Je me réveille tôt. Pas à cause de Jace cette fois puisqu'il est chez la famille de Caleb depuis hier soir, Sualen aussi, et l'absence de leurs bruits du matin donne à la maison de mes parents ce silence particulier que je n'avais pas entendu depuis longtemps. Ce n'est pas désagréable. C'est juste différent.
Je reste allongée dans mon ancienne chambre, les yeux ouverts, à retrouver le plafond que je connais par cœur : la petite fissure en haut à droite qui était déjà là quand j'avais douze ans, le plafonnier que mon père n'a jamais remplacé. Tremblestone. Je suis rentrée des dizaines de fois depuis que j'en suis partie mais ce matin c'est différent. Ce matin j'entends la ville différemment, ses bruits de petite ville qui s'éveille, le chien du voisin, une voiture au loin, les pigeons sur le rebord de la fenêtre.
C'est ici qu'on a grandi, Justin et moi. Ces mêmes rues, ces mêmes coins. Il est à dix minutes d'ici chez ses parents, dans sa propre ancienne chambre probablement et l'idée de ça me fait sourire toute seule dans le noir.
Ce soir on ne dormira plus chacun de notre côté.
Je tends la main vers le côté vide du lit, celui de mon adolescence, trop petit et trop familier. Je tourne la bague autour de mon doigt. Je le fais sans y penser depuis des mois, ce geste-là, comme vérifier que quelque chose est toujours là.
Il est là.
Ma mère frappe à la porte à huit heures moins le quart, ce qui chez elle compte comme laisser dormir.
- T'es réveillée ?
- Depuis un moment.
Elle entre avec deux cafés, exactement comme elle l'a toujours fait les matins importants. Elle pose un café sur la table de nuit, s'assoit au bord du lit et me regarde.
- Bien dormi ?
- Suffisamment.
- T'as mangé ?
- Il est huit heures maman.
- C'est une question.
- Pas encore.
Elle hoche la tête et repart vers la cuisine sans un mot de plus, et je l'entends ouvrir des placards, faire du bruit de façon purposive, comme quelqu'un qui a besoin de s'occuper les mains pour ne pas laisser l'émotion prendre trop de place. Je connais ça chez elle depuis toujours.
Je prends mon café et je m'assieds au bord du lit. Par la fenêtre de ma chambre je vois le jardin de mes parents, la haie au fond, le cerisier que mon père a planté l'année de mes dix ans et qui est immense maintenant. J'ai grimpé dans cet arbre des centaines de fois. Caleb aussi. Je pense aux enfants chez sa famille. Sualen qui a dû négocier sa place dans le lit de quelqu'un dès le premier soir, Jace qui s'adapte à tout depuis qu'il est né. Je pense à les retrouver tout à l'heure, à la tête qu'ils feront en me voyant habillée comme ça.
Juliet arrive à neuf heures, essoufflée, avec son sac trop grand et cette énergie qu'elle a les jours où elle a décidé d'être indispensable.
- Le train avait du retard, elle dit en guise de bonjour.
- Je sais, tu m'as envoyé quatre messages.
- Pour te tenir informée.
Elle me regarde de la tête aux pieds dans mon pyjama.
- T'es pas encore dans la douche ?
- Bonjour à toi aussi.
Elle pose son sac, s'assoit à côté de moi sur le lit de mon adolescence qui couine sous nos deux poids réunis et elle me prend la main. Juste comme ça, sans parler. On reste comme ça une minute à regarder le jardin par la fenêtre.
- T'es heureuse, elle demande doucement.
Je réfléchis honnêtement, comme toujours avec elle.
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HEARTBREAKER
FanfictionLes gens disent souvent que leur adolescence est la meilleure partie de leur vie. Parce que quand on est jeune, on s'amuse, on fait la fête, sans se soucier du lendemain. On ne pense qu'à l'instant présent, on fait des erreurs et on profite puisqu'o...
