chapitre 24

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Le jour de notre sortie de l'hôpital est enfin arrivé. Après plusieurs jours enfermée entre ces quatre murs blancs, à manger des repas tièdes et sans saveur, à dormir au rythme des rondes des infirmières, je n'aspire qu'à une chose : rentrer chez moi.
Pourtant, au moment où je plie les dernières affaires et pose les yeux sur Sualen endormie dans son petit lit, une angoisse discrète se glisse en moi. Ici, il y avait toujours quelqu'un. Une sonnette à portée de main, une sage-femme derrière la porte, une réponse à chaque question. Dehors, il n'y aura que moi, avec le soutien de mes proches. Mais quand même.
Suis-je vraiment prête à être maman ?

Ma mère entre dans la chambre et je lis sur son visage ce que les derniers jours lui ont coûté : les nuits courtes, les allers-retours, mais il y a aussi ce sourire chaleureux à la fois, celui qu'elle réserve aux moments où les mots ne suffisent pas.

- Tout est prêt, demande-t-elle en jetant un coup d'œil aux affaires.

- Oui, je pense.

Elle s'approche et pose une main sur mon épaule.

- Tu fais déjà un excellent travail, Shanel.

Je lui souris, reconnaissante, mais avant que je ne puisse répondre, son téléphone qu'elle a posé quelques secondes plus tôt vibre sur le lit. C'est un message de mon père qui s'affiche sur l'écran.

"Le chauffage ne fonctionne toujours pas et le réparateur ne peut pas venir avant la fin de la semaine. Il va falloir trouver une solution temporaire."

Je sens mon cœur se serrer. Je regarde Sualen dans ses bras, si petite et si fragile, et j'imagine la maison froide, les pièces sans chaleur, l'air glacial de mars qui s'infiltre partout. Un nouveau-né n'a pas les mêmes ressources qu'un adulte. Elle ne peut pas lutter contre le froid, pas comme ça.
Comment je vais faire ?

- Le chauffage est toujours en panne, dit ma mère, l'inquiétude perçant dans sa voix. On essaie de trouver un endroit où rester, au moins pour cette nuit mais ne t'en fais pas.

Avant que je n'ai le temps de lui répondre, la porte s'ouvre doucement, révélant Penny. Elle porte son manteau et une écharpe élégante, et affiche un sourire radieux. Elle est venue me rendre visite presque tous les jours. La famille Bieber est étonnamment bien plus impliquée dans la vie de Sualen que je ne l'aurais pensé et malgré moi, ça me fait chaud au coeur. Sauf Justin évidemment mais je n'attends rien de lui de toute façon. Il a fêté son anniversaire dans un bar avec ses amis le soir suivant mon accouchement et sans surprise, n'a plus daigné remettre les pieds ici.

- J'ai entendu dire que vous sortiez aujourd'hui. Comment ça va ?

- Bien, je réponds. On s'apprête à partir... enfin on s'apprêtait, il y a un problème de dernière minute qu'on essaie de gérer.

Elle lève un sourcil interrogateur et ma mère lui explique la situation : le chauffage en panne, le réparateur indisponible avant la fin de la semaine, la maison froide qui nous attend. Penny écoute sans l'interrompre et je lis sur son visage le moment exact où elle mesure l'ironie de la chose.
Ce n'est vraiment pas de chance. Il fallait que ça arrive maintenant, pile au moment où Sualen a pointé le bout de son nez, comme si le monde extérieur avait décidé de nous accueillir avec un obstacle de plus.
Penny hoche la tête lentement, marque une courte pause, et je la connais assez pour savoir que quelque chose se met en place dans sa tête. Puis elle propose :

- Vous pourriez venir chez nous. La maison est grande et il y a une chambre d'amis qui serait parfaite pour toi et le bébé.

Je reste silencieuse, ne sachant quoi dire ni quoi faire, surprise par sa proposition. L'idée de m'installer, même temporairement, chez eux me met mal à l'aise.
Lorsque je baisse les yeux sur Sualen. Elle dort, les poings fermés, le souffle régulier, complètement étrangère à ce qui se décide au-dessus d'elle. Et je pense à la maison froide, à l'air glacial de mars, à sa peau fine de nouveau-né.
Je n'ai pas le choix. Je le sais.

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