chapitre 59

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Quand j'ouvre les yeux, la lumière douce du matin filtre à travers les rideaux et m'éblouie. Tout est silencieux sauf un petit souffle régulier devant moi. Sualen, assise sur le bord du lit, me fixe de ses grands yeux curieux. Je suis heureuse de voir son visage mais la papier peint derrière elle et les meubles me semblent inconnus et me ramènent brusquement à la réalité. La soirée d'hier soir refait surface. Je me souviens des rires, des verres, du flirt, puis... Justin.

- Merde, je gémis.

Premièrement, je réalise que nous sommes probablement encore nu sous les draps. Nous étions si fatigué hier que nous sommes restés blotti dans les bras l'un de l'autre. Deuxièmement, si Sualen est là, mes parents le sont aussi. Nos familles sont donc toutes les deux au courant que nous avons passé la nuit ensemble et je sais que je vais en entendre parler une fois rentrée.

- Maman... tu dors encore, murmure-t-elle, la voix pleine d'énergie.

Je cligne des yeux, tente de me redresser et sens une lourdeur inhabituelle dans ma tête. La réalité me frappe instantanément : la gueule de bois.
Justin dort encore à côté de moi, paisible, le visage détendu, loin de tout le chaos dans mon crâne.

- Bonjour poussin, dis-je doucement, la voix rauque et encore un peu étranglée par le sommeil.

Sualen sourit timidement et je lui caresse les cheveux. Elle penche la tête et chuchote :

- Papa dort encore ?

Je jete un coup d'œil à Justin. Il est là, endormi, respirant lentement, avec un léger sourire sur les lèvres. Mon cœur se serre mais mon cerveau proteste contre le mal de tête et le goût étrange dans ma bouche.

- Oui, il dort, je réponds, un peu enrouée.

Sualen semble satisfaite et se repart. Je reste un moment à fixer le plafond, essayant de rassembler mes idées et de faire disparaître cette sensation de lourdeur dans mon corps. Justin bouge enfin, s'étire et grogne doucement avant d'ouvrir les yeux, son regard se posant sur moi.

- Salut, murmure-t-il, un sourire encore un peu endormi sur les lèvres.

Je me frotte le front et laisse échapper un petit rire étouffé en enfilant ma robe qui avait fini la soirée sur la table de chevet.

- Qui m'a envoyé boire autant, dis-je en me massant les tempes.

Il rit doucement, comme s'il comprenait ma situation et me tend la main. Je la prends et il m'aide à me lever. Il porte seulement son caleçon et je me surprends à regarder son corps, comme si je le découvrais pour la première fois.

- On ferait mieux de descendre, dit-il en enfilant des vêtements. Ils ont sûrement commencé le brunch.

Je grogne mais acquiesce, et nous descendons ensemble dans la cuisine. Dès que nous franchissons la porte, nous sommes accueillis par un éclat de voix et des rires : les parents de Justin, Juliet et Ashley et les miens sont là, occupés à préparer le brunch. Les odeurs de pain grillé, de café et de fruits frais embaument la pièce.

- Ah, vous voilà enfin, s'exclama la mère de Justin avec un sourire.

- Je me demandais combien de verres il fallait pour vous mettre dans cet état, ajouta Juliet en riant. Il est onze heures et demi !

Je sens Justin jeter un regard amusé vers moi et je baisse les yeux, un peu gênée. Sualen accourt, sautant sur Justin et me prenant la main en riant.

- Maman ! Papa ! Venez voir ce que j'ai fait, s'écrit-elle, tout excitée.

Tout le monde se tourne vers nous et éclate de rire, les taquineries commençant à fuser :

- Alors, racontez-nous... comment était la soirée sans Sualen, demanda Juliet, un sourire amusé sur le visage. Vous avez disparu, on ne sait même pas quand.

Je rougis légèrement et Justin me lance un regard entendu, un mélange de malice et de tendresse.

- Rien de spécial, je souffle, mais un sourire finit par se dessiner sur mes lèvres malgré tout.

