... personnelle.
Il rit.
- Dommage. Je me disais qu'un dîner pourrait peut-être faire partie de la négociation.
Je soupire intérieurement.
Ce genre d'échange fait malheureusement partie du métier. Certains hommes confondent visite immobilière et speed-dating. Et ça arrive plus souvent qu'on ne l'imagine.
- Je suis là pour vendre des maisons, monsieur Anderson.
- Dan, corrige-t-il en s'approchant légèrement. Et je suis persuadé qu'on pourrait parler d'autre chose que de taux hypothécaires.
Je m'apprête à répondre quand une voix familière s'élève derrière lui.
- C'est vrai qu'elle parle aussi très bien des couches lavables et des poussettes doubles.
Je me fige.
Monsieur Anderson se retourne.
Justin est là, casquette vissée sur la tête, lunettes de soleil accrochées au col de son t-shirt, l'air parfaitement détendu. Trop détendu.
- Pardon, demande mon client, déstabilisé.
Justin passe une main possessive mais subtile dans le bas de mon dos.
- Oui, on attend notre deuxième. On compare encore les modèles de berceaux.
Je sens mon cœur faire un bond.
- Justin, je commence à voix basse.
Mais il continue, imperturbable.
- Elle travaille trop, d'ailleurs. Je lui dis tout le temps de lever le pied mais vous savez comment sont les femmes enceintes... indépendantes.
Mon client me regarde. Puis regarde Justin. Puis mon ventre qui, à deux mois, ne laisse encore rien paraître.
- Ah... je... je ne savais pas.
- Ce n'est pas encore public, ajoute Justin avec un sourire cordial. On garde ça discret. Mais merci de votre compréhension.
Le message est clair.
Monsieur Anderson recule d'un pas.
- Eh bien... félicitations. Je vais... réfléchir pour le duplex.
- Prenez votre temps, je répond d'un ton professionnel.
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HEARTBREAKER
Hayran KurguLes gens disent souvent que leur adolescence est la meilleure partie de leur vie. Parce que quand on est jeune, on s'amuse, on fait la fête, sans se soucier du lendemain. On ne pense qu'à l'instant présent, on fait des erreurs et on profite puisqu'o...