Justin me sourit tout en posant une main protectrice sur le bas de mon dos. Sualen, quant à elle, sautille autour de la table, riant aux éclats et me rappelant à quel point cette petite bulle familiale, même chaotique, me fait du bien.

Le reste du brunch se passe entre rires, petites taquineries et discussions animées. Les parents ne peuvent s'empêcher de commenter chaque geste, chaque expression de Justin et moi, et je sens peu à peu la tension de la nuit précédente se dissoudre dans ce mélange de chaleur et de normalité. Justin, lui, reste près de moi, attentif.

Plus tard, après que Sualen ait été occupée à dessiner et que tout le monde ait commencé à ranger les assiettes et tasses, je me retrouve seule avec le père de Justin dans la cuisine. Il prépare encore quelques coupes de fruits et de café et me lance un regard plein de curiosité et de douceur.

- Shanel... dit-il, posant une main sur mon épaule. Peux-tu me dire... où t'en es avec Justin ?

Je me fige un instant, la gorge sèche. Je ne m'y attendais pas vraiment. Le père de Justin parle peu, contrairement à sa femme et ne se mêle généralement pas des affaires des autres. Mais là, il a demandé. Je baisse les yeux vers mes mains jointes.

- Je... je ne sais pas, j'avoue enfin.

- Je comprends... mais tu sais, je suis le père de Justin et j'ai vu comment il était ces quatre dernières années. Il t'aime, il est présent et il le sera toujours si tu lui fais confiance. Ne lui donne pas de faux espoirs. Et Sualen... elle a besoin que vous soyez clairs l'un avec l'autre, même si c'est difficile.

Je hoche la tête, incapable de répondre. Comment expliquer ce chaos dans ma tête ? Comment lui dire que je voulais être prudente mais que chaque fois que Justin était là, que chaque sourire, chaque geste, me faisait perdre mes repères ?

- Je sais que tu as peur, continue-t-il en posant sa main sur la mienne. Mais ce n'est pas le moment de fuir. Tu dois juste... sentir ce que tu veux vraiment.

Je reste silencieuse, regardant la lumière entrer par la fenêtre et les souvenirs de la veille me revenir par vagues : le baiser, son étreinte, la chaleur de son corps contre le mien. Mon cœur se serre et se dilate à la fois. Je ne sais pas ce que je dois faire, ni ce que je veux exactement.

- Je... je vais y réfléchir, dis-je enfin, la voix à peine audible.

Il me sourit, patient et aimant :

- Je ne le dis pas seulement parce que c'est mon fils. Mais n'oublie pas, parfois, le cœur sait avant la tête.

Je hoche la tête, incapable de dire un mot de plus, sentant le poids et la douceur de ses paroles s'installer en moi. Et quelque part, au fond de moi, je sais que la décision ne m'appartient plus seulement à moi... mais à nous trois.

- Maman, tu veux colorier avec moi ?

Je quitte la cuisine pour retourner au salon. Je prends le crayon que me tend ma fille et me penche sur le dessin. Justin pose sa main près de la mienne, juste assez pour que nos doigts se frôlent. Je sens un frisson me traverser mais je ne retire pas ma main. J'aime ce sentiment.

- Tu colories bien, dit-il doucement, pour moi aussi et pas seulement pour Sualen.

Je lève les yeux vers lui, surprise par la douceur de sa voix et l'attention dans son regard. Un petit sourire étire mes lèvres.

- Merci, je réponds, sincèrement, la gorge nouée.

Sualen rit à côté, racontant à Justin ce qu'elle a imaginé pour le ciel de son dessin. Et moi, je regarde Justin et je comprends que malgré toutes les erreurs, toutes les tensions et les doutes, il y a encore cette complicité entre nous. Une complicité fragile mais bien là.

- Tu sais, j'avoue, un peu pour moi-même mais aussi pour lui : c'est agréable, de te voir comme ça, avec elle, avec nous. Je suis contente que tu sois de retour. Merci.

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